Sans aide, les festivals s’inquiètent pour leur survie

Le FME, à Rouyn-Noranda, s’était déroulé cet été de façon distanciée.
Photo: Dominic McGraw Le FME, à Rouyn-Noranda, s’était déroulé cet été de façon distanciée.

Au moment où de nouvelles fermetures frappent le monde culturel, un sondage canadien mené par des associations de festivals auprès de 100 événements au pays montre que l’épée de Damoclès des déficits plane lourdement au-dessus de leur tête. Près des deux tiers d’entre eux estiment qu’ils ne pourront pas survivre ou alors que leur avenir sera incertain sans un programme de sauvetage pour leur permettre d’absorber leurs « dettes pandémiques ».

Le coup de sonde mené en août et notamment organisé par le Réseau des festivals d’Ottawa et Festivals et événements majeurs Canada (FAME), montre que « les temps sont durs et qu’ils vont l’être encore pour longtemps », explique le p.-d.g. de FAME et aussi du Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI).

Les chiffres colligés auprès de la centaine de festivals et d’événements montrent que leur déficit cumulé s’élève à 40,4 millions, un chiffre que FAME estime être d’environ 150 millions pour l’ensemble des organisations au Canada, sondées ou pas. Le sondage révèle aussi que 62 % de la valeur des commandites a été perdue par les festivals et les événements. Ce type d’entrée d’argent représenterait environ le tiers de leurs revenus.

« La question des déficits m’inquiète vraiment, parce que ce sont en général des organismes à but non lucratif, qui n’ont pas de capitalisation, qui n’ont pas d’immobilisation et, à partir du moment où tu as un déficit important, c’est difficile de poursuivre tes activités. C’est la question des liquidités qui finalement va être cruciale », explique Martin Roy.

Ce dernier admet que chaque organisation a sa réalité financière, voire son propre modèle d’affaires, mais il insiste sur le fait que « les revenus sont inexistants et ils seront inexistants jusqu’à ce qu’on puisse reprendre nos activités. C’est là tout le drame. » Ce printemps et cet été, les événements ont presque tous dû être annulés en raison de la pandémie, alors que plusieurs d’entre eux avaient déjà fait des dépenses, soit en masse salariale ou en frais fixes.

Le sondage montre aussi qu’au-delà de la nécessité d’une aide pour absorber les déficits, il faudra un autre coup de main pour redémarrer la machine. Près de 70 % des festivals et événements « ne reviendront pas l’année prochaine ou sont incertains de pouvoir revenir s’il n’y a pas un programme de relance ou de stimulation », peut-on lire.

« Au rythme où ça va, moi je ne vois pas comment le retour à la normale va se faire en 2021, on va être encore dans une forme d’entre-deux, estime Martin Roy. Ce que les gens m’ont dit et ce qu’on voit dans le sondage, c’est que sauter une année, c’est une chose, mais en sauter deux, là ça va être très problématique. »

Le p.-d.g. de FAME et du REMI est heureux de voir que la Subvention salariale d’urgence du Canada permettra aux festivals de garder un lien d’emploi avec leurs employés, mais la mesure n’est pas suffisante à ses yeux. « Je crois qu’il y aura beaucoup de festivals à l’échelle canadienne qui vont disparaître. » Martin Roy estime que la situation de ces événements, à cheval entre le tourisme et le culturel, « commande une aide gouvernementale multiforme », notamment au niveau fédéral. Il évoque un « fond de sauvetage des institutions culturelles qui sont en danger et auquel seraient éventuellement admissibles les festivals et événements », en prenant notamment compte de leur taux d’endettement, de leur capacité de se relever et de leur santé financière pré-pandémie.

Martin Roy estime que le temps presse, car les festivals fonctionnent sur des cycles d’au moins 12 mois, et que 2022 arrivera à grands pas. « Il faut préparer un gros bang, il faut rêver au terme de cette pandémie à quelque chose qui ressemble au 375e de Montréal. Il faut un événement important post-pandémique. On va avoir besoin de guérison sociale, en quelque sorte, on va avoir besoin de sortir de nos tanières et de se retrouver. »

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