La bibliothèque Saint-Sulpice a besoin de travaux urgents

Ce rapport d’état de l’immeuble effectué au début du mois révèle l’urgence des travaux à faire sur ce bâtiment, classé monument historique en 1988. La démolition sélective et le toit sont les deux grandes priorités, réclamant des travaux de 344 087$ et de 170 538$ respectivement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce rapport d’état de l’immeuble effectué au début du mois révèle l’urgence des travaux à faire sur ce bâtiment, classé monument historique en 1988. La démolition sélective et le toit sont les deux grandes priorités, réclamant des travaux de 344 087$ et de 170 538$ respectivement.

Un nouveau et très récent rapport de DMA architectes confirme le triste état de la bibliothèque Saint-Sulpice, inoccupée depuis plus de 15 ans. Sis rue Saint-Denis à Montréal, au cœur du Quartier latin, ce bâtiment centenaire a besoin dès cette année de travaux d’une valeur de 1,4 million de dollars et, d’ici trois ans, d’actions pouvant atteindre 7,6 millions.

Ce rapport d’état de l’immeuble de style Beaux-Arts effectué du 1er au 11 mars révèle l’urgence des travaux à faire sur ce bâtiment construit entre 1912 et 1914 par l’architecte Eugène Payette et classé monument historique en 1988. La démolition sélective et le toit sont les deux grandes priorités, réclamant des travaux de 344 087 $ et de 170 538 $ respectivement. Parmi les autres interventions immédiates requises se trouvent « l’élimination des fuites d’eau et autres conditions amenant à la détérioration physique de l’immeuble, ainsi que l’élimination des micro-organismes (moisissures), de l’amiante ou autres produits dangereux pour la santé. Ces travaux sont requis pour la stabilisation de l’immeuble à court terme, mais ne garantissent pas sa préservation à moyen ou long terme ».

Toujours dans les urgences se trouvent aussi des travaux à faire concernant l’électricité, la plomberie, les escaliers, l’enveloppe extérieure et les finitions intérieures.

Dans les actions à poser d’ici trois ans, l’enveloppe extérieure est la réparation la plus coûteuse (1 338 709 $), suivie par les finitions intérieures et l’électricité. « En raison de la qualité patrimoniale de l’immeuble, ces travaux visent également, dans le cadre de la remise en état, ou réhabilitation, des travaux de restauration des finis et des composantes historiques qui ont été endommagées depuis sa précédente occupation », indique le rapport.

Pour la mise aux normes, les interventions minimales sont listées, lesquelles permettraient une utilisation limitée des lieux et certaines restrictions d’usage. « Les interventions incluent donc, pour cette utilisation restreinte, l’ajout d’au moins une issue de secours en partie arrière, mais aucun ajout de sanitaires ou de dispositions pour l’accès universel. Ces travaux sont requis pour assurer la préservation du caractère patrimonial de l’immeuble à long terme. »

Des travaux à refaire bientôt ?

« Il est à noter, lit-on encore, que certains travaux de priorité 1, réalisés dans un contexte d’urgence et sans objectif d’utilisation des espaces, devront être refaits ou corrigés lorsque la planification des travaux permettra une mise en œuvre plus contextuelle, soit basée selon un usage ou une population définie. »

Ces données confirment le triste état des lieux rapporté déjà par Le Devoir à la suite d’une demande d’accès à l’information. Certains de ces travaux urgents auraient dû être menés par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dans le cadre de l’instauration de sa bibliothèque technologique pour adolescents en ces murs. Des travaux de réfection temporaires du toit et de protection des contre-fenêtres ont ainsi été déjà menés.

Mais le projet de BAnQ a été stoppé net en décembre dernier, désavoué par la ministre de la Culture, Nathalie Roy, lors d’une entrevue au Devoir. La ministre craignait que le temps de mener les travaux à terme, les technologies, cœur du projet, ne soient dépassées. BAnQ est toujours propriétaire de la bâtisse, mais s’attend à ce que cela change dès que le prochain projet d’habitation de Saint-Sulpice sera connu.

Au cabinet de la ministre de la Culture, on confirme que la recherche d’un projet qui redonnera une vocation à la bibliothèque Saint-Sulpice est une priorité, et que le gouvernement compte agir rapidement. Quatre critères guident la réflexion, sans forger une grille stricte d’évaluation. « Que ce soit dans le cadre d’une initiative gouvernementale ou portée par un OBNL, il est incontournable que ce projet soit à vocation culturelle », précise le cabinet, « qu’il soit rassembleur en s’adressant à un large public » et pas trop niché, comprend-on, et « qu’il respecte l’authenticité patrimoniale de ce bâtiment protégé par l’État et qu’il soit viable sur le plan financier ».

Ces deux derniers points sont complexes. La bibliothèque Saint-Sulpice comporte de multiples éléments patrimoniaux intérieurs, des vitraux à la ferronnerie des poignées de porte, qui limitent grandement la conversion des espaces. « L’architecture néoclassique et l’organisation du bâtiment imposent des contraintes d’usage importantes », note aussi le rapport de DMA. Et les OBNL capables d’assurer leur pérennité financière et celle de l’entretien d’un immeuble de cette superficie sont rares.

Pourtant, nombreuses sont les idées pour réhabiliter la bâtisse, sur le bureau de la ministre Roy ou qui planent dans l’espace public. Musée pour la Fondation Riopelle, Café de la Louve du Festival du nouveau cinéma, Maison de la chanson et de la musique, Maison des gens de lettres, Maison de la littérature…

Pourquoi ne pas faire un appel d’offres, comme le prône Héritage Montréal, pour pondérer ces idées ? Des proches du dossier indiquent que ce processus serait trop long pour le bâtiment, qui réclame des soins urgents, et pour le désir de conclusion rapide du gouvernement. Aussi, les spécificités de Saint-Sulpice font qu’il faut trouver le meilleur projet pour cet édifice particulier, et non pas se mettre dans une situation où il faudrait accepter celui à moindre coût, souffle-t-on.

Vingt et un millions sont déjà disponibles « dans l’entente de développement culturel avec la Ville de Montréal pour la bibliothèque Saint-Sulpice ». Ils pourront « notamment servir aux importants travaux de restauration et de mise aux normes du bâtiment », a précisé le cabinet.

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