Une «attraction du paysage» trop sage

L’exposition du MAJ réunit huit corpus d’oeuvres.
Photo: Paul Litherland L’exposition du MAJ réunit huit corpus d’oeuvres.

La « petite » salle que le Musée d’art de Joliette (MAJ) a réservée à Patrick Coutu pour sa première grande exposition dans un musée manque justement de ça : de grandeur. Ou d’envergure. L’artiste, qui pratique la sculpture depuis vingt ans, méritait mieux.

Patrick Coutu est apparu sur la scène avec des œuvres plus proches de l’installation que du moulage ou de la taille. Dès 2002, le Musée national des beaux-arts du Québec lui donnait sa première expo muséale, qui s’est avérée, avec le temps, être la dernière d’une période marquée par l’accumulation d’objets et de matériaux usinés.

Depuis, Coutu s’est engagé dans une voie où les techniques plus classiques de la sculpture ont pris le dessus. Ses procédés restent cependant actuels et l’artiste permet volontiers aux accidents et au hasard de s’exprimer. Avec comme résultat que même si la signature est reconnaissable, elle varie d’une fois à l’autre.

L’expo au MAJ, intitulée L’attraction du paysage, réunit huit corpus d’œuvres, dont la moitié est représentée par plus d’un exemple. La diversité du travail se note dans la présence du bronze, du plâtre ou du laiton, mais aussi dans celle du verre, du coton et de l’encre sur papier.

Les choix de la commissaire Charlotte Lalou Rousseau, qui couvrent une décennie de création (2010-2019), pointent la capacité de l’artiste à se renouveler sans pour autant perdre en cohérence.

La nature et la science, plus particulièrement les mathématiques, sont la source d’inspiration de l’artiste qui s’attelle, avec succès, à représenter des phénomènes propres aux deux univers.

Dans son travail, le microscopique et le macroscopique s’interpellent sans cesse. Que des petits modules cubiques dessinent, une fois assemblés et moulés, la vie sous-marine (la série Récifs, 2015) ou que des schémas mathématiques donnent des tissages tirés du métier Jacquard, machine mécanique du XIXe siècle (la série Flottés, 2015), il y a toujours chez lui une invitation à observer un tout dans ses moindres détails.

Patrick Coutu ne fait pas dans le militantisme environnemental, mais ses œuvres tendent néanmoins à nous rappeler la beauté complexe de la nature, ainsi que sa potentielle fragilité. Il est aussi question des effets du temps et de l’inévitable mutation des choses, malgré les apparences. Comme la paroi rocheuse du Témiscouata, à l’origine de l’œuvre Roche-mère (2019). Comme le revers exposé des tissages Flottés, allusion à des bois usés par l’eau.

Pas de rétrospective

Il aurait été intéressant de voir le chemin parcouru par Patrick Coutu depuis ses premières représentations paysagères, il y a de cela quinze ans. De cette époque où une galerie de renom venait de le recruter, l’espace public au pied de la Place Ville-Marie garde un bel exemple : Sculpture pour la place Mgr-Charbonneau montre à la fois une ville et ses roches sédimentaires.

Depuis, l’attrait du paysage s’exprime chez Coutu de manière moins littérale et narrative, davantage allusive, notamment par le biais d’illusions nées sous la répétition de motifs.

Si L’attraction du paysage ne prétend pas être une rétrospective, elle n’en demeure pas moins un genre de best of qui, dans une salle relativement restreinte, limite l’expérience de chaque proposition. Souvent monumental, le travail de Patrick Coutu, qu’il soit en deux ou trois dimensions, a besoin de se déployer dans l’espace.

À Joliette, mis à part Source (2019), « véritable geyser en verre » placé dans un coin face aux passants de la rue, les œuvres sont prises dans le trafic. C’est particulièrement le cas des pourtant emblématiques Récifs, dans lesquels on trébuche, ou presque.

On se serait attendu à ce que le MAJ, pour cette première expo muséale en plus de dix ans — voire plus si on ne tient pas compte de la discrète Chute en 2008 au Musée des beaux-arts du Canada —, fasse un véritable événement.

On a plutôt l’impression qu’il s’agit d’une expo de galerie toute sage, par ailleurs similaire à plusieurs égards à celle que Division, l’enseigne qui défend Coutu, présentait à Montréal en 2015.

 

Patrick Coutu L’attraction du paysage

Commissaire : Charlotte Lalou Rousseau. Au Musée d’art de Joliette, jusqu’au 5 janvier 2020.