Vingt-huit jours sans arts vivants

Les spectacles à venir offraient à certains un gagne-pain le mois prochain.
Photo: Denis Lovrovic Agence France-Presse Les spectacles à venir offraient à certains un gagne-pain le mois prochain.

Après un printemps plongé dans une profonde incertitude, suivi d’une brève éclaircie estivale, le milieu culturel a vécu lundi un retour à la date fatidique du 13 mars.

Dans les trois régions placées en zone rouge, les salles de spectacles, les cinémas, les théâtres, les bibliothèques et les musées seront fermés à compter du 1er octobre. Et ce, pour une période de 28 jours. Les ciné-parcs, qui avaient été parmi les premiers à rouvrir en mai ont, quant à eux, pour la plupart clos leur saison.

Julie-Anne Richard, directrice générale de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles – RIDEAU, ne cache pas son étonnement. « Nous sommes consternés par l’annonce, dit-elle. Les salles de spectacles sont extrêmement sécuritaires. Ce ne sont pas des foyers de contagion et de contact, comme les bars ou les partys privés. Les gens portent un masque, restent assis, ne projettent aucune gouttelette. Nous sommes sous le choc. »

Et ce dernier risque de se prolonger au-delà des 28 prochains jours, dans le casse-tête des productions repoussées. Les directeurs de programmation ont déjà dû jongler avec les contraintes pour élaborer leur saison « alternative » d’automne. Une saison qui, rappelons-le, a remis celle qui était prévue à « plus tard ». Mais plus tard quand ?

Au Théâtre de Quat’Sous, on attendait notamment la mise en lecture de Lettres d’une femme africaine, de Tatiana Zinga Botao, qui devait se tenir du 1er au 3 octobre. La semaine dernière, la comédienne qui se trouvait alors à l’affiche du Cabaret Résistance animé par Olivier Kemeid nous disait : « Il y a des risques constamment. Il suffit qu’une personne ait quelque chose, on appelle tout le monde, et c’est fini. »

La conscience que tout pouvait basculer était bien présente parmi les artistes. Le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui devait lancer ce mardi ses Livraisons de pièces à emporter. Pour l’occasion, des artistes devaient se rendre jouer des textes à domicile, devant des résidents d’une même adresse. Impossible avec les nouveaux règlements.

À quelques jours du lancement qui n’aura pas lieu tout de suite (on ne parle pas d’annulation, mais bien de report), le directeur artistique et idéateur Sylvain Bélanger observait : « Il y a une menace qui existe. On ne s’en cache pas. Ça tient avec des ficelles. »

Lors de la conférence, le premier ministre Legault a tenté de se faire rassurant. À l’adresse des propriétaires de salles comme de restaurants, il a promis élaborer « une formule pour aider financièrement et pour compenser les pertes ».

Reste qu’avec la PCU qui se termine du côté fédéral le 3 octobre, beaucoup d’artistes et travailleurs du milieu culturel sont inquiets.

Les spectacles à venir offraient à certains d’entre eux un gagne-pain le mois prochain. Et une façon de pallier le manque d’une saison annulée. « Il y a toujours une espèce de mélancolie à savoir qu’on n’a pas pu faire notre programmation, mais nous sommes assez fiers de la programmation alternative », confiait Lorraine Pintal lors du lancement de l’automne au TNM.

La fermeture touchera notamment la présentation dans son institution de Pierre et le Loup. Ce spectacle, présenté en collaboration avec l’Orchestre Métropolitain, devait se tenir du 8 au 11 octobre en salle, comme en formule numérique.

Notons toutefois que la seconde option, celle de la captation numérique, semble sauve pour l’instant. Le premier ministre a en outre abordé la question en fin de conférence, tout comme celle des tournages, leur donnant le feu vert, tant que les consignes seront respectées. « On souhaite que le plus d’artistes possible puissent continuer à travailler », a-t-il déclaré.

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