Sous le drapeau de l’inclusion

Cette expo de peinture n’a rien de monocorde.
Photo: Richard Ivey Cette expo de peinture n’a rien de monocorde.

Un pied dans la diversité culturelle, un autre dans l’éclatement pictural, l’exposition Relations : la diaspora et la peinture a de nobles intentions. Bien qu’interminable par moments, ce projet de la commissaire Cheryl Sim marque la réouverture la Fondation PHI pour l’art contemporain en lui donnant un nouveau visage. Si l’expo n’avait pas été annoncée en début d’année, on pourrait croire que c’est la pandémie qui a transformé l’endroit.

Fondée il y a plus de dix ans, la fondation du Vieux-Montréal s’est fait un nom en accueillant des installations monumentales et des œuvres multimédias, multipliant écrans et images. Excepté quelques cas, la peinture a rarement résonné à l’intérieur de ses murs. L’histoire de la jadis DHC se déroule depuis 2007 autour aussi des figures de l’art contemporain international, celles qui ont l’honneur des biennales et institutions les plus prestigieuses. Très rarement, des artistes locaux, comprendre canadiens, ont eu l’occasion d’y exposer.

Qu’elle amorce ou non une nouvelle manière de faire, Relations : la diaspora et la peinture comprend un bon lot d’œuvres réalisées ou diffusées en terres canadiennes. Des collections et des galeries d’ici ont été mises à contribution, dont les québécoises Art Mûr, Bradley-Ertaskiran et Hugues Charbonneau.

La peinture permet sinon des rapports plus simples, ou directs, avec l’art. Ça n’exclut pas la présence d’œuvres complexes et riches, mais surtout, le choix de la peinture, discipline historiquement associée à la puissance occidentale, convient parce qu’elle n’est plus l’affaire d’une école, d’un ordre.

La complexité d’un mot

Cette expo de peinture n’a rien de monocorde. Reflet de ce que peindre signifie aujourd’hui – on est loin du seul coup de pinceau –, elle rassemble des œuvres aussi diversifiées que les cotons brodés de Jordan Nassar ou les compositions en bindis (feutres ronds) de Bharti Kher.

Les techniques mixtes (transfert photo, acrylique, tissu, bois trouvé) chez Shanna Strauss ouvrent d’ailleurs la visite avec éclat. On est réellement dans un assemblage des dissemblances, somme toute cohérent. L’artiste de Virginie, d’origine tanzanienne et basée désormais à Montréal, est une des belles découvertes. Et l’œuvre qu’elle réalise avec Jessica Sabogal, avec des personnages plus grands que nature, un véritable appel à l’ouverture.

Le rapprochement ou les « relations » entre peinture et diaspora passent par la notion d’éclatement, d’éparpillement et même de la difficulté à définir un état – une identité culturelle, par exemple. En réalité, ce n’est pas tant de peinture que la commissaire voulait parler que de diaspora, ce « mot complexe et insaisissable », ce « terme/concept/condition/expérience » auquel Cheryl Sim est malgré elle confrontée.

En d’autres lieux, en d’autres temps peut-être, il n’aurait pas été question de diaspora, mais d’immigration ou de multiculturalisme, mot-valise décrié. Le propos est plus subtil ici, même si, au moment où le Black Lives Matter éveille les mauvais plis de l’exclusion et de la marginalisation de populations, l’exposition tombe pile-poil. Vaste et variée, elle réunit une cinquantaine d’œuvres, de près de trente artistes aux racines multiples, basés en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou au Canada.

Une floraison d’individualités

Mais quelle diaspora ? Celle où « aucun discours ne s’installe », estime la commissaire, d’où son choix de privilégier une multiplicité de voix. Au-delà de leur appartenance à un groupe ethnique ou à une autre catégorie (classe sociale, sexe…), chaque artiste a un vécu unique, qui se traduit dans une pratique bien personnelle. Exempt de regroupements thématiques, le parcours de l’expo brouille les pistes, favorise la mixité. Aucun fil rouge ne traverse les salles.

Même la présence de l’artiste conceptuelle Yoko Ono, une star n’importe où ailleurs, ne vient dicter ni une chronologie ni une quelconque hiérarchie. Ses deux œuvres-instructions, dont Painting for the Wind (1961) qui surgit presque incognito au tournant d’une salle, font partie pourtant de ces propositions qui transgressaient les frontières (entre les disciplines), alors que la peinture abstraite régnait.

À l’instar d’Ono, d’autres renommés artistes à cheval des cultures et des disciplines font partie de l’exposition, tels que Yinka Shonibare, Lubaina Himid (une pionnière de l’art féminin noir dans les années 1980) ou, à l’échelle canadienne, Ed Pien. PHI ne prétend pas jouer les dénicheurs de talents, tant la plupart des gens sélectionnés ont déjà intégré le circuit des galeries. L’art contemporain serait-il plus inclusif que d’autres secteurs de la société ?

On peut tirer des points communs ici et là, surtout dans la première partie de l’expo (celle dans le bâtiment à étages). Diaspora égalant éloignement, le travail s’appuyant sur des souvenirs, des artefacts et l’imaginaire est présent chez plusieurs. Ainsi, les huiles du Britannique Hurving Anderson, d’origine caribéenne, comportent leurs zones imprécises ou fragmentées, du bleu intimidant dans Peter’s Sitters II (2009) à la vue d’un intérieur, vue obstruée par une éclatante grille dans Welcome : Carib (2005).

La peinture narrative et intime et l’entrelacs de lignes et de couleurs sont d’autres éléments récurrents, magnifiés notamment par les encres sur mylar de Moridja Kitenge Banza, un artiste qui a l’appui de la galerie Hugues Charbonneau.

Même s’il ne manque pas d’intérêt, le second bâtiment souffre de la trop grande présence d’artistes, dont certains bénéficient d’enclos suggérant des petits solos. Difficile pourtant d’apprécier ces espaces étriqués comme celui du Montréalais Manuel Mathieu, dont le printemps n’aura pas été celui de sa grande sortie (trois expos repoussées). Lui qui est aussi représenté par Hugues Charbonneau aura son moment.


À voir en vidéo

Relations: la diaspora et la peinture 

À la Fondation PHI pour l’art contemporain, 451 et 456, rue Saint-Jean, jusqu’au 29 novembre.