Prendre un thé au Centre Phi

Les artistes Pierre Kwenders (notre photo), Lydia Képinski et Miles Greenberg ont bu un thé en récitant de la poésie.
Photo: Centre Phi Les artistes Pierre Kwenders (notre photo), Lydia Képinski et Miles Greenberg ont bu un thé en récitant de la poésie.

Bien connu pour ses installations à la fine pointe de la technologie, notamment son exposition de réalité virtuelle en cours Écho : réverbération dans l’espace, le Centre Phi présente en entrée libre jusqu’au 6 janvier l’installation vidéo Poésie et thé. Douze artistes, douze poèmes, douze théières. Un espace zen et calmant, avant de plonger dans la réalité virtuelle pour qui décidera de poursuivre la visite du Phi.

Si l’on boit le thé pour oublier le bruit du monde, comme l’a écrit l’auteur chinois Lu Yu de la dynastie Tang (618-907) dans son livre Le classique du thé, eh bien, mission accomplie. Dans l’espace Plateau du premier étage du Centre Phi, où est présenté le fameux projet vidéo Poésie et thé, les bruits et l’agitation de la ville sont bien loin.

En tout, une dizaine d’écrans installés sur trois côtés présentent douze artistes qui se prêtent au jeu des rimes et des sonorités avec une telle frénésie qu’on en a la chair de poule. Le son est excellent, l’image est belle. D’ailleurs, dans ce bel immeuble rénové de quatre étages — l’ancienne fabrique de la cristallerie Holland —, à la fois lounge, studio de son et de postproduction cinématographique, salle de cinéma numérique, de spectacles, d’expositions, d’enregistrement audiovisuel, tout ici est à la fine pointe technologique.

Une chorale de poèmes

C’est sur le plus grand des écrans télé de l’espace que tour à tour les artistes déclament leur poème, assis à une table ornée de fleurs, de fruits, de plantes exotiques et de théières dont pas deux ne se ressemblent. Chaque artiste se verse une tasse de thé avec une adresse folle, en le faisant parfois couler d’un mètre au-dessus de la tasse. On entend le bruit du thé qui coule dans la tasse comme si l’on était assis à table avec l’artiste.

Poèmes de Gaston Miron, Jay Winston Ritchie, Daria Colonna, Pablo Neruda, Peaches, Antoine-Roger Bolamba, Lao Tseu, Rumi, Richard Brautigan, Kamilah Aisha Moon, Shinji Moon et Juliana Huxtable, joliment récités par Lydia Képinski, Camille Poliquin et Laurence Lafond-Beaulne de Milk & Bone, Casey Spooner, Peaches, Pierre Kwenders, Yes Mccan, Narcy, Jessica Brillhart, Eliza McNitt, Miles Greenberg et Juliana Huxtable.

De grands sujets sont abordés, tels le racisme, l’amour, la quête spirituelle, les revendications sociales… L’expression des artistes, leur respir, leur intensité émotionnelle, leur lente gestuelle… tout ça intrigue. Puis on se laisse envahir par le flot de mots, par la mélodie. On ne comprend pas toujours, mais ce n’est pas grave, puisque l’on peut écouter et réécouter le poème. Et on peut toujours demander des explications.

« Nos médiateurs sont là pour aider les visiteurs », précise Myriam Achard, directrice des relations publiques et des communications au Phi. « Ils discutent avec eux, les rassurent et les prennent en charge au besoin. Ils sont l’une des forces de la maison. »

Et c’est ainsi qu’en dégustant à son tour un thé — gracieuseté du Phi jusqu’au 6 janvier —, le visiteur découvre certains des précieux collaborateurs de cette ruche artistique du Vieux, issus de rencontres passées et de prestations récentes, à qui le Centre a demandé de se prêter au jeu de réciter un poème aimé en se servant une tasse de thé.

De la poésie à la réalité virtuelle

Quant à ceux qui s’intéressent à la réalité virtuelle, ils pourront par la même occasion s’initier à cet art sans avoir à acheter un billet pour l’exposition en cours. Tout à côté de Poésie et thé, deux fauteuils équipés d’un casque de RV invitent à visionner Pearl, une installation de six minutes créée par Patrick Osborne et réalisée par David Eisenmann. « Ce n’est pas une oeuvre récente, puisqu’elle date de 2016, mais c’est une oeuvre extrêmement touchante et qui m’a beaucoup marquée », confie Myriam Achard.

C’est aussi le premier court métrage virtuel à avoir été mis en nomination pour un Oscar en 2017. Pearl a remporté un Peabody Award dans la catégorie « Futures of Media » et un prix Emmy dans la catégorie « Innovation in Interactive Programming ».

Pearl raconte les aventures d’une petite fille et de son père qui, à bord de leur fidèle voiture à hayon, sillonnent le pays à la poursuite de leurs rêves. Cette automobile, qui leur sert aussi de maison, leur permet de se sortir de toutes les impasses et de trouver le bonheur partout où ils vont, même là où cela semble impossible. Cette touchante histoire raconte l’héritage qu’on laisse de génération en génération et l’amour qu’il porte.

Puis, on a la piqûre. Vraiment. Et on finit par s’acheter un billet d’entrée de trois heures pour l’exposition en cours, Écho : réverbération dans l’espace, qui se termine le 20 janvier. Trois heures, un casque vissé à la tête, à tourner dans tous les sens pour ne rien manquer des installations. On en sort tremblant, étourdi, impressionné, bouleversé.

Oui, bouleversé. Surtout après le visionnement de l’installation Vestige, une expérience en réalité virtuelle de treize minutes, réalisée par Aaron Bradbury et produite par Paul Mowbray, Antoine Cayrol et Jill Keklas Basmajian. Il s’agit d’un documentaire inventif qui explore la question de notre relation avec le deuil. On entre dans le cerveau de Lisa, une jeune Américaine de l’Utah qui fait le deuil d’Erik, son mari. On explore ses pensées, et expérimente avec elle la guérison qui prend place avec le temps. Ouf !

Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à franchir la porte de cet édifice du XIXe siècle, au 407, rue Saint-Pierre. Pour prendre le thé et découvrir un lieu d’art exceptionnel.