Le jeune garçon et la mort

Richard (Marc Béland) victime d’intimidation pendant son enfance, décide de se venger, des années plus tard.
Photo: Pipingo films et Alma films Richard (Marc Béland) victime d’intimidation pendant son enfance, décide de se venger, des années plus tard.

Autrefois, à l’école, Richard a été persécuté par Paul. Lequel était lui-même écrasé par son père. À partir de ce cas de figure exploité récemment dans Les Pee-Wee : l’hiver qui a changé ma vie, le Québécois Jimmy Larouche formule dans La cicatrice une plaidoirie masculiniste qui, au-delà de sa sincérité évidente, déboule comme une tonne de briques.

De fait, tout ce qui nous est donné à voir dans cette variation sur le thème de La jeune fille et la mort de Roman Polanski (plus marginalement de Collaborator, de Martin Donovan) semble subordonné à la mission thérapeutique dont s’est investi le scénariste et cinéaste. Prenant pour point de départ les douleurs subies durant sa propre enfance, celui-ci raconte le kidnapping de Paul (Patrick Goyette, l’air baveux qui convient) par Richard (Marc Béland, investi et intense), au terme d’une partie de hockey amateur où le premier, fidèle à lui-même, s’est montré odieux avec tout le monde.


Ligoté dans une grange qui a autrefois été le théâtre de la terrible humiliation de Richard, l’ex-bourreau remonte le passé en compagnie de sa victime, à travers des flash-back qui meublent la moitié du film. Signalons que le montage de Mathieu Demers est si bien articulé qu’on ne sait plus si le centre de gravité du film se situe dans le passé (qui nous éclaire sur les motivations de Paul) ou dans le présent (qui nous révèle l’homme brisé que Richard est devenu). Les tentatives de mêler l’un et l’autre, avec intrusion dans le présent de Richard enfant (Dany Bouchard) et adolescent (Sébastien Leblanc), sont à l’inverse plutôt maladroites.


Maladresse est du reste le maître mot de La cicatrice. Par manque évident de confiance en ses propres moyens artistiques (ils sont pourtant évidents, l’avenir le prouvera), le cinéaste épelle presque les mots dans la bouche de ses interprètes et se regarde faire à chaque étape. En témoigne la forme, élégante mais très appliquée, où chaque plan, chaque mouvement d’appareil, veut imprimer un supplément de sens au récit. C’est sa fonction, mais ici c’est trop voyant, trop prosaïque. Par exemple, afin de bien communiquer au spectateur le thème central (comment voir clair dans sa vie ?), Larouche multiplie les flous artistiques, créés par la profondeur de champ, un reflet dans un pare-brise, un rideau de douche translucide, une fenêtre embuée, etc.


Le scénario, trop dilaté pour la somme d’informations qu’il véhicule, aurait eu plus d’impact en format court ou moyen métrage. Les allers-retours dans le temps, aussi fluides soient-ils à l’écran, entretiennent artificiellement le mystère quant à la faute commise autrefois par Paul. Une fois dévoilée, celle-ci semble disproportionnée par rapport au dispositif de vengeance mis en place par Richard. La cicatrice, dans son ensemble, produit le même effet.

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