Voyager à la maison, défi pandémique des influenceurs globe-trotteurs

Guillaume Duranceau-Thibert, influenceur et chroniqueur voyages, a mis sur pause son rythme de vie pour rester au Québec pendant la pandémie.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Guillaume Duranceau-Thibert, influenceur et chroniqueur voyages, a mis sur pause son rythme de vie pour rester au Québec pendant la pandémie.

De Bali au Mexique, en passant par l’Italie et le Maroc, ils vendaient du rêve à leurs milliers d’abonnés à coups de photos léchées sur Instagram. La pandémie a ramené les influenceurs québécois à la maison, les forçant à trouver d’autres terrains de jeu pour nourrir leurs réseaux sociaux. Dernier de trois textes.

Guillaume Duranceau-Thibert vient de passer son premier hiver au Québec depuis plus d’une décennie, pandémie oblige. En temps normal, il s’envole vers une destination lointaine, de préférence au soleil, pour découvrir le monde et faire part de ses expériences sur sa chaîne YouTube et ses réseaux sociaux.

« J’ai dû m’acheter un manteau et des bottes d’hiver, une grande première en 12 ans », lance en riant celui que la Toile connaît mieux sous son nom de globe-trotteur : « Guillaume sans destination ».

En mars 2020, il visitait le Danemark lorsque la COVID-19 a frappé les pays occidentaux. Il était sur le point de partir en Inde, avant de se raviser à la dernière minute et de prendre l’avion pour Montréal.

En plus de dire adieu au voyage pour une durée indéterminée, le jeune homme a perdu la plupart de ses partenariats quand ses projets d’émission de voyage sont tombés à l’eau.

La pilule a été difficile à avaler, confie-t-il, mais tranquillement il a vu cette pause forcée comme une occasion de ralentir. « J’ai pris du temps pour moi en commençant par un gros break des réseaux sociaux. Ça a fait un bien fou. » Il a aussi repris le travail dans la pépinière qu’il possède avec sa mère et dans laquelle il travaille les étés avant de fuir la saison froide.

Se réinventer

Impossible toutefois pour ce grand aventurier de tirer un trait sur le voyage. Puisqu’il est déconseillé de quitter le pays et qu’il tient à donner l’exemple à ses quelque 27 000 abonnés, Guillaume Duranceau-Thibert s’est rabattu sur le Québec. « Je n’ai jamais eu le réflexe de voyager ici. Dès que j’avais du temps, je partais à l’étranger. Ç’a été l’occasion de découvrir enfin mon coin de pays. » Ce changement de cap lui a permis de continuer ses chroniques de voyages pour le réseau TVA à la fin de l’été en parcourant la province.

Lydiane St-Onge a aussi misé sur les destinations locales dans la dernière année : camping d’hiver au Lac-Saint-Jean, ski alpin au Massif de Charlevoix, randonnée sur la Côte-Nord ou encore cyclotourisme dans les Cantons-de-l’Est. L’influenceuse et blogueuse, connue sous le pseudonyme de « Lydiane autour du monde », a rapidement réalisé des partenariats avec des agences de tourisme régionales et des entreprises de plein air d’ici. Une façon de poursuivre son métier. Elle est d’ailleurs ambassadrice pour la campagne « Bonjour Québec » du ministère du Tourisme.

Lydiane se dit surtout heureuse d’avoir pu retomber sur ses pieds, après avoir vu « son monde s’écrouler » lorsque la pandémie a frappé. « Je ne pouvais soudainement plus voyager, ce que je fais depuis huit ans, c’était impensable. J’ai perdu mes contrats, j’ai dû annuler ou reporter mes voyages prévus en Afrique du Sud, au Sri Lanka, dans les Alpes ou encore à Vancouver. Tout était sur pause et plus rien ne rentrait dans mon compte », raconte-t-elle.

Les offres se bousculent

La voyageuse est loin d’être la seule dans le milieu du marketing d’influence à s’être tournée vers la promotion d’activités extérieures et du tourisme au Québec. Les comptes Instagram de ses pairs en témoignent : les couchers de soleil et les plages de sable blanc ont été remplacés par les parcs de la SEPAQ et le fleuve Saint-Laurent.

Mais puisque l’engouement pour la nature environnante n’a jamais été aussi fort, la demande est grande, autant de la part des touristes que de la part des entreprises. « Avec plus d’influenceurs au Québec, c’est sûr qu’on finit par faire tous la même chose. Au début, je voyais ça comme de la compétition, j’ai eu peur de ne pas faire ma place. Mais je vois tellement d’offres passer… il y en a pour tout le monde », estime Lydiane St-Onge.

« Les spas, les vignobles, les locations de chalets, les lieux de villégiature, les producteurs locaux : on a eu des occasions de contrats qu’on n’avait pas avant la pandémie », fait remarquer Charles Lemay, chef des relations presse de J’INFLUENCE, l’agence qui représente les influenceurs issus d’Occupation double.

De son côté, le président de l’agence Clark Influence, Nicolas Bon, croit que cet essor n’est pas dû qu’à la pandémie. « Ça fait plusieurs années que ça se démocratise, qu’on comprend que faire appel à des influenceurs est une méthode de communication qui marche très bien. » Selon lui, la pandémie n’a fait que consolider la tendance en encourageant notamment l’achat local.

Les Québécois chez eux

Une situation qui a particulièrement aidé la photographe et créatrice de contenus Jeanne Rondeau-Ducharme. Celle qui sillonnait déjà depuis plusieurs années les régions du Québec pour en dévoiler toutes ses richesses sur son compte Instagram (Jeannemap) estime que la pandémie lui a donné un coup de pouce en ramenant les Québécois chez eux. « Ç’a comme crédibilisé mon rôle. On pense davantage à moi quand on parle de tourisme local maintenant », se réjouit-elle. Et malgré la concurrence, elle n’a pas perdu sa place. Tourisme Québec l’a même contactée l’été dernier pour devenir ambassadrice de la campagne Bonjour Québec. Un contrat renouvelé cette année.

Les spas, les vignobles,
les locations de chalets,
les lieux de villégiature,
les producteurs locaux :
on a eu des occasions de contrats qu’on n’avait pas avant la pandémie

 

Mais même si son terrain de jeu ne dépassait que rarement les frontières, la pandémie a tout de même eu un impact sur son travail, reconnaît-elle. Plusieurs de ses contrats ont été annulés puisque les déplacements entre régions sont déconseillés.

« C’est délicat, vu qu’on ne doit pas encourager les gens à se déplacer. On doit nous-mêmes donner l’exemple », souligne-t-elle. Cet hiver, elle est donc restée dans sa région, dans la Capitale-Nationale, et a plutôt republié des photos d’anciennes escapades pour promouvoir le tourisme dans d’autres régions.

Elle espère d’ailleurs une accalmie cet été pour pouvoir réaliser tous ses projets de voyage, notamment en Abitibi et dans le Centre-du-Québec. « Comme tout le monde, j’ai de belles grosses lunettes roses, et je me dis que, si la situation peut changer mille fois d’ici là, j’ai le droit d’encore espérer un bel été. »

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