Ces objets autochtones qui ont une voix

Pour aller à la rencontre des peuples autochtones, il faut d’abord entrer dans la forêt.
Photo: Marilyn Aitken Musée McCord Pour aller à la rencontre des peuples autochtones, il faut d’abord entrer dans la forêt.

Pour aller à la rencontre des peuples autochtones, il faut d’abord entrer dans la forêt. En ce lieu s’ouvrent valeurs, croyances et réalités de leur vie d’autrefois et d’aujourd’hui : s’entremêlent rapport au territoire, relations avec les enfants et les aînés, langues et spiritualités. Tout, en fait, ce dont la colonisation a voulu les priver, en leur arrachant leurs enfants pour les envoyer au pensionnat, en les enfermant dans des réserves, en leur interdisant la pratique de leur langue dans les écoles, et en étouffant leur spiritualité.

C’est ainsi que le Musée McCord a pensé l’entrée en matière de sa nouvelle exposition permanente, Voix autochtones d’aujourd’hui : savoir, trauma, résilience.

L’exposition, qui se déploie en trois salles portant respectivement sur les trois thèmes énoncés dans son nom, met en valeur un imposant travail de collecte de témoignages dans les communautés mené par la chercheuse huronne-wendat Elisabeth Kaine. Elle puise aussi dans l’imposante collection d’objets autochtones qu’avait amassée David Ross McCord, le fondateur du Musée qui célèbre par ailleurs ses 100 ans cette année.

« La collection autochtone, si on inclut l’archéologie, ça doit être à peu près 16 000 pièces, mais en archéologie, cela inclut parfois des tessons. Des objets ethnographiques de trois dimensions, il y en a environ 8500 », dit Jonathan Lainey, commissaire aux affaires autochtones du Musée.

Pas d’analyse ni d’interprétation

Ces objets, les Autochtones rencontrés dans le cadre de la collecte ne voulaient pas qu’on les interprète, qu’on les analyse, précisait la chercheuse Elisabeth Kaine, lors du vernissage de l’exposition. Ils souhaitaient plutôt qu’ils mettent en valeur les connaissances autochtones « outrageusement retirées de l’histoire de l’humanité ».

Parmi ceux-ci, on peut voir par exemple un sac parfaitement étanche, fait de pattes d’oie cousues ensemble, ou encore une impressionnante parka faite avec des intestins de mammifères marins. Cette parka, ancêtre du goretex d’aujourd’hui, est imperméable tout en permettant au corps de respirer. « Il n’y avait pas de gaspillage, raconte l’Anichinabé Claude Kistabish. Ils mangeaient même les os de lièvre, qu’ils mettaient en poudre. Les crânes étaient accrochés à l’extérieur pour remercier le Créateur et comme une signature pour signifier la présence sur le territoire. »

Jonathan Lainey est fier de montrer une magnifique couverture brodée pour accueillir les enfants dans les wâspisuyân, cette sorte de berceau où le bébé est en position debout. « On place toujours l’enfant face au soleil, du levant au couchant, pour lui montrer le sens de l’orientation », raconte l’Atikamekw Réjeanne Flamand.

« Regardez-moi comme ce bébé et joufflu, est-ce qu’il a l’air affamé et malheureux », dit Jonathan Lainey en pointant une photo.

La seconde salle nous plonge dans le trauma de la colonisation, et témoigne d’une époque plus sombre. Parmi les pièces présentées, on trouve un tambour qui avait été cédé par un représentant autochtone à un agent des affaires indiennes de l’ouest du Canada, pour garantir qu’il ne serait plus utilisé par la communauté. Les tambours, rappelle Jonathan Lainey, étaient constamment utilisés, notamment dans les périodes de chasse, pour « appeler le caribou », ou pour témoigner d’une reconnaissance après une bonne chasse.

La collection

La plupart des objets présentés ont été acquis par David Ross McCord lui-même, le fondateur du Musée en 1921. Passionné et convaincu, David Ross McCord, qui était aussi un riche avocat, correspondait avec des familles canadiennes et anglaises et avait des fournisseurs autochtones, poursuit Jonathan Lainey. « Il a mis énormément d’argent là-dedans », dit-il. C’est dans un édifice de l’Université McGill que le Musée McCord a d’abord vu le jour.

Ça n’est pourtant que cette année, cent ans plus tard, que le Musée accueille son premier conservateur autochtone, le Huron-Wendat Jonathan Lainey.

En 1992, raconte pourtant ce dernier, le Musée a adopté une politique, selon laquelle tout ce qui touche les Autochtones doit être développé avec les Autochtones. « Mais c’est comme le droit des femmes, c’est un combat quotidien, dit-il. La décolonisation, ça va demander un effort constant, parce que les réflexes reviennent. »

Alors que Ghislain Picard, président de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, occupe désormais le poste de président du conseil d’administration du Musée McCord, deux Autochtones doivent aussi désormais y siéger en permanence. Comme en témoigne la dernière salle de l’exposition, une ère nouvelle fait place à la collaboration entre les peuples.

Voix autochtones d’aujourd’hui : savoir, trauma, résilience

Nouvelle exposition permanente au Musée McCord

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