Mort de Michel Dumont, un roc de la culture québécoise

Michel Dumont en 2013
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Michel Dumont en 2013

Figure marquante du théâtre et de la télévision, le comédien Michel Dumont s’est éteint jeudi à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer des amygdales qui s’était propagé à ses poumons, entouré de ses proches. Nommé directeur artistique du Théâtre Jean-Duceppe en 1991, il en assura les destinées pendant vingt-sept années, faisant avec une passion jamais démentie la promotion de la parole québécoise, allant même jusqu’à programmer deux saisons entières de pièces exclusivement d’auteurs et d’autrices d’ici. Pour autant, il ne délaissa jamais son premier amour, le jeu. Sur scène, sa présence en imposait tout spécialement.

Car il avait haute stature et belle allure, Michel Dumont ; la voix forte, mais apaisante. D’ailleurs, c’est en ces mots qu’en parlait le dramaturge Michel Marc Bouchard en 2018 lorsque Michel Dumont passa le flambeau chez Duceppe : « Michel, en un mot ? Rassurant, Michel, c’est un roc. »

Lors du même hommage, l’acteur Benoît McGinnis, qui par deux fois joua son fils sur les planches, confia pour sa part : « Des hommes comme toi, ta masculinité, ta virilité, ta présence, ton caractère, ça me faisait peur. […] Tu m’as aimé, on a eu une connexion, et grâce à cette ouverture-là, j’ai grandi et je n’ai plus peur de ça. »

Carrière prolifique

Né à Kénogami (à présent Saguenay) en 1941, Michel Dumont s’adonna assez tôt au théâtre amateur, puis fit son cours classique avant d’étudier en lettres, à l’Université de Montréal. Vint l’appel de la scène… Il y tint avec aisance et charisme plusieurs rôles plus grands que nature : Willy Loman dans La mort d’un commis voyageur, d’Arthur Miller, Big Daddy dans La chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams, Sir George, l’acteur irascible et mourant, dans L’habilleur, de Ronald Harwood, le rôle-titre dans Oncle Vanya, d’Anton Tchekhov, le roi Henri II dans Le lion en hiver, de James Goldman, le fourbe Salieri dans Amadeus, de Peter Shaffer, le bouillant auteur Ernest Hemingway, un rôle cousu main, dans Dans l’ombre d’Hemingway, de Stéphane Brulotte… La liste est quasi sans fin.

« C’était un grand acteur, comme on disait de Gérard Philipe en France dans les années 1940, 1950, raconte Michel Tremblay. Michel Dumont, c’était un peu ça pour les années 1990 et 2000. Il pouvait tout jouer. »

C’était peut-être l’une des personnes les plus aimées du milieu artistique parce qu’en plus d’être un grand acteur, c’était un gentleman

 

De poursuivre le dramaturge, qui collabora avec l’acteur avec entre autres les pièces À toi pour toujours, ta Marie-Lou et Messe solennelle pour une pleine lune d’été : « C’était peut-être l’une des personnes les plus aimées du milieu artistique parce qu’en plus d’être un grand acteur, c’était un gentleman. Parfois les grands acteurs sont plutôt froids ou distants, mais Michel était un homme absolument formidable. »

Michel Dumont fut en outre très actif à la télévision. Il n’y a pas si longtemps, on put le voir dans la série policière Victor Lessard. Auparavant, il tint la vedette ou apparut en renfort, toujours mémorable, dans nombre de téléromans dont Monsieur le ministre, Des dames de cœur, Urgence, Omerta la loi du silence, Bunker le cirque, ou encore Yamaska, ces trois derniers rôles lui ayant valu autant de prix Gémeaux du meilleur acteur de soutien.

Plus rare au cinéma, il se distingua dans le premier film de François Girard, Cargo (1990), et fut du générique de Café de Flore, de Jean-Marc Vallée (2011).

Un modèle, un mentor

Quoi qu’il en soit, c’est vraiment au théâtre que son empreinte restera. Normal, puisqu’il y consacra la majeure partie de sa carrière. À l’annonce du décès de l’acteur, David Laurin et Jean-Simon Traversy, les actuels codirecteurs artistiques de Duceppe, et Amélie Duceppe, la directrice générale de la compagnie, ont déclaré de concert :

« Le départ de Michel nous bouleverse et nous laisse de bien grands souliers à chausser. Tout au long de sa carrière, il a porté à bout de bras le flambeau d’un théâtre populaire et accessible, en se battant pour que notre langue et notre culture prennent la place qui leur revenait sur nos scènes. Pour toute l’équipe de Duceppe, il aura été un ami, un modèle, un conseiller et un mentor exceptionnel. Il nous manquera énormément. Nous poursuivrons sa mission avec fierté et reconnaissance. »

En entrevue au Devoir en 2002, Michel Dumont expliqua à ce propos sa conception du théâtre. « Il faut que le théâtre soit la fête du grand public. Je veux le faire rire ou le faire pleurer ; je veux réussir à l’atteindre, à le toucher, comme dans la vie. »

Atteindre et toucher le public, on l’évoquait, en faisant une place toute particulière à la dramaturgie québécoise. Ce dont Michel Tremblay, à qui on laisse le mot de la fin, lui sait éternellement gré.

« Je n’oserais dire le mot patriote, mais grâce à son amour et à son intérêt pour le théâtre québécois, ça faisait de lui un acteur fier d’être d’où il était. Il produisait beaucoup de pièces de l’étranger, mais aussi beaucoup de théâtre québécois parce qu’il était fier d’être québécois. Et ça, c’est formidable. Il y a des théâtres qui se sentent obligés de faire du québécois, lui en faisait parce qu’il aimait ça. »

Avec Manon Dumais et Louise-Maude Rioux-Soucy
 


 
2 commentaires
  • Claude Coulombe - Abonné 14 août 2020 02 h 14

    Michel Dumont - Un Homme de théâtre avec un grand «H» et un gentilhomme avec un grand «G»

    Le Québec est en deuil. L'Homme de théâtre Michel Dumont, avec un grand «H» et et un gentilhomme avec un grand «G», nous a quittés. Sa superbe voix et le souvenir de ses nombreux rôles au théâtre («Douze hommes en colère», «La mort d'un commis voyageur») et à la télévision («Monsieur le ministre», «Omertà») resteront gravés dans ma mémoire. Sincères condoléances à ses proches et ses nombreux amis et admirateurs.

  • Pierre Samuel - Abonné 14 août 2020 08 h 32

    Les Trois Grands

    Il y eut précédemment à notre époque, au panthéon des immortels à la fois comédiens, metteurs en scène et directeurs de théâtre hors du commun, son < père spirituel > Jean Duceppe et Gilles Pelletier. Michel Dumont complète avec fierté et honneur cette trilogie.

    Reconnaissance lui soit rendue !