Québec réclame du MBAM le remboursement d’un octroi de 10 millions

Cette subvention de 10 millions devait exclusivement contribuer à réaliser une nouvelle aile consacrée au peintre Jean-Paul Riopelle au MBAM.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Cette subvention de 10 millions devait exclusivement contribuer à réaliser une nouvelle aile consacrée au peintre Jean-Paul Riopelle au MBAM.

Après avoir lancé une enquête indépendante sur la situation au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) suite au renvoi de sa directrice générale Nathalie Bondil, Québec souhaite maintenant récupérer sa subvention de 10 millions allouée au musée pour réaliser une aile Riopelle d’ici 2023, a appris le Devoir. Des membres du CA doivent se rendre à Québec jeudi pour discuter de la situation, ont indiqué des sources concordantes.

Québec a écrit au MBAM le 19 août réclamant le remboursement complet de cette somme qu’il lui a octroyée au mois d’avril, indiquent des sources proches du dossier. Trois membres du CA, dont son président Michel de La Chenelière, doivent rencontrer des membres du cabinet de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, jeudi dans l’espoir de les faire changer d’opinion.

Si le cabinet de Mme Roy a confirmé au Devoir l’existence et l’envoi d’une lettre adressée au président du CA mercredi dernier, il a refusé d’émettre tout commentaire sur son contenu ou sur l’organisation d’une rencontre à Québec. Le MBAM et le président de son CA ont quant à eux signifié ne pas avoir « de commentaire à faire ».

Cette subvention de 10 millions devait exclusivement contribuer à réaliser une nouvelle aile consacrée au peintre Jean-Paul Riopelle au MBAM. L’ouverture était prévue en 2023 à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Or, le projet totalisant 20 millions de dollars était mené de concert avec Nathalie Bondil, qui s’est fait montrer la porte par le CA le mois dernier. Ce dernier a justifié sa décision par le refus de Mme Bondil de s’attaquer aux problèmes de harcèlement psychologique qui régnait au MBAM.

La Fondation Riopelle avait annoncé dans la foulée la suspension de toutes négociations avec le musée, estimant « sage » d’attendre les conclusions de l’enquête indépendante lancée par Québec dans le but de déterminer s’il y a un « problème de gouvernance » à l’institution.

Contactée par Le Devoir mercredi, la directrice générale de la Fondation, Manon Gauthier, a confirmé l’existence cette lettre envoyée au MBAM, sans en détailler son contenu. « Nous en avons été informés le 19 août par le cabinet de la ministre de la Culture et le MBAM. Évidemment on en prend acte, mais il ne revient pas à la fondation de s’ingérer dans ce dossier », explique-t-elle.

Quoiqu’il arrive, la Fondation poursuit sa mission et un hommage à Jean-Paul Riopelle aura bel et bien lieu « dans un espace prestigieux », assure Mme Gauthier.

Pour Michel Nadeau, président du Comité de placements au MBAM, il serait « plus que dommage » que le musée soit privé de « l’aile Riopelle ». « C’est un grand projet qui aurait permis au musée de briller. C’est triste de voir qu’il risque de lui glisser des mains en raison de la confusion qui règne sur la gouvernance actuelle », déplore celui qui est aussi expert en finance et en gouvernance.

À son avis, il est encore temps de rectifier le tir. « Le Conseil pourrait trouver une entente raisonnable avec Mme Bondil pour qu’elle termine son mandat en s’occupant de certaines expositions sans pour autant retourner dans sa chaise de directrice générale. Ce serait un bon compromis, je crois », suggère-t-il.

Pour Joe Battat, qui siège sur le CA du MBAM depuis 12 ans, il serait difficile d’espérer un retour de Nathalie Bondil, bien qu’elle accepterait pour terminer certains projets, assure-t-il. « Ce dossier a été traîné sur la place publique et ç’a créé beaucoup d’animosité entre elle et le Conseil. Et je doute que le Conseil reconsidère sa position. »

L’homme d’affaires et collectionneur montréalais est le seul à avoir voté contre le congédiement de Mme Bondil le mois dernier. Assurant n’être dans le camp de personne, il estime que le CA a failli à sa tâche en choisissant cette option plutôt que de chercher d’autres moyens, moins dommageables pour le musée, afin de régler les conflits internes.

« Comme CA on se doit d’accompagner un directeur, l’aider à régler les situations de conflit et non le virer au moindre problème. Mme Bondil n’est pas une personne parfaite, mais on aurait pu travailler avec elle pour résoudre un à un les problèmes », croit-il.

Déçu par la façon dont les autres membres du CA ont décidé de gérer la situation et ressentant un « inconfort » à l’idée d’être le seul dissident, M. Battat ne compte pas demander le renouvellement de son mandat lors de l’assemblée générale virtuelle du 29 septembre. « C’est sans regret, je n’ai plus ma place dans ce CA », soutient-il.

Manque de transparence

Car à ses yeux, le manque de transparence est flagrant et problématique au sein du CA. Il donne l’exemple de la lettre envoyée par Québec pour récupérer le montant de la subvention du projet de « l’aile Riopelle ». « La rumeur court depuis plusieurs jours, mais personne n’en a jamais parlé au Conseil d’administration lundi. Il me semble que c’est digne d’une mention ! », déplore-t-il.

M. Battat juge également que la gestion des conflits internes est un exemple du manque de transparence au CA. Le rapport sur le climat du musée réalisé par une firme indépendante de ressources humaines et rendu le 28 février au CA ne s’est en fait retrouvé que dans les mains de son président, Michel de la Chenelière. « Les autres membres n’ont jamais lu le rapport. Michel nous a expliqué oralement qu’il y avait un climat toxique, qu’il avait essayé de travailler avec Mme Bondil, mais qu’elle avait refusé ses propositions. Il ne voyait plus d’autre option que proposer son renvoi. »

Les membres du CA ont tenté d’obtenir le rapport, mais leur demande a été refusée en raison de la confidentialité des témoignages. « Pourquoi tant de résistance à montrer ce rapport ? Me semble de caviarder des noms ça se fait souvent, ce n’est pas difficile », insiste M. Battat.

Ce n’est sans compter que Nathalie Bondil n’a jamais eu l’occasion de s’expliquer devant le CA, ajoute-t-il. « Ce n’est pas juste et équitable comme traitement. »

À quelques semaines d’abandonner le navire, il espère que le MBAM pourra se relever de cette période d’incertitudes tout en gardant son dynamisme, sa notoriété et la qualité de ses expositions.

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12 commentaires
  • William Dufort - Abonné 27 août 2020 07 h 26

    Semblant de CA

    Un CA qui congédie sa directrice générale sans même lire le rapport sur lequel reposerait cette décision est un CA qui n'a pas sa raison d'être.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 août 2020 10 h 30

      Tout ça est cousu de fil blanc. Madame la belle fille de monsieur Desmarais attend dans la pénombre, que le monsieur à particule, ait fini la ...job !

      C'est triste de voir la misère de riches comme ça...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 août 2020 13 h 00

      En d'autre terme c'est au du CA de démissionner en bloc !

    • Anne Arseneau - Abonné 28 août 2020 06 h 11

      Oui, un CA de marionnettes. Honteux !

  • Claude Bariteau - Abonné 27 août 2020 08 h 05

    Que la ministre demande le remboursement des 10 millions injectés pour l’espace Riopelle et que la directrice de la Fondation Riopelle attende que la bisbille au MBMA disparaisse tout en affirmant que la Fondation poursuivra sa mission et qu’un « hommage à Jean-Paul Riopelle aura bel et bien lieu « dans un espace prestigieux » révèlent que cette bisbille n’est pas indépendante de ce projet dont Mme Bondil en était la pilote au MBAM.

    Ce projet, qui rendait hommage à un des peintres québécois les plus connus sur la scène internationale, faisait-il de l’ombre aux visées du président du CA et des membres qui l’ont appuyé à l’aveugle dans ses charges contre Mme Bondil ? Ou ce directeur fut-il invité par des jeux de coulisses facilement imaginables à réaligner ce projet pour en minimiser l’ampleur ?

    Il y a, comme dirait l’autre, anguille sous roche dans cet univers marqué récemment par l’entrée en scène de Mme Desmarais par une porte construire pour la recevoir dans les hautes sphères du MBAM.

    Le peintre-sculpteur Riopelle a vécu les débuts de l’après-Deuxième Guerre mondiale à Paris, a signé le Refus global, est retourné à Paris où il exposa. Avec le temps, il est devenu le plus connu des peintres québécois sur la scène internationale.

    Au Québec, il eut des obsèques nationales en 2002, fut nommé Grand officier du Québec en 1994, qui est la plus haute distinction remise par le Gouvernement du Québec depuis 1984. Je vois mal que cet espace prestigieux, si ce n’est pas le MBAM, se retrouve ailleurs qu’au Québec même si la seule alternative est Paris.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 27 août 2020 11 h 28

      Tout à fait, M. Bariteau... Pour ma part, je demande au gouvernement Legault d'être ferme dans ces négociations qui auront surement lieu dans les prochains... jours / mois.

      Jean-Paul Riopelle n'a pas à faire les frais...de tiraillements entre égos surdimensionnés. Son oeuvre, est trop précieuse. Son souvenir, encore très présent ...Né à Montréal et, décédé, en Charlevoix en 2002 ...Riopelle et son oeuvre font partie de notre Patrimoine national.
      À nous d'y voir ! ...pour la suite des choses.

  • Marc O. Rainville - Abonné 27 août 2020 08 h 20

    Des pinottes

    Dix millions en manque à gagner, ce n’est pas grand chose pour les propriétaires du Musée Desmarais. Je les vois très bien ramasser l’ardoise et tenir l’exposition Riopelle à la prestigieuse annexe du Domaine Laforêt à Sagard.

  • Hélène Lecours - Abonnée 27 août 2020 08 h 41

    De la mmmm

    Tout ceci démontre clairement que même au sein de la plus éblouissante beauté, on trouve des paquets de mmmm. La beauté suscite l'envie et la convoitise, quand ce n'est pas la concupiscence. Une des sources du malheur des hommes...et des femmes bien évidemment. Disons de l'humanité. Pas moyen de savoir la vérité. Y a t-il une vérité? La vérité est-elle multiple? On se ment si facilement à soi-même. Qui croire? Que croire? Ce qui est triste, c'est que tout ça se passe quelque part dans l'espace de la beauté, soit le MBAM.

  • Bernard Bujold - Inscrit 27 août 2020 09 h 15

    LA DÉMISSION DE MICHEL DE LA CHENELIÈRE

    La lettre ouverte publié par Michel Nadeau plus tôt cette semaine dans un autre média montréalais (La Presse) décrivait de façon objective la situation au Musée des Beaux-Arts de Montréal ainsi que les détails entourant congédiement de Nathalie Bondil.
    Michel Nadeau accusait directenement dans sa lettre le président du Conseil d’administration du Musée et il invitait le conseil à le remplacer lors de l’Assemblée annuelle du 29 septembre prochain.
    Il invitait également le conseil à récupérer la directrice congédiée Nathalie Bondil.
    La solution est simple, selon-moi, le Gouvernement doit exiger la démission de Michel de la Chenelière en échange de la subvention de 10 millions$.
    De plus, le Gouvernement pourrait nommer Michel Nadeau parmi les membres le représentant et le nouveau conseil, élu lors de l'Assemblée annuelle du 29 septembre prochain pourrait choisir Michel Nadeau comme président.
    Il est un des rares au Québec, qui peut réparer la situation actuelle que vit le MBAM.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 août 2020 14 h 47

      La même lettre a été pubiée le même jour au Devoir, mais le titre et la mise en page du texte est différente d'une publication l'autre.

      Deux mises en page différente qu'il serait instructif de voire la lettre originale, histoire de voir jusqu'a quel point cette mise en forme influence les perceptions.

      www.ledevoir.com/opinion/idees/584712/musee-des-be
      www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-08-25/mbam-un

      Pour info Michel Nadeau sera comme d'habitude au micro de Joël Le Bigot à la radio de Radio-Canada samedi matin vers 8:15 hr et le sujet de la crise au MBAM va probablement occupée tout le temps d'antenne.