Arts visuels: de Pootoogook à Giacometti

Vue de l’exposition «Graham Fagen. Complainte de l’esclave», 2017, Galerie de l’UQAM
Photo: Galerie de l’UQAM Vue de l’exposition «Graham Fagen. Complainte de l’esclave», 2017, Galerie de l’UQAM

Malgré la frustration de fermer leurs portes, les diffuseurs en arts visuels peuvent sourire. Le Web est un puits sans fond. Il y a ce que Google Arts & Culture diffuse et il y a cette sélection, qui inclut des projets audacieux, certains étant même dépourvus d’images.

Des débuts

Il n’est jamais trop tard pour se tourner vers les réseaux sociaux. La situation actuelle a forcé la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain à s’initier à la diffusion sur Facebook. L’acquisition d’une caméra à 360 degrés permet sa « première tentative de visite virtuelle ». Les dessins autobiographiques de Napachie Pootoogook, tout juste accrochés (l’expo devait commencer le 18 mars), composent le solo posthume de l’artiste inuite décédée en 2002.

Le galeriste nous invite à observer les détails du lieu « créé par la vision du collectif d’artistes Graff et de l’architecte montréalais Pierre Mercier-Boyer en 1974 ». « C’est presque comme si vous étiez presque là », écrit-il, grimace en sus. Pour bien apprécier les dessins intimistes de l’artiste, il suggère d’aller sur le site Web de la galerie, qui, il faut le dire, a l’habitude de documenter toutes ses expos, une œuvre à la fois.

Pour les oreilles

À l’affiche en mars au centre Diagonale, l’exposition Histoires Histoire a trouvé un nouvel élan dans une version audio inusitée. Le balado narré par la commissaire et directrice du centre, Chloé Grondeau, se trouve sur le site de Diagonale.

Prolongée ainsi jusqu’au 1er mai, peut-être davantage selon la durée de la pandémie, Histoires Histoire est la première d’une série inspirée par les études sur la mémoire de la chercheuse Marianne Hirsch. Dans ces « différentes histoires potentielles au lieu d’une unique, linéaire et hégémonique », des environnements narratifs « suscitent la cohabitation de vérités, la possibilité d’entrevoir d’autres avenirs, voire d’autres passés ».

Le choix du balado s’avère fort judicieux, tant il permet la réécriture des arts visuels. Des six projets sélectionnés, notons celui de Danica Dakic ancré dans un hôpital psychiatrique de Bosnie. L’œuvre propose « une utopie réelle, un monde à part entière, un endroit clos et fantasmagorique dans lequel les illusions proposent un contraste violent avec la vie concrète ».

Programme quotidien

La Galerie de l’UQAM a trouvé une manière novatrice de faire connaître son imposante collection presque exclusive à l’art contemporain. Chaque matin, elle diffuse des mini-expos thématiques. Oui, oui, chaque jour, par l’entremise de Facebook.

Les thèmes mettent en valeur la collection et l’histoire de la galerie universitaire. En début de semaine, le programme Son et musique rassemblait des œuvres de Patrick Bernatchez, Graham Fagen, Michael Snow, parmi d’autres. Dommage seulement que les archives ne permettent d’écouter ni Piano orbital (2011) de Bernatchez ni Transcription musicale de la structure des arbres (2012-2015) de Giuseppe Penone.

Les capsules quotidiennes renferment plus de documents que les seules reproductions d’œuvres. Comptant sur la plume de sa directrice, Louise Déry, la galerie peut proposer une riche littérature, comme une monographie sur Snow, mise en ligne dans sa totalité, ou l’article « Arts visuels et musique en contrepoint » (Esse, 2014). Louise Déry y recense les artistes qui traitent la musique « comme une substance malléable, un matériau sculptural modelé dans le contexte du performatif ».

Soulignons que depuis 2018, et jusqu’en 2023, la Galerie de l’UQAM présente l’exposition virtuelle 150 ans / 150 œuvres : l’art au Canada comme acte d’histoire. C’est l’occasion de la découvrir.

Livres ouverts

Le Guggenheim de New York rend accessible, lui, ses publications. Plus de 200 titres peuvent être téléchargés sans frais, une liste qui inclut des livres vieux et moins vieux. L’ouvrage Italian Art Now : An American Perspective (1982) permet, le temps de survoler la production de sept artistes, de rêver à des rapprochements pour le moment impossibles.

Contributions volontaires

Deux musées québécois se tournent vers le public pour animer leur printemps. Avec Musée en quarantaine, « lieu d’échange virtuel », le Musée d’art de Joliette incite les gens à réagir à un thème donné. Les photos, dessins et autres propositions donnent naissance à une exposition hebdomadaire. C’est le jeudi qui a été choisi comme jour de vernissage (virtuel) et de dévoilement du thème suivant.

Le concept « Une heure au musée » du Musée de la civilisation offre de multiples activités en ligne, dont les visites de ses collections. On peut se contenter de fureter parmi les albums thématiques proposés (L’histoire gourmande du sucre, Poudres, fard et maquillage…), mais chacun peut créer ses propres regroupements en triant parmi les objets conservés à Québec. Le Musée veut aussi documenter l’actuelle pandémie et invite le public à partager son expérience. Cherchez le lien « Appel aux citoyens ».

Petits espaces

En période de confinement spatial et de création avec des ressources limitées, comment ne pas penser à Alberto Giacometti. L’artiste suisse a travaillé dans un minuscule et modeste atelier parisien. La Fondation Giacometti de Paris propose #GiacomettiChezVous, programme ludique et sensé, allant de l’expo À la recherche des œuvres disparues, sur Instagram, à la diffusion de conférences sur la plateforme join.me.

Les Giacometti en herbe, eux, sont invités aux défis de la création. Le « challenge Un Giacometti dans ma chambre » consiste notamment à sculpter des figures dignes de l’artiste avec ce qu’on a à portée de main, comme des vêtements de la même couleur. « N’hésitez pas, dit la Fondation, à poster vos créations sur Instagram en mentionnant @fondation_giacometti ».