Nathalie Bondil poursuit le C.A. du MBAM pour 2 millions de dollars

Selon la poursuite, la vraie raison ayant mené au congédiement de Mme Bondil n’aurait rien à voir avec des problèmes de climat de travail.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Selon la poursuite, la vraie raison ayant mené au congédiement de Mme Bondil n’aurait rien à voir avec des problèmes de climat de travail.

L’ancienne directrice générale du Musée des Beaux-arts de Montréal (MBAM), Nathalie Bondil, a déposé vendredi une poursuite de deux millions contre le conseil d’administration qui l’a congédiée.

La demande introductive d’instance en dommages et intérêts allègue que les 21 membres du conseil d’administration ont « orchestré, mené et continuent de mener, intentionnellement, une campagne de salissage et de destruction de la réputation de Mme Bondil, dans le seul et unique but de masquer la véritable raison qui les ont poussé à congédier intempestivement et malicieusement Mme Bondil de ses fonctions de directrice générale et conservatrice en chef du MBAM. »

Selon la poursuite déposée devant la Cour supérieure, la vraie raison ayant mené au congédiement de Mme Bondil n’aurait rien à voir avec des problèmes de climat de travail, mais plutôt avec le « refus de cette dernière d’entériner publiquement le processus irrégulier qui a mené à l’embauche de la Directrice de la conservation du MBAM », Mary-Dailey Desmarais.

Le conseil d’administration avait décidé au début 2020 de créer ce nouveau poste afin d’alléger les tâches de Nathalie Bondil. C’était là l’une des recommandations contenues dans un rapport produit par une firme indépendante qui avait été chargée d’établir un diagnostic sur le climat de travail au Musée.

La poursuite allègue que les différentes sorties publiques du C.A. — et du président de celui-ci, Michel de la Chenelière, qui a par ailleurs annoncé vendredi qu’il quitterait sous peu ses fonctions — ont « anéanti la réputation d’engagement et d’excellence que s’est bâtie Mme Bondil à travers des décennies d’efforts et de réalisations au service de la communauté et dans le milieu muséal ».

Elle soutient ainsi que la réputation de Nathalie Bondil a été « irrémédiablement détruite par les agissements fautifs des défendeurs ».

Nathalie Bondil demande une somme d’un million en « réparation des dommages moraux », et un autre million en dommages-intérêts punitifs pour « les atteintes illicites et intentionnelles portées à ses droits fondamentaux de sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation ».

« Les avocats du Musée ont avisé le conseil d’administration de la transmission d’une telle poursuite. Ils verront à y donner suite en temps utile », a indiqué au Devoir le MBAM.

Sa version

Le document de près de 50 pages — dont les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux — documente en long et en large la version des faits de Nathalie Bondil, qui s’était déjà exprimée dans les médias après son congédiement.

Le texte donne plusieurs détails sur la chronologie des faits, avec copie de messages en appui. Il tente de mettre en lumière que Mme Bondil n’a jamais eu la chance de corriger ce qu’on lui a par la suite reproché concernant les relations de travail. Surtout, il détaille ses prétentions à l’effet que le conseil d’administration a imposé Mary-Dailey Desmarais au mépris des règles de bonne gouvernance et des habitudes du Musée que le comité de direction soit impliqué de près dans ce genre de nomination.

Nathalie Bondil dévoile notamment un message envoyé par Michel de la Chenelière en février et qui avertit les membres du comité de direction que « tout propos tenu par un employé du Musée afin de contester une décision du Conseil d’administration constitue de l’insubordination ». Ce message aurait été transmis après que Mme Bondil eut suggéré au C.A. de nommer Mme Desmarais dans un poste d’adjointe « plus adapté à son profil junior ».

Dans une communication envoyée aux membres le 28 août, le conseil d’administration du Musée réitérait pour sa part avoir « procédé de façon judicieuse, dans l’espoir de pouvoir prolonger le contrat de Nathalie Bondil. Il est cependant devenu impossible de le faire parce que Nathalie Bondil a nié les conclusions du diagnostic [sur le climat de travail] ; parce qu’elle n’était pas disposée à aborder ces enjeux ; parce qu’elle a détourné le processus d’embauche de la nouvelle directrice qui aurait abordé ces enjeux ; et parce qu’elle a violé les protocoles qui avaient été convenus. »

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