En culture, se tourner vers la philanthropie de proximité

L’étude soutient que «quand on adopte une approche relationnelle, les émotions et les valeurs véhiculées par la philanthropie font naître une communauté de donateurs impliqués et dévoués».
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir L’étude soutient que «quand on adopte une approche relationnelle, les émotions et les valeurs véhiculées par la philanthropie font naître une communauté de donateurs impliqués et dévoués».

La philanthropie culturelle joue un rôle important pour les organisations artistiques montréalaises. Mais celles-ci auraient tout avantage à sortir des traditionnelles activités-bénéfice et à développer plutôt ce qu’une nouvelle étude appelle la « philanthropie de proximité » — un constat que renforce l’actuelle crise de la COVID-19.

L’approche de proximité permet en effet « de nouer des relations durables » avec des citoyens intéressés par la mission d’une organisation, fait valoir l’étude commandée par le Conseil des arts de Montréal (CAM) et réalisée par la chercheuse Wendy Reid, de HEC Montréal.

« Pendant les premiers mois de la pandémie, nous avons constaté qu’un nombre grandissant de spectateurs étaient prêts à s’engager auprès des organismes artistiques montréalais, indique Mme Reid en marge de la publication de cette étude qui sera dévoilée mardi. Plusieurs ont transformé l’achat de leurs billets en don, d’autres ont répondu aux campagnes de dons liées à la COVID-19. Nous sommes convaincus que la philanthropie de proximité peut permettre aux organisations artistiques montréalaises de diversifier leurs sources de financement en augmentant la proportion de dons citoyens. »

L’étude soutient que « quand on adopte une approche relationnelle, les émotions et les valeurs véhiculées par la philanthropie font naître une communauté de donateurs impliqués et dévoués ». Or, l’existence de ce genre de « communauté crée un engouement, est dynamique et réduit l’isolement, comme on a pu le voir pendant la pandémie de COVID­-19 ».

Pendant les premiers mois de la pandémie, nous avons constaté qu’un nombre grandissant de spectateurs étaient prêts à s’engager auprès des organismes artistiques montréalais

 

Le CAM a commandé la recherche pour mieux cerner la manière dont la philanthropie se pense et se fait dans les organisations artistiques. Le résultat s’adresse surtout à ceux qui développent et exploitent ce créneau, mais il se lit aussi comme une preuve de l’importance de celui-ci dans le fonctionnement du secteur.

Outre le développement de la philanthropie de proximité, le rapport recommande plusieurs mesures pour « repenser » la philanthropie culturelle — qui doit, dit-on, agir en parallèle du financement public.

Administrateur donateur ?

Un élément du document s’ajoute par ailleurs à une réflexion soulevée la semaine dernière par le rapport d’un expert mandaté par Québec pour étudier la situation de la gouvernance au Musée des beaux-arts de Montréal. Daniel Beaupré demandait dans son rapport si le conseil d’administration du Musée devait accueillir de grands donateurs comme administrateurs — afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

Or, le rapport préparé pour le CAM remarque de son côté que « les membres de C. A. dans le milieu artistique font rarement des dons et ne participent pas activement à la philanthropie relationnelle liée à la mission de leur organisation : cela est bien dommage ». On soutient qu’ailleurs en Amérique du Nord, les conseils d’administration « sont au cœur de la culture philanthropique des organisations. Leurs membres participent activement grâce à leurs dons et à leur expertise, et ils font le lien entre leurs responsabilités d’administrateurs et la mission ».

À voir en vidéo