«Le Cabaret de la résistance»: comme une grosse «puff» de courage

Dans le <em>Cabaret</em>, 13 lecteurs présenteront des manifestations de la résistance. Sur la photo: Sarah Berthiaume (à gauche), Tatiana Zinga Boato et Mounia Zahzam (à droite).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dans le Cabaret, 13 lecteurs présenteront des manifestations de la résistance. Sur la photo: Sarah Berthiaume (à gauche), Tatiana Zinga Boato et Mounia Zahzam (à droite).

Qu’est-ce que la résistance ? Dans le cabaret qui en porte le nom, treize lecteurs en présenteront des manifestations. Chacun aura cinq minutes, un texte, une voix. Tant de force.

Mounia Zahzam a choisi les mots d’Amin Maalouf. Elle s’est reconnue dans Les identités meurtrières, où l’écrivain franco-libanais « ouvre un dialogue pour aller à la rencontre de l’autre ».

Tatiana Zinga Botao, elle, a sélectionné un extrait de NoirEs sous surveillance, de Robyn Maynard. De cet essai fouillé sur les oppressions que subissent les communautés noires et autochtones, elle a tiré un passage traitant d’éducation.

Sarah Berthiaume a, pour sa part, élu La consigne lumineuse, de Véronique Côté. « Un texte sur le parcours d’une simple citoyenne qui pose un geste pour un inconnu, qui met le pied à terre pour la justice sociale. »

Toutes trois ont décortiqué leur choix, leur signification. Après ces mois de confinement, les mots voulaient sortir, devaient sortir. « Je me suis sentie muselée, vraiment, confie Tatiana. Et j’ai su que, dès l’ouverture des théâtres, il faudrait que je dise tout. Tout, tout, tout, tout, tout. Et vite. C’est fini, la peur de parler de choses importantes et d’être mise de côté. C’est fini, le petit consensus heureux de Tatiana ! »

Dans cette soirée formée de plusieurs voix et de plusieurs formes littéraires (« comme des bonbons mélangés », dixit Sarah), l’humain sera sondé, des pistes de réflexion ouvertes. Mais il y aura autre chose aussi. « Ce sera comme une grosse puff de courage qui va nous donner la force de poursuivre, croit la dramaturge. Parce qu’elle continue, cette pandémie étrange qui nous ronge. »

Et parce que le simple fait de se retrouver « au cabaret » est chargé et fragile, disent-elles. « Tant qu’on ne sera pas sur scène, remarque Tatiana, je n’y croirai pas. »

Important également : les spectateurs qui se rendront sur place le feront de leur propre gré. Pas, comme l’illustre Mounia, parce qu’une plateforme toute puissante le leur aura suggéré. « C’est fini, Facebook, s’il vous plaît ! Et les algorithmes qui choisissent ce qu’on veut lire et entendre ! lance celle qui, dans le film Fabuleuses, jouait justement une musicienne réfractaire aux réseaux sociaux. C’est devenu dangereux, Alors que là, j’ai choisi ce texte. C’est ça que j’ai envie de partager. Et si vous voulez l’entendre, vous devez venir au théâtre. »

D’autant plus que c’est au théâtre, dit l’autrice d’Antioche, Sarah, que l’on trouve « la joie de se rassembler pour se raconter des histoires ».

La joie des actrices réunies est d’ailleurs palpable. Mounia présente un « extrait de l’extrait » qu’elle a choisi. « Alors ça va comme suit : “Respecter quelqu’un, respecter son histoire, c’est considérer qu’il appartient à la même humanité et non à une humanité différente, à une humanité au rabais.” »

C’est à l’école de théâtre que l’actrice vue au petit écran dans Med, notamment, a découvert les écrits d’Amin Maalouf. « Ma directrice m’a dit : “Mais toi, Mounia, pourquoi tu dis mon pays quand tu parles de l’Algérie ?” Et j’ai fait : “Ah, tiens, pourquoi je dis mon pays quand je parle de l’Algérie ?” Mais c’est vrai. C’est mon pays. Comme quand je suis ailleurs, je dis que mon pays, c’est le Canada. Et quand je parle avec d’autre monde, mon pays, c’est le Québec. Tout dépend de qui pose la question. »

Des questions, le thème de la soirée en soulève beaucoup : solidarité, identité, cohésion. « La résistance, je la vois comme un rocher solide qui, sans bouger, sans attaquer, confronte et casse les grosses vagues, ajoute la comédienne. C’est cette solidité qu’apporte la scène, qu’apportent les mots. Et ces mots vont rester, peu importe. »

Tout comme le désir de se réunir. Tatiana, qui a joué au grand écran dans Jeune Juliette, raconte que, pendant un moment, elle ne voulait pas revenir, pas tout de suite en tout cas, dans les salles de théâtre ou de cinéma. « Mais j’avais sous-estimé à quel point j’avais besoin de la collectivité. »

Routine et désillusion

« Au théâtre, on allume les lumières pour voir tout ce qui se passe, remarque Mounia. Et j’ai l’impression que c’est ce qu’on a fait par rapport à la planète. Pour dire : “Regardez ça. Et ça. Et ça. Comment ferons-nous face à ces crises ?” »

Peut-être par les arts vivants. Et par la flamme qui a été ravivée à l’idée de les pratiquer. « Je me suis rappelé que je ne fais pas du théâtre parce que je trouve ça cool, mais bien pour me battre pour que les voix des communautés plus marginalisées soient entendues, dit Tatiana. S’écouter, se rappeler qu’on existe, qu’on est une communauté… C’est ça, le théâtre. Et on l’avait oublié. On consommait de l’art. Mais l’art est un acte que l’on porte. »

Et la résistance qu’elles portent en elles, comment se manifeste-t-elle ?

Pour Mounia, elle passe par le questionnement constant, la lecture, l’information. « Parce qu’un peuple qui n’est pas informé est un peuple faible. »

Sarah, elle, combat « la routine, l’angoisse, le discours ambiant, la désillusion. Nos vies sont une superposition de millions de résistances. Et il n’y en a pas une plus noble qu’une autre. »

« Rien qu’en étant des femmes, on résiste quotidiennement, ajoute Tatiana. Vivre, c’est résister. »

« Au chaos », renchérit Sarah.

« À l’inconnu », lance Mounia.

« On va sortir d’ici déprimées ! » dit en s’esclaffant leur collègue.

Sortons plutôt en rappelant qu’avec cette « saison alternative » du Quat’Sous, le directeur artistique et metteur en scène du Cabaret, Olivier Kemeid, disait vouloir faire face à la pandémie sans pour autant que cette dernière « avale tout ». Les trois artistes approuvent cette décision.

Le confinement a tellement changé notre vision du monde, nul besoin de trop insister, souligne Sarah. « Le sens va se remplir tout seul. »  


Au fil du FIL

Les Mots parleurs Simon Boulerice est à la barre de la troisième édition de cet événement destiné aux enfants. « Pas besoin de souliers de course pour ce marathon de pur plaisir, promet-il aux écrivains en herbe. On veut plutôt vos crayons préférés et vos gommes à effacer en forme de lapins. Ou de marsouins! » Le 26 septembre sur la page Facebook de la Maison Théâtre et du FIL.
Le salon de Claudia L’animatrice Claudia Larochelle célèbre l’écriture et l’amitié en recevant des duos liés par ces éléments. Parmi eux, Heather O’Neill et Dominique Fortier; Mireill Gagné et Judy Quinn; Émilie Bibeau et Fanny Britt. Du 21 au 25 septembre de 17h à 17h30 sur la page Facebook du FIL et sur le site de la BAnQ.
On n’est pas des trous-de-cul Évelyne Rompré et Gabriel-Antoine Roy présentent une mise en lecture du mi-roman-mi-essai-social marquant de Marie Letellier, paru en 1971, et republié l’an dernier par Moult Éditions. Dominique Quesnel, Joanie Guérin et Stéphane Crête font partie de ceux qui donneront de la voix pour retracer la vie de la famille Bouchard, sise dans le Centre-Sud. Le 27 septembre à 17h au Parc Walter-Stewart. À Espace Libre, qui coproduit, en cas de pluie.
Notes de beauté et de révolution La brigade littéraire composée de Sophie Cadieux et de Mani Soleymanlou, accompagnés du clarinettiste André Moisan et du percussionniste Hughes Tremblay, tous deux musiciens pour l’Orchestre symphonique de Montréal, présente en plein air des textes choisis de Réjean Ducharme, de Gérald Godin, d’Anne Hébert. Les performances, d’une durée de 15 minutes, seront données dans le Quartier des spectacles. Les horaires seront annoncés prochainement.

Cabaret de la résistance

Mise en scène et animation : Olivier Kemeid. Avec Sarah Berthiaume, Evelyne de la Chenelière, Alain Farah, Marie-Thérèse Fortin, Robert Lalonde, Étienne Lou, Marie-Ève Milot, Émilie Monnet, Jérémie Niel, Philippe Racine, Elkahna Talbi, Mounia Zahzam, Tatiana Zinga Botao, vendredi 18 septembre à 19 h et 22 h, au Quat’Sous.