«Écologie. Une bataille sans fin»: le suicide de la planète

Vulgarisateur hors pair, en particulier grâce à son expérience comme rédacteur en chef du magazine Québec Science de 1994 à 2006, Lemieux relate l’évolution de l’écologisme québécois qui, parallèlement à ce qui se fait ailleurs dans le monde, prend son envol dans les années 1970.
Photo: Olivier Zuida Vulgarisateur hors pair, en particulier grâce à son expérience comme rédacteur en chef du magazine Québec Science de 1994 à 2006, Lemieux relate l’évolution de l’écologisme québécois qui, parallèlement à ce qui se fait ailleurs dans le monde, prend son envol dans les années 1970.

Qui, au Québec, se souvient de la poète Huguette Gaulin (1944-1972) ? Très peu de gens. Surtout des amoureux de poésie. Afin de donner une couleur intimement québécoise à la lutte mondiale pour sauver la nature, le journaliste Raymond Lemieux honore, au début de son livre Écologie. Une bataille sans fin, la mémoire de celle qui, après s’être aspergée d’essence, gratte une allumette et s’immole en public, hurlant à tous : « Vous avez détruit la beauté du monde. »

Vulgarisateur hors pair, en particulier grâce à son expérience comme rédacteur en chef du magazine Québec Science de 1994 à 2006, Lemieux relate l’évolution de l’écologisme québécois qui, parallèlement à ce qui se fait ailleurs dans le monde, prend son envol dans les années 1970. Il raconte qu’en 1977, avec une dizaine d’autres étudiants du cégep Maisonneuve, à Montréal, il forme un cercle végétarien, antinucléaire, s’affirmant contre le gaspillage et pour la passion du vélo.

Ces idéalistes invitent pour y faire une causerie dans « leur modeste local » d’Hochelaga-Maisonneuve le naturaliste Pierre Dansereau (1911-2011), précurseur québécois de l’écologisme par son ouvrage Biogeography. An Ecological Perspective, publié à New York en 1957. Malgré cette rencontre mémorable, Lemieux signale que le « virage écologique » apparaît illusoire au Québec.

Il dresse un constat désespérant. Le nombre d’automobiles y a plus que triplé de 1970 à 2018, la consommation d’énergie a augmenté de 15 % de 1990 à 2016, les émissions de polluants atmosphériques liées au transport, de 21 % entre 1990 et 2018, l’étalement urbain a fait disparaître des milliers d’hectares de terres agricoles et de milieux humides.

Malgré tout, Lemieux décèle des lueurs d’espoir qui concernent non seulement le Québec, mais la planète entière. Il cite le protocole adopté à Montréal en 1987 par 24 pays bannissant les produits réfrigérants destructeurs de la couche atmosphérique d’ozone, l’entente canado-américaine de 1991 sur les pluies acides qui obligeles deux pays à réduire l’acidité de leurs émissions industrielles.

Mais cela n’est rien devant le réchauffement climatique, contre lequel les « 30 années de bla-bla » des dirigeants de la planète « n’ont mené à aucune action », selon la militante Greta Thunberg, que Lemieux mentionne avec sympathie. L’essayiste nous ébranle encore plus par la résonance locale qu’il donne, sans trop le vouloir, à la situation mondiale.

En admirant Dansereau, ce novateur, Lemieux pénètre le secret d’un couple bien québécois qui cristallise le débat universel entre le rêve écologique et son adversaire implacable : le culte de l’argent. Poète exalté de la nature, un peu de la trempe d’Huguette Gaulin, Dansereau n’était pas à l’abri des douces taquineries de sa femme, Françoise Masson, comme par hasard descendante directe de Joseph Masson (1791-1847), le premier millionnaire canadien-français.

Écologie Une bataille sans fin

★★★ 1/2

Raymond Lemieux, Multimondes, Montréal, 2022, 228 pages

À voir en vidéo