La photo de presse, bien vivante

Cette extraordinaire photo a été prise par Akintunde Akinleye pour l’agence Reuters, lors de l’explosion d’un pipeline de pétrole à Lagos en décembre. Non seulement est-il rare qu’un photographe africain remporte un prix lors du World Press
Photo: Agence Reuters Cette extraordinaire photo a été prise par Akintunde Akinleye pour l’agence Reuters, lors de l’explosion d’un pipeline de pétrole à Lagos en décembre. Non seulement est-il rare qu’un photographe africain remporte un prix lors du World Press

Malgré la multiplication exponentielle des images personnelles sur Internet, la photo de presse demeure bien vivante, comme le montre l'exposition World Press Photo, qui s'est ouverte hier à Montréal.

«Le nombre de photos en compétition a augmenté de façon incroyable depuis cinq ans», explique Jeroen Visser, conservateur de l'exposition. Mais en dépit de la démocratisation de la photo en soi, et du journalisme citoyen qui veut que tout le monde puisse produire de l'information, Jeroen Visser soutient que la qualité de la composition ainsi que le regard particulier que pose le photographe professionnel sur le monde font la différence.

Le World Press Photo, organisme créé en 1955 à Amsterdam pour promouvoir le photojournalisme, tient chaque année un concours annuel prestigieux décernant différents prix dans une dizaine de catégories.

World Press Photo, c'est aussi une exposition des meilleures photos en compétition, qui se déplace dans 90 villes du monde. L'exposition visite Montréal depuis cinq ans, et c'est la deuxième année qu'elle s'installe au Musée Juste pour rire. Près de 200 oeuvres sont présentées sur deux étages du musée, et c'est souvent passionnant. On y trouve des photos de conflits sanglants, bien sûr, mais aussi des reportages sociaux très variés, que ce soit auprès des Noirs du South Side de Chicago ou chez les cols blancs du Japon. Les grands photographes nous donnent également accès à des lieux totalement méconnus, un hôpital psychiatrique africain... ou un concours de beauté pour personnes âgées à Boston!

On trouve également au deuxième étage les photos de la catégorie sport, toujours spectaculaires, dont une série sur le célèbre coup de tête de Zidane au Mondial de soccer.

Le World Press Photo avait reçu plus de 78 000 clichés en prévision du concours! Les prix de l'édition 2006 ont été décernés en février dernier par un jury international. Des tendances particulières à signaler? «Les grandes agences de presse suivent les grands conflits, alors il est certain que nous avons plusieurs photos de la guerre au Liban en 2006, comme nous avions plusieurs photos de la guerre en Irak l'année précédente», explique Jeroen Visser.

Mais on trouve aussi d'autres tendances. Par exemple, «un certain retour au noir et blanc, qui permet vraiment un autre regard», dit-il. Près de la moitié des photos gagnantes sont d'ailleurs en noir et blanc.

Jeroen Visser ajoute que, s'il y a 20 ou 30 ans les grands photographes étaient souvent des témoins directs de l'événement, ils cherchent maintenant à aller plus loin, en dénichant le contraste ou l'angle inédit. La photo gagnante de 2006, de l'Américain Spencer Platt, en est un exemple, alors que de jeunes, beaux et élégants Libanais circulent en décapotable parmi les ruines des immeubles éventrés.

L'événement World Press Photo comporte plusieurs volets à Montréal. L'organisme québécois Reporters Communications propose également son projet Respect, une quarantaine de grandes photos aériennes de la forêt boréale au Canada, prises par huit photographes canadiens. Et dans une autre salle, le visiteur pourra voir une exposition sur les 60 ans de l'agence de presse Magnum, créée en 1947 et dont les oeuvres ont marqué l'histoire.

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World Press Photo, au Musée Juste pour rire de Montréal, du 31 août au 30 septembre.

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