Les membres du MBAM excluent Michel de la Chenelière du CA

Plusieurs membres du Musée avaient fait part de leur insatisfaction — voire de leur colère — devant le traitement réservé à l’ancienne directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal, Nathalie Bondil.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Plusieurs membres du Musée avaient fait part de leur insatisfaction — voire de leur colère — devant le traitement réservé à l’ancienne directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal, Nathalie Bondil.

Les membres du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) ont parlé, et ils étaient visiblement mécontents de la gestion du dossier entourant le congédiement de Nathalie Bondil. Ainsi ont-ils exclu mardi soir Michel de la Chenelière du conseil d’administration de l’institution, au terme d’une élection à valeur symbolique.

Celui qui était président du conseil depuis l’an dernier — mais qui se représentait comme simple administrateur — aura donc payé le plein prix dans ce dossier. Et cela même si un rapport indépendant commandé par le gouvernement dans la foulée de la crise qui secoue le Musée a conclu que le conseil d’administration avait « agi de bonne foi, en faisant primer l’intérêt du MBAM et l’obligation de se conformer à ses obligations envers les employés ».

Il reste que plusieurs membres du Musée avaient fait part de leur insatisfaction — voire de leur colère — devant le traitement réservé à la directrice générale, Nathalie Bondil. Mardi soir, ils ont donc profité de la tribune silencieuse d’une assemblée générale virtuelle pour envoyer le message clairement.

Quatre postes d’administrateur étaient en jeu mardi. Or, trois des quatre candidats chaudement recommandés par le comité de mise en candidature du conseil ont mordu la poussière. Seule Sylvie Demers a été réélue.

Pourtant, encore lundi, le conseil d’administration envoyait à tous les membres un communiqué pour vanter ces « quatre candidats exceptionnels dont les feuilles de route et l’engagement envers le Musée ne font aucun doute ».

Le même texte ne nommait pas les quatre candidates de l’externe qui se présentaient aux élections. « Il appert que les quatre autres personnes qui ont déposé leur candidature n’ont pas le même niveau d’engagement personnel envers le Musée », soutenait le CA dans cette missive envoyée aux 53 000 membres qui avaient droit de vote. « D’ailleurs, trois des quatre candidates sont devenues membres du MBAM très récemment. »

N’empêche qu’elles ont bien été élues par les 1450 votants qui se sont manifestés mardi : Caroline Codsi (fondatrice de La gouvernance au féminin), l’avocate Valentine Goddard et l’historienne de l’art Claudette Hould ont devancé Michel de la Chenelière, Rémi Quirion (scientifique en chef du Québec) et J. Serge Sasseville (qui a longtemps œuvré à Québecor).

Les trois nouvelles administratrices ont fait part de leur sympathie pour Nathalie Bondil. Mardi soir, Mme Codsi a soutenu que leur élection marquait « humblement la victoire de la démocratie, de la diversité et de la bonne gouvernance ».

Avant d’être élue, Valentine Goddard s’étonnait toutefois des tentatives du conseil d’administration de « dénigrer les autres candidatures » dans des communications aux membres. « Nous n’avons pas eu l’occasion de nous adresser [de la même manière] aux membres du Musée », faisait-elle valoir.

Des questions sur Bondil

Plus largement, le format virtuel de l’assemblée générale a fait en sorte d’étouffer tout débat mardi. Les huit candidats aux élections ne se sont pas présentés aux membres, et le vote électronique a duré 60 secondes.

La période de questions (envoyées par écrit) a certes permis aux membres de mettre sur la table le dossier du congédiement de Mme Bondil. Mais c’est le modérateur de l’assemblée, Simon Potter, qui a résumé en quelques minutes la centaine de questions reçues, et qui a fourni toutes les réponses.

Pour l’essentiel, le modérateur a rappelé que le conseil d’administration avait déjà expliqué en détail les raisons du congédiement de Nathalie Bondil, à savoir le climat de travail « toxique » qu’elle aurait laissé s’installer et toléré au Musée.

À ceux qui ont demandé si ce problème de harcèlement psychologique était vraiment important au point de justifier le renvoi de Mme Bondil, on a rappelé que c’est une firme indépendante (Cabinet RH) qui a livré ce verdict dans un diagnostic du climat de travail.

La semaine dernière, le rapport commandé par Québec auprès de Daniel Beaupré pour étudier la question de la gouvernance au MBAM concluait pour sa part que « les résultats du diagnostic [de Cabinet RH] sont considérés comme valides et crédibles ». M. Beaupré disait ainsi que le problème du climat de travail était « significatif » au Musée (ses recommandations de réformer la gouvernance du MBAM ont par ailleurs été retenues par la ministre de la Culture).

Poursuite

Il n’a pas été permis d’apprendre quand la personne qui succédera à Mme Bondil sera nommée (« dans quelques mois ») ni combien pourrait coûter au Musée la sortie de piste de Mme Bondil.

Cette dernière a déposé récemment une poursuite de 2 millions de dollars contre les 21 membres du conseil d’administration. Elle soutient avoir été congédiée non pas à cause d’un problème de relation de travail, mais plutôt en réaction à son « refus d’entériner publiquement le processus irrégulier qui a mené à l’embauche de la directrice de la conservation du MBAM », Mary-Dailey Desmarais.

Mardi soir, le conseil a indiqué aux membres qu’il prévoit que « toute attribution de dommages et intérêts de même que les coûts relatifs à la défense seront couverts par l’assurance du Musée », dans l’hypothèse où Mme Bondil remporterait sa cause.

À noter que les élections de mardi ne concernaient pas la présidence du conseil d’administration : ce sont les membres du conseil qui choisissent en effet le président ou la présidente. À cet égard, le mécène Pierre Bourgie a déjà été désigné la semaine dernière comme successeur de Michel de la Chenelière.

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