«GRAFIK !»: uniques images multiples

Détail de «Le Rapt/La jeune fille et la Mort», vers 1863 de Hans Makart (1840-1884)
Image: MBAM, achat, fonds Claude Dalphond à la mémoire de Gisèle Lachance Détail de «Le Rapt/La jeune fille et la Mort», vers 1863 de Hans Makart (1840-1884)

Cette exposition n’occupe que deux salles du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), mais elle nous offre l’occasion d’admirer des œuvres parfois rares, sinon surprenantes, toujours exceptionnelles… Une sorte de cabinet de curiosités d’un dandy érudit.

Il ne faudrait pas que l’intelligente expo Riopelle, qui se tient elle aussi ces jours-ci au MBAM, éclipse cette présentation commissariée par Hilliard T. Goldfarb. Intitulée GRAFIK ! Cinq siècles d’arts graphiques allemands et autrichiens, elle vous permettra de voir comment la collection de gravures du MBAM s’est grandement enrichie depuis une vingtaine d’années. Elle est une occasion de parcourir une histoire de l’art de la gravure sur bois (parfois coloriée), de l’eau-forte, de la lithographie… Un art qui naquit vraiment à la Renaissance.

Image: MBAM, achat, fonds de la Campagne du Musée 1988-1993 «Trois personnes à une table», 1914, de Karl Schmidt-Rottluff (1884-1976)

Cette expo est plus qu’un répertoire très bien documenté du développement des techniques de la gravure. Elle est surtout une occasion d’admirer des œuvres remarquables. Par quelle création commencer ? Par cette gravure de 1504 d’Albrecht Dürer montrant Adam et Ève (La chute) ? Par cette représentation d’une Tranchée écroulée par Otto Dix en 1924 ? Ou par cette bien curieuse Pénitence de saint Jean Chrysostome (1509) par Lucas Cranach l’Ancien ? Les choix ne manquent pas… Goldfarb a eu la bonne idée d’ajouter à ce parcours quelques dessins, dont des études pour les portraits d’Adèle Bloch-Bauer par Gustav Klimt réalisées avec un trait incisif comme celui d’une gravure.

Cette expo permet de voir l’entrée de l’Occident dans l’ère de la reproduction mécanique, époque qui a offert une démocratisation du texte et de l’image. Voilà qui est très bien démontré par un parcours débutant par la présentation d’un exemplaire de La chronique de Nuremberg (1493), livre imprimé à 1800 exemplaires, illustré par 645 gravures sur bois (réalisées par Michael Wolgemut) ! Comme quoi, nous ne sommes que les héritiers de cette époque de prolifération des écrits et des représentations visuelles.