Le géant français Hachette met la main sur l'éditeur de jeux de société québécois Scorpion masqué

Christian Lemay, fondateur de Scorpion masqué, souhaite consacrer plus de temps à sa passion, la création de jeux de société.
Jacques Nadeau Le Devoir Christian Lemay, fondateur de Scorpion masqué, souhaite consacrer plus de temps à sa passion, la création de jeux de société.

Souhaitant consacrer plus de temps à la création de nouveaux jeux de société, l’éditeur québécois Scorpion masqué a décidé de vendre sa marque et son catalogue au groupe français Hachette.

« On connaît une belle croissance depuis quelques années. C’est positif, mais ça demandait vraiment beaucoup de temps à consacrer à la gestion et à l’administration de l’entreprise. Ç’a entraîné un ralentissement du côté du développement de nouveaux jeux, malheureusement », explique au téléphone Christian Lemay, président fondateur de Scorpion masqué.

Il voit dans ce rachat un moyen pour lui et son équipe de retrouver du temps pour leur passion initiale : la création de jeux de société.

M. Lemay a ainsi contacté plusieurs acheteurs potentiels au mois d’août dernier et c’est Hachette Livre — qui affiche depuis quelques années sa volonté d’être plus présent dans le secteur du jeu à travers sa branche Hachette Boardgames — qui lui a fait la meilleure offre.

Le groupe français l’avait déjà approché en 2019, mais Scorpion masqué n’était alors pas à vendre.

Cette transaction, dont le montant n’a pas été dévoilé, n’entraînera aucune abolition de poste. Les cinq employés ainsi que Christian Lemay garderont leur place dans l’entreprise montréalaise.

De son côté, Hachette devient propriétaire de la marque et de l’ensemble du catalogue de Scorpion masqué, soit une vingtaine de jeux d’ambiance, pour adultes et pour enfants, dont les populairesJ’te gage que…, Décrypto et Zombie Kidz.

Le groupe français précise qu’il veut soutenir Scorpion masqué tout en laissant à la maison d’édition « son identité québécoise et son autonomie de création ».

« L’équipe est formidable, créative et reconnue, et nous avions vraiment envie de les voir rejoindre Hachette Boardgames pour qu’ils continuent à créer des jeux avec la même dynamique que par le passé », précise par courriel la directrice des communications, Sophie Nicolet.

Des deux côtés de l’Atlantique

Créé en 2006, Scorpion masqué a depuis fait sa place autant au Québec qu’en France, qui représente désormais près de la moitié de son chiffre d’affaires. En 2020, l’éditeur a vendu 50 000 exemplaires du jeu Zombie Kidz dans l’Hexagone.

« Il n’y a pas beaucoup d’éditeurs québécois qui arrivent à se faire un nom en France, mais c’est le fruit d’un travail de longue haleine. On y a maintenant une belle cote d’amour », se réjouit Christian Lemay.

L’équipe est formidable, créative et reconnue, et nous avions vraiment envie de les voir rejoindre Hachette Boardgames pour qu’ils continuent à créer des jeux avec la même dynamique que par le passé

 

Les créations de sa maison d’édition se sont aussi fait une place de choix en Belgique et en Allemagne et sont vendues dans plusieurs pays à travers le monde. Décrypto a d’ailleurs été traduit dans 25 langues.

« On était sur une super lancée. Notre chiffre d’affaires était de 1,5 million en 2018, de 2,5 millions en 2019 et, en 2020, on a frôlé les 3,5 millions. C’était le bon moment pour vendre, on était capables de proposer une entreprise avec une belle croissance », explique M. Lemay.

Il n’y a pas beaucoup d’éditeurs québécois qui arrivent à se faire un nom en France, mais c’est le fruit d’un travail de longue haleine. On y a maintenant une belle cote d’amour.

 

Pour 2021, l’entreprise sera donc en transition et compte sortir seulement deux nouveaux jeux. Mais ce n’est que pour mieux rebondir en 2022.

« On va prendre notre temps et travailler fort pour réussir à se démarquer. En France, les boutiques reçoivent une vingtaine de nouveautés par semaine. Ça ne prend pas juste de bons jeux, ça prend d’excellents jeux et d’excellents produits, la dimension commerciale est capitale. Mais maintenant, on va avoir plus de temps pour justement peaufiner nos jeux. »

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