Ensaf Haidar publie un premier roman et se lance en politique

Ensaf Haidar voulait parler des relations  entre hommes  et femmes  avec la police  religieuse  .
Jacques Nadeau le Devoir Ensaf Haidar voulait parler des relations entre hommes et femmes avec la police religieuse  .

Ensaf Haidar, l’épouse du dissident saoudien Raif Badawi, lance un premier roman au moment où elle s’apprête à se porter candidate pour le Bloc québécois dans Sherbrooke aux prochaines élections fédérales.

Publié aux éditions l’Archipel, La geôle des innocents se déroule en grande partie dans une prison saoudienne, où le couple que formaient Rachwan et Siham est incarcéré pour s’être unis illégalement et pour avoir provoqué un avortement.

« Mon mari est en prison en Arabie saoudite depuis neuf ans, dit-elle en entrevue. Et je me suis posé beaucoup de questions sur la vie en prison, comment il vit, là-bas à l’intérieur de la prison. » Son roman pose le problème de l’hypocrisie généralisée selon laquelle les abus sexuels homosexuels sévissent en prison alors qu’ils sont réprimés dans la population du pays, qui subit les pressions constantes de la police religieuse.

« Je voulais parler des relations entre hommes et femmes avec la police religieuse », dit-elle, précisant cependant qu’elle parle ici de l’Arabie saoudite telle qu’elle l’a quittée il y a dix ans. « C’est l’Arabie saoudite d’avant la modernité », faisant référence aux réformes entamées récemment par le prince héritier Mohammad ben Salmane. « Je ne sais pas à quel niveau est rendu le changement maintenant. »

Dans l’Arabie saoudite qu’elle raconte, les hommes et les femmes vivent des passions et des attirances, mais tout est enfoui et caché. « La sexualité et l’amour en Arabie saoudite, c’est toujours tabou. On n’a pas le droit d’en parler. La femme n’a pas le droit de voir son mari avant le mariage », dit-elle.

La sexualité et l’amour en Arabie saoudite, c’est toujours tabou. On n’a pas le droit d’en parler. La femme n’a pas le droit de voir son mari avant le mariage.

 

Ensaf Haidar a déjà raconté, dans des récits précédents, Mon combat pour sauver Raif Badawi et Mon mari, ma douleur, mon espoir, son histoire d’amour avec Raif Badawi, qui a été condamné à dix ans de prison et à mille coups de fouet pour avoir tenu un blogue pour la défense des droits de la personne en Arabie saoudite.

Accusé d’apostasie et d’« insulte à l’islam », il défend la séparation de la religion et de l’État. Depuis plusieurs années, Mme Haidar milite pour qu’il obtienne la citoyenneté canadienne et qu’il puisse venir la rejoindre, elle qui vit maintenant avec leurs trois enfants à Sherbrooke.

Dans son roman, elle met en scène des gens venant de l’extérieur de l’Arabie saoudite, notamment du Yémen et de la Syrie, qui ne connaissent pas nécessairement le fonctionnement de la société saoudienne et qui s’y trouvent pris au piège.

Son roman, écrit en arabe et traduit en français par François Zabbal, n’a été pour l’instant publié qu’en français et en anglais. « J’habite maintenant au Québec, mes amis parlent le français et l’anglais. » Elle dit affirmer sa liberté en écrivant notamment de la fiction. « Je suis libre, j’écris ce que je veux. »

En se portant candidate pour le Bloc québécois, Ensaf Haidar souhaite notamment faire avancer les dossiers des relations hommes-femmes et de la laïcité. En principe, Raif Badawi devrait sortir de prison en 2022. Mais Ensaf Haidar ajoute qu’il est aussi condamné, en Arabie saoudite, à dix ans supplémentaires de liberté surveillée. Son mari, qui, selon elle, aurait été victime d’une tentative de meurtre l’année dernière dans la prison de Dahaban, lui parle au téléphone, « quand il a le moral ». Mais il ne décrit jamais ses conditions de détention. « Il ne veut pas qu’on s’inquiète pour lui. »

 

La geôle des innocents

Ensaf Haidar, traduit de l’arabe par François Zabbal, éditions de l’Archipel, Paris, 2021, 202 pages.