Trouver la lumière dans les musées de la capitale nationale

Mélanie Gagné
Collaboration spéciale
Des fresques, des sculptures, des objets du quotidien et des bijoux permettront au public de faire un voyage dans le temps et de comprendre la culture maya au Musée de la civilisation. 
Photo: MuseumsPartner Des fresques, des sculptures, des objets du quotidien et des bijoux permettront au public de faire un voyage dans le temps et de comprendre la culture maya au Musée de la civilisation. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Musées

En ces temps incertains, les musées sont des refuges remarquables où le temps et les ennuis se suspendent, laissant place à l’émerveillement. Dans la capitale nationale, le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation proposent des expositions qui feront le bonheur de leurs visiteurs.

Cette lumière bienfaisante, celle de notre cœur ému devant le tableau d’un grand maître ou d’une sculpture ancienne… On en a bien besoin actuellement ! L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs reconnu, il y a quelques années, l’importance de l’art pour améliorer la santé et le bien-être. La réouverture des musées est une occasion de prendre soin de soi, en s’imprégnant de beauté.

Les musées sont des endroits sécuritaires pour le public puisque les salles sont vastes et très bien ventilées. Pour leur réouverture, le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation de Québec acceptent un nombre limité de visiteurs par heure, le port du masque est obligatoire et l’achat des billets se fait en ligne.

L’art du sublime

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) présente en exclusivité canadienne le travail et la démarche de Joseph Mallord William Turner (1775-1851), peintre, aquarelliste et graveur britannique important du mouvement romantique. Cette exposition est organisée en collaboration avec la Tate de Londres, à partir du Turner Bequest. Elle comporte 75 peintures et œuvres sur papier et couvre la plus grande partie de la carrière de Turner, de ses débuts dans les années 1790 jusqu’à son apogée vers 1840.

Cet artiste, issu d’un milieu modeste et considéré jeune comme un virtuose, est un maître du paysage, selon André Gilbert, commissaire aux expositions pour le MNBAQ : « C’est un peintre académique, membre de l’Académie royale à Londres. D’un côté, il est traditionnel par ses sujets, mais il est profondément novateur par son style. Il transforme la peinture de paysage. Il en fait de l’art moderne. C’est son ambition. À son époque, la grande peinture est une peinture d’histoire ou mythologique, religieuse. Turner veut faire du paysage l’égal de ces thèmes et il va réussir. »

Photo: Tate Le Rigi bleu, lever de soleil, 1842, Joseph Mallord William Turner

Pour créer ses paysages, Turner voyage beaucoup. Il se rend, la plupart du temps à pied, sur les lieux qu’il souhaite peindre, afin de « ressentir » les paysages et d’en saisir la beauté ainsi que les détails. « Ce ne sont pas des voyages d’agrément. Quand il voyage, il fait du dessin et de l’aquarelle. Par la suite, il travaille en atelier et il fait des peintures à l’huile. On sent la transition entre l’aquarelle et l’huile dans ses peintures. L’aquarelle, qui sert d’outil de travail, en vient à modifier profondément sa manière de faire des huiles. La lumière est mise en avant dans ses tableaux. On ne reconnaît presque plus les motifs, les sujets. C’est une attitude moderne. On l’appelle d’ailleurs le “peintre de la lumière” », souligne M. Gilbert. L’exposition propose au visiteur d’accompagner l’artiste dans ses voyages dans les Alpes ou en Italie, à Venise entre autres.

La puissance d’un éclair, l’immensité de la mer ou du ciel étoilé. Ce genre de sentiment devant les forces spectaculaires de la nature, c’est ce que Turner cherche à retrouver dans ses voyages et à rendre dans ses peintures.

 

Le sublime est un concept important dans la théorie esthétique et la critique d’art de la période romantique. « C’est un concept qui date de l’époque de Turner et qui intéresse profondément l’artiste, fait valoir André Gilbert. Le sublime, c’est le sentiment qui naît du spectacle des forces les plus grandioses de la nature. La puissance d’un éclair, l’immensité de la mer ou du ciel étoilé. Ce genre de sentiment devant les forces spectaculaires de la nature, c’est ce que Turner cherche à retrouver dans ses voyages et à rendre dans ses peintures. Il visite des lieux sauvages et spectaculaires. Pour parler de Turner, ce thème convient très bien. » M. Gilbert soutient qu’il est facile d’avoir une relation avec les paysages de Turner. L’artiste plaît aux néophytes et impressionne les connaisseurs.

L’exposition Turner et le sublime se poursuivra jusqu’au 2 mai. C’est l’occasion d’admirer le tableau Scène dans le Derbyshire. Les hauteurs d’Abraham, Matlock Bath, faisant partie de la collection du MNBAQ. Il s’agit d’un don de la succession de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis.

De toutes les couleurs

Le Musée de la civilisation de Québec (MCQ) présente actuellement Effets spéciaux !, qui permet au public de découvrir l’univers fascinant des effets spéciaux à la télévision et au cinéma. Il s’agit d’une exposition française adaptée à la réalité québécoise. Six stations interactives permettent aux visiteurs, s’ils le souhaitent, d’expérimenter certaines techniques de création d’effets spéciaux, comme la capture de mouvements, l’écran vert, les maquillages. Ces expérimentations sont filmées et une bande-annonce souvenir est remise aux participants à la sortie.

Des éléments ont été ajoutés à la version canadienne de l’exposition, afin de mettre en lumière la créativité d’ici, explique Stéphan La Roche, président-directeur général du MCQ : « Les Québécois et les Canadiens sont parmi les plus grands spécialistes des effets spéciaux au monde. Il y a beaucoup de studios chez nous. On présente donc les concepteurs, les idéateurs et les réalisateurs des compagnies d’effets spéciaux québécoises et canadiennes qui travaillent pour des grands films américains ou européens. C’est une fierté pour les Québécois ! »

À compter du 13 mai et jusqu’au 3 octobre, l’exposition MAYA amènera du soleil dans la vie du public, promet M. La Roche : « Nous sommes fiers de cette exposition qui retrace l’histoire exceptionnelle des Mayas d’Amérique centrale, l’une des plus grandes civilisations du monde, dotée d’une organisation sociale avancée. On va amener le Guatemala au Québec ! On a accès à une collection d’artefacts archéologiques somptueuse de plus de 300 objets de leur Musée national d’archéologie. La plupart de ces objets ne sont jamais sortis du Guatemala avant. »

Des fresques, des sculptures, des objets du quotidien, des bijoux, des instruments scientifiques ainsi que des informations sur l’agriculture et la langue permettront au public de faire un voyage dans le temps et de comprendre la culture maya. Les croyances, de même que la réalité actuelle des Mayas, font partie des thèmes abordés. « L’exposition est aussi impressionnante visuellement. Il y a beaucoup de projections, des ambiances sonores, on recrée des pyramides. C’est coloré, chaleureux, immersif », ajoute Stéphan La Roche.

À partir du 17 juin enfin, l’exposition maison du MCQ, Ô Merde ! présentera, avec un ton humoristique, des enjeux sociaux et environnementaux sérieux, liés au caca. Mais cela est une autre histoire…

Institutions sœurs

Le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée de la civilisation collaborent afin de faire émerger des idées novatrices : « Nous avons mis sur pied un incubateur d’innovations muséales, indique M. La Roche. Nous échangeons des expertises, nous essayons de trouver des idées innovantes. Des réalisations seront à terme issues de cet incubateur. Nous réaliserons aussi des projets communs. C’est intéressant qu’un musée d’art et un musée de société collaborent ainsi. » Les deux institutions offrent la possibilité aux passionnés de musées de prendre un abonnement commun.

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