Le tourbillon de la vie

Yvan Attal et Valeria Bruni Tedeschi dans Les Regrets, de Cédric Khan<br />
Photo: Source Fun films Yvan Attal et Valeria Bruni Tedeschi dans Les Regrets, de Cédric Khan

Évidemment, il était difficile d'éviter les clichés dans un film abordant les amours illégitimes et passionnées. Motif classique du septième art. D'autant plus que Cédric Khan a voulu rendre hommage à La Femme d'à côté de Truffaut. Mais bien des cinéastes tâtent un jour ou l'autre du drame sentimental. Je l'aimais de Zabou Breitman, sur nos écrans l'an dernier, jouait dans ces mêmes ornières. À chacun d'y greffer son style.

Cédric Khan, qui avait brûlé l'écran avec des films éclatants comme L'Ennui et Roberto Zucco, égare un peu sa force dans une oeuvre qui avance sur des chemins déjà balisés, en empruntant toutefois la voie plus originale du suspense sentimental.

Ce film, pourtant déparé par un scénario minceur et de nombreuses redites qui alourdissent sa trame, repose brillamment sur les épaules des deux interprètes principaux, unis par une vraie chimie. Tant Yvan Attal, acteur toujours juste et intense, que Valeria Bruni Tedeschi, époustouflante, sauvent cette histoire convenue de l'insignifiance. Malgré la musique inspirée de Philip Glass et la mise en scène nerveuse de Cédric Khan, Les Regrets (beau titre mélancolique) s'est amarré aux sentiments sans chercher à les justifier par des détours scénaristiques trop explicites, force et faiblesse de ce film qui mélange parfois les genres sans crier gare.

Le film nous est servi surtout à travers le regard de Mathieu (Attal), architecte qui travaille en tandem avec son épouse et retrouve après la mort de sa mère un amour de jeunesse, Maya (Valeria), mal mariée à un ivrogne grotesque (Philippe Katerine, comique dans le genre). Ils perdent

la tête, se retrouvent où ils peuvent pour de brûlantes étreintes, rêvent de tout reprendre à zéro, jouent de la valse-hésitation jusqu'à l'absurde, alors que Mathieu sombre dans un épisode de folie pure. Les regrets ne sont pas qu'amoureux ici, mais embrassent les mauvais choix de vie, de la jeunesse à la quarantaine, avec rêve de changements de cap. L'amour-maladie se nourrit de malaises, de frénésies, plutôt que de joies.

Ça se joue à coups de messages textes, de gares en hôtels, d'hôpital en bureau d'architecte, sur les autoroutes, à Paris comme au milieu de la campagne profonde. La passion est nourrie par les obstacles, dont les revirements ne sont pas toujours logiques. Le choc des corps dans une fièvre sauvage, les pulsions et mirages nourris de l'échec de leur relation de jeunesse... L'aspect dérisoire de ces êtres marionnettes que le destin ballotte s'appuie jusqu'à un dénouement en escalier, trop lourd.