Des contes à rendre

Stéphanie Bénéteau, directrice artistique du Festival interculturel du conte de Montréal, et Jean Barbe, arbitre du combat des contes
Photo: Adil Boukind Le Devoir Stéphanie Bénéteau, directrice artistique du Festival interculturel du conte de Montréal, et Jean Barbe, arbitre du combat des contes

Ils nous regardent du haut de leur âge, et pourtant, nous répétons sans arrêt leurs erreurs. Les personnages des contes sont bien plus près de nous qu’on le pense. Et c’est ce que s’apprêtent à défendre les cinq concurrents de la deuxième édition du Combat des contes, du Festival interculturel du conte de Montréal.

Prenez le propriétaire, dans le conte Le fermier et son propriétaire, que porte le conteur François Lavallée. Manon Massé, porte-parole de Québec solidaire, participe à ce combat pour la première fois cette année. Pour elle, ce conte, où un propriétaire refuse de permettre au fermier d’utiliser un lopin de terre pour nourrir sa vache affamée, s’incarne parfaitement aujourd’hui, dans le cadre des rapports tendus entre locataires et propriétaires de Montréal, à force d’évictions et d’augmentations de loyer.

« Ce conte-là, il est extrêmement d’actualité, dit Manon Massé, dans une courte vidéo mise en ligne pour que le public puisse lui-même voter sur les contes en jeu. Parce qu’on est dans des situations où les inégalités sociales sont inacceptables. On se rend compte que ce qu’on vit, ça se vivait il y a des centaines d’années, et la tradition orale nous rappelle que les fermiers et les locataires, on a une histoire commune. Ça, je pense que c’est précieux. »

Dimanche prochain, Manon Massé sera à la Grande Bibliothèque pour défendre ce conte, aux côtés de quatre autres combattants. La vulgarisatrice scientifique Sophie Malavoy y défendra pour sa part le conte Les pieds palmés, porté par Mike Burns. Pour elle, les enjeux centraux de ce conte se retrouvent dans la vague de féminicides que traverse le Québec. « Ce qu’on retrouve dans tous les féminicides, ce sont des gens qui aiment trop et qui ne veulent pas que la femme parte. Ils vont la tuer plutôt qu’elle aille avec quelqu’un d’autre. Et c’est destructeur. Elle [le personnage du conte] se libère et elle s’enfuit, et c’est ça que j’aime. On ne peut aimer que quand on est prêt à laisser partir l’autre », dit-elle.

Pertinence contemporaine

L’idée de ce combat des contes vient de la directrice artistique du festival, Stéphanie Bénéteau. « Je me suis un peu inspirée du combat des livres de Radio-Canada, dit-elle. Nous avons choisi cinq contes du répertoire qui ne sont pas nécessairement écrits quelque part, mais qui sont racontés oralement, en fonction de leur pertinence, de leurs qualités artistiques et de leur capacité d’émouvoir. Puis, on leur a trouvé cinq parrains et marraines qui en défendent chacun un. » Le public pourra d’ailleurs entendre les contes de la bouche des conteurs le 30 octobre prochain, à la maison de la culture Janine-Sutto.

Les parrains et marraines ont été associés à leurs contes respectifs selon leurs intérêts et leur champ d’activité. À Manon Massé et Sophie Malavoy s’ajoute la journaliste Rima Elkouri, qui s’intéresse à l’immigration et à l’interculturalité et qui débattra du conte L’histoire du petit bossu, qui est porté par Oro Anahory-Librowicz. « C’est un conte sur la fabrication d’un bouc émissaire », dit Stéphanie Bénéteau. L’anthropologue Gilles Bibeau défendra quant à lui le conte innu Les oiseaux d’été, porté par Joséphine Bacon, et la façon dont il nous reconnecte avec la nature. Et l’artiste multidisciplinaire Dulcinée Langfelder s’appropriera le conte Amédée, qui parle d’amour et de vieillesse, et qui est présenté par Joujou Turenne.

Parlant de vieillesse, c’est le thème de la soirée d’ouverture du festival. On y attend notamment Michel Faubert et Marco Calliari, qui y présenteront le conte d’Ovide Soucy, ce vieil homme qui bat le diable à un concours de beuverie, mais aussi, par exemple, Thierno Diallo, conteur sénégalais, issu d’une famille de conteurs de père en fils, qui a d’ailleurs fondé un festival du conte à Dakar.

 « On a voulu faire un spectacle qui honorerait les grands-parents et la transmission », dit Stéphanie Bénéteau, qui se demande du même souffle si la tradition orale sera aussi vivante, pour les générations à venir, à l’heure du numérique.

 

Festival interculturel du conte de Montréal

Du 22 au 31 octobre.

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