Les musées scientifiques auront la cote cet été à Montréal

Pierre-Yves Robert
Collaboration spéciale
Le nouvel Insectarium, qui a récemment achevé sa métamorphose, est conçu pour nous faire ressentir de façon physique un rapport différent au monde des insectes. 
Photo: Mélanie Dusseault/Espace pour la vie Le nouvel Insectarium, qui a récemment achevé sa métamorphose, est conçu pour nous faire ressentir de façon physique un rapport différent au monde des insectes. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

Plus que des sorties idéales en famille, les expositions proposées par Espace pour la vie et le Centre des sciences offrent aux plus jeunes un début de compréhension du monde qui nous entoure, et aux plus vieux une occasion de « créer un contact émotif avec la nature ».

Depuis une quinzaine d’années, Espace pour la vie, le plus grand complexe en sciences de la nature au pays, multiplie les investissements. L’objectif derrière les 200 millions de dollars déployés depuis 2008-2009 est clair : permettre au complexe muséal, qui regroupe le Biodôme, le Jardin botanique, la Biosphère, l’Insectarium et le Planétarium Rio Tinto Alcan, « de mieux accomplir sa mission de vivre la nature », explique Julie Jodoin, directrice par intérim de l’organisation.

« On partage tous une grande volonté d’agir face à l’urgence climatique, et Espace pour la vie a un rôle clé à jouer dans la mobilisation citoyenne nécessaire pour accélérer la transition socio-écologique, indique Julie Jodoin. Chacune de nos expériences et de nos actions vise à créer un contact émotif avec la nature, pour donner envie de la protéger, de l’aimer et, ultimement, d’agir pour la préserver. »

À l’échelle de la nature

Dernier investissement d’Espace pour la vie, le nouvel Insectarium a récemment achevé sa métamorphose. Trois ans de travaux et une enveloppe de 38 millions de dollars ont transformé le premier musée consacré aux insectes en Amérique du Nord en une nouvelle expérience immersive. Aujourd’hui, une visite promet de réinventer notre rapport aux insectes, « afin de mieux comprendre le rôle essentiel qu’ils jouent dans la biodiversité », explique Julie Jodoin.

38 millions
C’est le montant investi qui a permis de transformer l’Insectarium en une nouvelle expérience immersive.

Le bâtiment, conçu par les firmes Kuehn Malvezzi, Pelletier de Fontenay et Jodoin Lamarre Pratte architectes, a déjà reçu un prix d’excellence en architecture depuis son dévoilement. Ouvert depuis le 13 avril, il affiche complet quotidiennement. Un succès qui s’explique par le fait que l’endroit, de son aménagement à son mandat, nous invite à repenser notre rapport aux insectes, puis à valoriser et à développer un respect pour leur rôle dans les écosystèmes, croit Julie Jodoin.

« La pandémie nous a ouvert les yeux sur l’importance de la science et de la protection de la biodiversité, souligne Julie Jodoin. On doit plus que jamais la préserver, et Espace pour la vie veut mobiliser les citoyens, mais aussi les outiller, et leur démontrer le rôle qu’ils peuvent jouer. On prend le pari que de vivre une expérience immersive, entrer en relation avec la nature, donne ensuite envie de passer à l’action et de changer de comportement. »

Entre éducation et action

 

La même approche guide toutes les refontes des cinq institutions du complexe muséal. En 2020, le nouveau Biodôme ouvrait ses portes, une beauté refaite au coût de 37 millions. Les grandes parois blanches, qui enrobent les écosystèmes, offrent une balade au cœur de la faune et de la flore des Amériques, tout en révélant la richesse patrimoniale de l’endroit, l’ancien Vélodrome conçu par Roger Taillibert pour les Jeux olympiques de 1976. Et le succès ne se dément pas, alors que les visites attirent petits et grands depuis l’automne.

Présentement, c’est la Biosphère, cadet des musées d’Espace pour la vie, qui reçoit sa cure de rajeunissement. Baptisé Musée de l’environnement, l’endroit vise à s’ancrer davantage dans la communauté, afin de devenir « un lieu de rencontre et d’appel à l’action face à l’urgence d’agir face aux changements climatiques », révèle Julie Jodoin.

« C’est un changement de posture. Notre objectif, avec la Biosphère, est de prioriser des gestes concrets. La grande transition écologique ne se fera pas entre nous, entre chercheurs d’un seul musée : elle doit mobiliser tous les acteurs de la société. »

L’administration de la Biosphère développe à l’heure actuelle une salle citoyenne, où Espace pour la vie tiendra des ateliers éducatifs et de diffusion du savoir, notamment en matière de conservation et de recherche.

« On souhaite que la Biosphère soit l’hôte de discussions portant sur la transition socio-écologique. Si on veut bien répondre aux aspirations de la communauté, il faut qu’elle se sente impliquée », tranche Julie Jodoin.

Au menu : comprendre ce qui interpelle les citoyens au sujet des changements climatiques, et déterminer collectivement des thématiques porteuses, qui peuvent inciter à poser des gestes concrets en tant que citoyens.

La culture au jardin

 

Institution phare d’Espace pour la vie, le Jardin botanique s’apprête de son côté à se parer de ses plus beaux atours, avec la floraison de mai. Un moment, le printemps, où la visite est mémorable, et qui le demeure d’année en année grâce au budget réservé au maintien de ce lieu patrimonial qui fêtera ses 100 ans en 2031.

« Le Jardin botanique, il est ancré dans le cœur des Montréalais, illustre Julie Jodoin. Mais c’est aussi un lieu de rencontre, où trois jardins culturels nous permettent d’entrer en relation avec des communautés, et où l’arboretum nous offre un regard différent sur ce qui compose le Québec ».

Photo: Raymond Jalbert/Espace pour la vie Le Jardin des Premières-Nations, au Jardin botanique de Montréal 

Différents événements, comme le Rendez-vous horticole, à la fin mai, la Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin, et la série Les arts s’invitent au jardin, où artistes et musiciens offriront des prestations en pleine nature cet été, viendront aussi ponctuer l’aspect rencontre qui anime l’institution.

Mais le Jardin botanique, c’est aussi un lieu vibrant de recherche technologique, « parce que les plantes offrent des moyens innovants de résoudre des problèmes environnementaux », précise Julie Jodoin. Méconnue du public, cette fonction du musée, qui se dédouble en haut lieu de savoir et de recherche entre chercheurs, botanistes et partenaires universitaires, permet au Jardin botanique de demeurer ancré dans son époque, croit Julie Jodoin.

D’ailleurs, le Jardin a prouvé son utilité alors que tout était fermé. En pleine pandémie, le Jardin botanique a connu une hausse de son achalandage, passant de 250 000 visiteurs en 2020 à 1 million en 2021, un résultat obtenu malgré des restrictions sanitaires sévères. Bon an mal an, c’est près de 2 millions de visiteurs par année, avec une proportion d’environ 40 % de touristes étrangers. C’est l’objectif que se fixe Espace pour la vie pour ses cinq musées cette année, ce qui correspond à des recettes avoisinant les 30 millions de dollars.

« Une des leçons de la pandémie, c’est que l’humain et la nature sont intrinsèquement liés, conclut Julie Jodoin. Les changements climatiques menacent la biodiversité, on le sait. On a donc le devoir d’agir pour sa protection, et Espace pour la vie a plus que jamais un rôle fédérateur à jouer. Notre mission, c’est de redonner le pouvoir d’agir. On regroupe cinq institutions patrimoniales, qui sont dépositaires de collections prestigieuses, et on a le devoir de mobiliser la société civile autour de ce qui fait la beauté du monde qui nous entoure. »

Un monde scientifique

 

Le monde qui nous entoure, c’est aussi un monde de curiosités, qui s’expliquent la plupart du temps par la science. Ça, le Centre des sciences de Montréal l’a bien compris, et propose cet été deux expositions temporaires s’adressant aux familles. À partir du 12 mai et jusqu’au 5 septembre, le seul Centre des sciences au Québec proposera une nouvelle exposition interactive portant sur la science derrière les records du monde.

À travers des activités ludiques axées sur la force, l’équilibre, la vitesse ou encore la dextérité, le musée invitera petits et grands à battre certains records, mais surtout à comprendre la logique derrière l’impressionnant.

Une autre exposition temporaire, Au-delà des limites humaines, consacrée aux sports extrêmes, s’ajoute à la programmation estivale du Centre des sciences, qui compte encore sur ses offres permanentes, notamment Fabrik, Humain, Mini Mondo et Explore — La science en grand.

Faire en sorte qu’un contenu scientifique devienne « tellement fascinant qu’on a envie d’en savoir davantage » est au cœur de l’ADN du Centre des sciences, croit Cybèle Robichaud, directrice. Ouvert depuis le 1er mai 2000, l’établissement du Vieux-Port de Montréal a su « développer une expertise de sensibilisation » et une capacité à « générer l’intérêt des familles pour des contenus scientifiques. »

« Ce qui est fantastique, c’est qu’après 22 ans d’existence, on commence à assister au retour de ceux qui nous ont visités à nos débuts, conclut Cybèle Robichaud. Des parents d’aujourd’hui qui étaient d’un groupe scolaire autrefois, et qui nous disent que leur intérêt pour la science a commencé ici. On se donne comme mission d’être un premier contact pour les jeunes envers la science. »

Avec une quantité de nouvelles activités interactives pour les familles, gageons qu’une nouvelle génération de futurs chercheurs se formera entre les murs du Centre des sciences cet été.



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