Drake est toujours triste, mais cette fois sur un dancefloor

Le rappeur torontois se tourne vers la musique house pour tenter de donner corps aux textes fades de son septième album.
Jonathan Short The Associated Press Le rappeur torontois se tourne vers la musique house pour tenter de donner corps aux textes fades de son septième album.

À quelques heures de préavis jeudi, le populaire rappeur et chanteur torontois a annoncé la sortie, le soir même, de son septième album, Honestly, Nevermind. Autre surprise : il s’agit essentiellement d’un disque de musique house sur lequel il reprend son ton maussade pour chantonner la solitude et le doute qui, apparemment, caractérisent sa vie amoureuse. Facile et agréable à écouter, Honestly, Nevermind est cependant un album redondant de la part d’une star mondiale incapable de renouveler son discours.

Décidément, Drake est irrécupérable : même sur un plancher de danse, il fait la moue. Une seule des quatorze nouvelles chansons le ramène au rap — Jimmy Cooks, collaboration avec 21 Savage, logée à la toute fin. Passé la brève intro instrumentale, le tempo du house traverse l’album de bout en bout. Ça ne donne pas davantage envie de festoyer au taciturne Torontois, qui semble même avoir perdu de son flair mélodique tant on retiendra avant tout le caractère rythmique de cet album plutôt que ses refrains.

À première écoute, le choix artistique pourrait surprendre, mais ce serait oublier que Drake a maintes fois posé sa voix sur des rythmiques électroniques dansantes. Rappelons-nous les succès comme l’excellente Too Good avec Rihanna et One Dance, tirées de l’album Views (2016), ou encore Passionfruit, du mixtape More Life (2017).

Rien de vraiment neuf, on l’a entendu déjà chevaucher ce genre de groove, quoique jamais sur tout un album qui suggère ainsi la légèreté des douces soirées d’été. La touche est la même que sur les succès mentionnés plus haut : des percussions électroniques présentées en délicatesse, des lignes de basses minimalistes, quelques accords de synthés aux sons minutieusement choisis, et à l’occasion une guitare électrique (sur Overdrive) ou flamenco ornementale (Tie That Binds).

Son house respire comme pouvait le deep house des années 1990 auquel il se réfère beaucoup, exception faite de la plus robuste Sticky, sur une rythmique inspirée du son bounce du New Jersey, ou encore Massive, en hommage au son house classique de Chicago, accords de piano synthétique en prime. Et toujours, Drake chante de cette voix retenue — trop, paraissant par moments désintéressée par ses propres peines d’amour ou questions existentielles.

Airs connus

 

Le Torontois a convoqué d’anciens collaborateurs, dont le fidèle compositeur et réalisateur Noah « 40 » Shebib et le Sud-africain Black Coffee (récipiendaire du Grammy du Meilleur album dance/électronique il y a quelques mois) promu au titre de coréalisateur. Drake embrasse ainsi, mais subtilement, les nouvelles musiques électroniques du continent africain (on généralise en les nommant « afrobeats ») qui, depuis quelques années déjà, connaissent une fulgurante ascension sur la planète pop. Notons également la collaboration du compositeur montréalais Kid Masterpiece, qui signe l’intro instrumentale et apporte sa touche à Flight’s Booked, l’une des plus rêvasseuses de l’album avec Down Hill.

Honestly, Nevermind comprend une autre référence québécoise, dans le texte de Sticky (rappé plus que chanté, celui-là) : « My mama wish I woulda went corporate / She wish I woulda went exec’/ I still turn to a CEO so the lifestyle she respect / Ay, two sprinters to Quebec / Chérie, où est mon bec ? » Mettre ces strophes en contexte ne les rendrait pas meilleures, malheureusement (en plus des femmes, il y cause de bijoux et fait allusion à l’incarcération de Young Thug), or c’est tout là le problème : ce disque est fort plaisant à l’écoute, mais en s’attardant aux textes, on ne trouve là rien qui ne nous a pas été déjà servi sur un de ses six précédents albums.

Et c’est navrant. Drake avait 23 ans lors de la sortie de son premier album, Thank Me Later. Il en a 35 aujourd’hui, mais n’a, dans ses chansons récentes, pas semblé avoir grandi, évolué, ou trouvé quelques autres thèmes à explorer que ceux des femmes (qu’il séduit ou qu’il quitte), de la luxure et du succès. Sa poésie à numéros écrite en pigeant des mots pigés dans un sac Vuitton est devenue si prévisible et lassante…

Honestly, Nevermind

★★★

Drake, OVO / Republic

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