La culture et le tourisme liés dans la relance

Si le budget est adopté, près de 50 millions serviront à bonifier trois programmes appuyant les arts de la scène et les événements communautaires.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Si le budget est adopté, près de 50 millions serviront à bonifier trois programmes appuyant les arts de la scène et les événements communautaires.

Peu de secteurs auront subi plus frontalement les effets de la pandémie que ceux du tourisme (les déplacements) et de la culture (les rassemblements). Le premier budget Freeland y fait écho avec une ribambelle de mesures visant leur relance.

Au total, Ottawa prévoit d’investir 1,9 milliard d’ici 2025-2026 pour le grand thème du « rétablissement du tourisme, des arts, de la culture et du sport ». Ce montant comprend certaines sommes déjà annoncées. En concentrant la lecture sur trois ans et sur les nouvelles mesures de soutien, le budget Freeland injecterait un milliard pour les industries du tourisme et de la culture.

S’il faut illustrer combien cette dernière paie le prix de la crise actuelle, une donnée parmi d’autres : plus du tiers des quelque 410 000 Canadiens qui travaillaient dans les industries des arts, du divertissement et des loisirs en février 2020 n’y étaient plus en février 2021, calcule le gouvernement. Celui-ci qualifie de « drastique » la chute de l’emploi dans ces secteurs. « De nombreux organismes voués aux arts, au patrimoine ou aux sports courent le risque de ne pas survivre à la pandémie sans soutien supplémentaire », note le budget présenté lundi.

Ottawa prévoit un nouvel investissement de 300 millions sur deux ans pour que Patrimoine canadien « mette sur pied un fonds de relance » pour ces secteurs — cela en plus de ce qui a été annoncé depuis mai 2020.

Si le budget est adopté, près de 50 millions serviront à bonifier trois programmes appuyant les arts de la scène et les événements communautaires. Le Fonds de la musique du Canada recevra 70 millions de plus sur trois ans (dont les deux tiers cette année) pour « aider le secteur de la musique en direct, notamment les salles de concert, à surmonter la pandémie ». « En musique, il n’y pas eu de répit et le budget le reconnaît, a réagi Solange Drouin, d.-g. de l’ADISQ (industrie du disque et du spectacle). L’année 2021-2022 sera difficile, mais nous avons maintenant confiance que nous serons soutenus adéquatement pour la traverser. »

Le budget de Téléfilm Canada sera également enrichi de 105 millions sur trois ans pour moderniser ses programmes et « réagir à l’augmentation de la numérisation dans l’industrie audiovisuelle ». « Le passage aux médias numériques modifie le paysage de la production cinématographique et télévisuelle canadienne et accroît la concurrence mondiale pour le contenu diffusé en continu en ligne », rappelle-t-on dans le document.

Parmi les autres détails dévoilés lundi, on note que le Fonds des médias du Canada recevra 60 millions sur trois ans pour « appuyer une diversité accrue dans des productions de haut niveau ». CBC/Radio-Canada bénéficiera pour sa part de 21 millions à « titre de soutien opérationnel immédiat », et près de 40 millions sont prévus pour appuyer l’industrie canadienne du livre (surtout pour « aider les librairies à accroître leurs ventes en ligne »).

Festivals

Ces différentes enveloppes s’accompagnent d’autres mesures visant la relance du secteur culturel — mais cette fois, par le biais de la revalorisation du tourisme. Ainsi, Ottawa prévoit-il un investissement de 200 millions pour soutenir les grands festivals, qui « créent des milliers d’emplois » en plus de « présenter les trésors de la culture » canadienne, plaide-t-on.

De même, à une échelle plus petite, une autre somme de 200 millions est prévue pour « appuyer les festivals locaux, les événements et les organismes culturels communautaires tels que les pièces de théâtre extérieures ».

Le p.d.-g. du Regroupement des événements majeurs internationaux, Martin Roy, dit avoir « versé une larme » en apprenant le contenu du budget — vu l’ampleur des problèmes que vivent les festivals. « On intervient de deux façons, auprès des petits et auprès des grands : c’est innovant et on aime ça. Il y a aussi une reconnaissance du caractère économique et touristique de notre secteur, qui n’existait pas autant avant », a-t-il notamment souligné.

Le coup de pouce au secteur touristique comprend par ailleurs un fonds d’aide de 500 millions pour appuyer les entreprises locales à se « remettre de la pandémie et à se positionner pour une croissance future ».

Langue

Dans l’attente de la présentation d’un projet de loi qui modernisera la Loi sur les langues officielles, le budget Freeland présenté lundi prévoit déjà une somme de 392 millions sur trois ans pour la promotion des deux langues officielles.

On estime que « ce nouvel engagement financier appuiera les réformes [à venir] et renforcera la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire ». L’argent servira surtout à améliorer les programmes d’immersion française (180 millions), à bonifier l’offre en éducation postsecondaire dans la langue de la minorité (121 millions) et à appuyer la construction ou la rénovation des espaces éducatifs et communautaires qui desservent les communautés de langue officielle en situation minoritaire (82 millions).

L’annonce a été bien accueillie par la Fédération des communautés francophones et acadienne, qui estime qu’Ottawa a ciblé des « enjeux prioritaires » qui montre son « sérieux » dans le dossier linguistique.

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