De l’art d’animer les pierres

L’expérience pousse le visiteur à réanimer le monde, en fixant la pierre à travers son écran. Par moments, c’est la Terre entière qu’on semble regarder, caillou d’abord inerte sur lequel la vie finalement s’agite.
Photo: Sandra Larochelle L’expérience pousse le visiteur à réanimer le monde, en fixant la pierre à travers son écran. Par moments, c’est la Terre entière qu’on semble regarder, caillou d’abord inerte sur lequel la vie finalement s’agite.

Contrairement à la réalité virtuelle, la réalité augmentée mêle la réalité et la fiction. En regardant une roche à travers une tablette numérique par exemple, on peut voir des cheveux pousser sur cette roche, ou encore observer de petits personnages qui s’y agitent. On peut voir des larmes glisser sur la surface de la pierre. C’est le chemin qu’ont emprunté Claire Bardainne et Adrien Mondot, de la compagnie française Adrien M Claire B, en concevant Mirages Miracles, l’exposition qui prend l’affiche au Centre Phi. Le duo, qui dirige une troupe multidisciplinaire de théâtre, de danse et d’installations en France, a voulu ainsi offrir un voyage symbolique, au centre de la pierre, qu’elle nous soit présentée sous sa forme réelle ou sous forme de dessins.

« Les pierres sont simples, lourdes et immobiles. Les pierres sont tout ce qu’il y a de plus réel et matériel. Mais à écouter leur silence, on les entend. À bien les regarder, elles deviennent transparentes, et leur inertie palpite. Elles parlent des forces qui les ont consumées, des distances qu’elles ont parcourues, des génies qui les habitent ou des cheveux qui leur poussent sur le caillou », lit-on dans un texte d’introduction à l’exposition.

L’expérience pousse donc le visiteur à réanimer le monde, en fixant la pierre à travers son écran. Par moments, c’est la Terre entière qu’on semble regarder, caillou d’abord inerte sur lequel la vie finalement s’agite. L’équipe d’Adrien M Claire B a tout conçu de cette exposition, de la collecte de cailloux jusqu’à la création de l’application qui les anime, en passant par le souffleur de verre qui a conçu certains éléments des petits théâtres optiques qu’on trouve dans l’exposition.

Il faut dire que les deux têtes dirigeantes de la compagnie, Claire Bardainne et Adrien Mondot, ont des formations qui se complètent. Claire Bardainne est plasticienne, graphiste et scénographe, tandis qu’Adrien Mondot est informaticien et jongleur. Aussi sont-ils particulièrement intéressés par la dimension interactive de la technologie. Dans une autre pièce, deux installations de réalité virtuelle proposent au participant de danser avec cette réalité. « Ce que nous voulons, précise Claire Bardainne en entrevue, c’est que le spectateur puisse entrer en contact avec l’oeuvre. » Symboliquement, cette exposition propose d’« appréhender différemment le réel », dit-elle.

La réalité augmentée permet d’ailleurs une sorte d’interaction entre la réalité et l’oeuvre artistique. Mme Bardainne parle en l’occurrence de « technomagie ».

Dans ses dernières expositions, le Centre Phi avait davantage exploré la réalité virtuelle, que l’on expérimente généralement en solitaire, coiffé d’un lourd casque. Avec Mirages & miracles, c’est plutôt la réalité augmentée qui occupe la majeure partie de l’espace.

La compagnie Adrien M & Claire B a été repérée par l’équipe du Centre Phi dans des expositions mettant en valeur l’art numérique au centre Ars Electronica à Linz, en Autriche, et à l’Art Basel in America, à Miami.

Mirages & Miracles

Adrien M & Claire B. Au Centre Phi, du 18 février au 5 avril.