Les promoteurs culturels demeurent inquiets à cause du couvre-feu

Des restrictions quant à leur capacité pourraient cependant pousser certaines salles à rester fermées même si elles sont autorisées à rouvrir.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Des restrictions quant à leur capacité pourraient cependant pousser certaines salles à rester fermées même si elles sont autorisées à rouvrir.

Les sorties au théâtre et dans les salles de spectacle pourraient bientôt être à nouveau réalité à Montréal pour la première fois depuis l’automne, mais les promoteurs se disent inquiets que le couvre-feu actuellement en vigueur leur mette des bâtons dans les roues.

Pourtant, les représentants des industries culturelles du Québec se disent optimistes après avoir rencontré plus tôt cette semaine la ministre de la Culture de la province, Nathalie Roy. Le gouvernement souhaite rouvrir les théâtres et les salles de spectacle même dans les régions où le niveau d’alerte à la pandémie est le plus élevé, comme Montréal, où les résidents n’ont pas le droit d’être hors de leur domicile après 20 h.

« Nous sommes ravis qu’il y ait une vraie conversation concrète entre les industries culturelles et le gouvernement au sujet de la réouverture ; c’est vraiment collaboratif et positif », a déclaré Amy Blackmore, membre du conseil d’administration du Conseil québécois du théâtre.

Alors que les théâtres et les salles de spectacle d’une grande partie du Québec sont autorisés à être ouverts — ou le seront d’ici le 8 mars —, ces lieux demeurent fermés dans les zones rouges, où vivent environ 60 % des Québécois.

Mme Blackmore, qui a assisté à la réunion avec la ministre Roy, l’a décrite comme une « étape positive ». Elle a dit qu’elle était particulièrement satisfaite de la proposition du gouvernement provincial de permettre aux théâtres de percevoir l’aide gouvernementale pendant un mois supplémentaire après leur réouverture.

Ce temps aidera les théâtres à s’adapter, a déclaré Mme Blackmore, qui est également la directrice générale et artistique du Théâtre MainLine et du Festival Fringe de Montréal. « Les salles doivent embaucher du personnel, a-t-elle mentionné. Vendre des billets prend du temps, organiser des campagnes marketing. »

Blackmore a affirmé qu’elle était également ravie d’apprendre que les sorties scolaires dans les théâtres en dehors des zones rouges seront autorisées à partir du 15 mars. « Il est agréable de voir qu’il existe déjà un plan pour ramener les élèves dans les théâtres. »

Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens du Québec, a déclaré que le plan du gouvernement est « intéressant », mais il a ajouté avoir des inquiétudes concernant l’heure du couvre-feu, que le gouvernement ne semble pas avoir l’intention de modifier prochainement.

« C’est très limité », a-t-il dit, ajoutant qu’il pense que les salles pourront présenter des spectacles de jour le week-end et des spectacles destinés aux enfants et aux retraités pendant la semaine.

M. Fortin a indiqué qu’il aimerait que le gouvernement repousse l’heure du couvre-feu et propose un plan de réouverture concret.

Il a admis, cependant, que ses membres seront heureux de remonter sur scène, ajoutant que 40 % d’entre eux ont envisagé de quitter l’industrie au cours de la dernière année. « L’essence de la musique est de jouer devant un public. Donc c’est bien d’enregistrer à la maison et de publier sur Facebook, mais ce n’est pas la même chose. »

Des restrictions quant à leur capacité pourraient cependant pousser certaines salles à rester fermées même si elles sont autorisées à rouvrir.

Meyer Billurcu, promoteur de concerts et copropriétaire de Le Ritz PDB, une salle de concert située dans le quartier Mile-Ex de Montréal, a déclaré qu’il n’était pas logique d’organiser des spectacles avec un public restreint.

« Je ne peux pas imaginer que nous fassions quoi que ce soit à moins que ce ne soit à l’extérieur, a-t-il déclaré. Si vous allez couvrir toutes vos dépenses, payer les artistes, payer les techniciens du son et tout le reste, ça n’a pas de sens d’ouvrir à moins que les billets ne soient très chers ou que nous puissions ouvrir à pleine capacité. »

Le couvre-feu est également un facteur limitant, a déclaré M. Billurcu, ajoutant que la plupart des spectacles qu’il promeut commencent après 20 h.

Le plan de vaccination de la province lui donne un peu d’optimisme — il planifie des spectacles en novembre.

D’autres producteurs culturels envisagent d’organiser des spectacles à l’extérieur.

Mathieu Murphy-Perron, le directeur artistique et général du Théâtre Tableau D’Hôte à Montréal, a déclaré que sa compagnie prévoyait de présenter une pièce en plein air au mois de juin. Il a affirmé avoir entendu que les règles de réouverture seront strictes.

« Vous parlez d’une capacité incroyablement réduite, vous parlez de spectateurs qui doivent porter un masque en tout temps, a-t-il raconté. Vous parlez même des distances que les acteurs doivent garder pour interagir les uns avec les autres — vous devez garder les acteurs à une certaine distance. »

Cela influencera le type de prestations pouvant être présentées, a-t-il noté. « Mais au moins ça nous permet de présenter quelque chose. »