Embrasser l’immensité

Francys Chenier au travail  dans son exposition
Nicolas Mavrikakis Francys Chenier au travail dans son exposition

La pensée de l’artiste, écrivain et bibliothécaire Francys Chenier parcourt l’océan du savoir et même de l’univers. Il y a quelques années, chez Est-Nord-Est, il a réalisé de mémoire une série de 24 dessins du ciel — un par jour — rendant compte d’une heure de la journée durant laquelle il avait contemplé l’étendue de cette voûte céleste. Il en profitait aussi pour écrire les pensées qu’il avait eues durant ce temps d’observation.

S’inspirant entre autres de Robert Filliou, il a depuis réalisé, au métro de la Concorde à Laval, une autre série de dessins tentant d’embrasser l’amplitude de la vie. Pendant 25 jours, installé sur une chaise à la sortie de cette station, il transcrivit ce qui se passait devant lui. Dans ses dessins, on retrouve aussi des mots échangés entre les passants, des questions que lui posaient les gens… Au quidam qui lui demandait ce qu’il faisait là, il répondait « attendre la poésie » !

Dans cette exposition réalisée à la suite d’une résidence d’artistes chez Arprim, Chenier a utilisé des livres d’une bibliothèque de la ville qu’il a dépouillés de leur reliure. Ces livres qui ne furent pas ou peu empruntés forment une sorte de salon des refusés. Chenier s’en sert pour y inscrire sa navigation dans la vastitude du savoir. Il s’inspire ici de l’ouvrage Formes du temps de George Kubler, réconciliant l’art et la science. Pour cet auteur, les œuvres d’art ancien seraient comme des étoiles mortes, étoiles qui ont servi à diriger les voyageurs dans les siècles passés, lumières nous inspirant à travers le temps.

Dans les pages détachées de livres récupérés, Chenier dessine toutes les étoiles — et les constellations qui leur sont souvent associées — dans un ordre alphabétique. Un processus patient, qui permet à l’infinité du ciel de venir dialoguer avec une démarche artistique très personnelle.

Comme des poussières illuminées par le soleil

De Francys Chenier. Au centre d’essai en art imprimé Arprim, jusqu’au 8 mai.