Les salles combles ne sont pas pour demain

Du côté des salles de cinéma grand public, le report des gros canons américains que sont les films «Tenet», de Christopher Nolan, ou «Mulan», de Niki Caro, a eu une incidence sur la fréquentation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Du côté des salles de cinéma grand public, le report des gros canons américains que sont les films «Tenet», de Christopher Nolan, ou «Mulan», de Niki Caro, a eu une incidence sur la fréquentation.

Alors que les salles de cinéma pourront bénéficier un peu de la nouvelle autorisation d’accueillir 250 personnes ou moins à un mètre et demi de distance, il faudra encore du temps avant que les salles de spectacles puissent offrir une programmation au public.

Car au-delà de la possibilité d’accueillir des spectateurs en salles, il faut aussi avoir quelque chose à leur présenter.

Même du côté des salles de cinéma grand public, le report des gros canons américains que sont les films Tenet, de Christopher Nolan, ou Mulan, de Niki Caro, a eu une incidence sur la fréquentation. Vincent Guzzo, propriétaire de 142 salles de cinéma et de 9 salles IMAX, a enregistré une fréquentation d’environ 15 % de ses salles depuis leur réouverture le 3 juillet. Étonnamment, ce sont des groupes à risque, les personnes âgées et les familles, qui se sont présentés depuis juillet dans les salles de cinéma, alors que le public cible des cinémas Guzzo, les adolescents et les jeunes adultes, n’y est pas allé, sans doute parce que les films attendus n’étaient pas à l’affiche.

« J’aurais pu rester fermé et, financièrement, cela aurait été pareil, dit Vincent Guzzo, mais il fallait que l’on ouvre. »

Du côté des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée, les entrées payées depuis le début du mois de juillet correspondent à 30 % de celles de l’année passée, ce qui indiquerait que le public était au rendez-vous, puisque les cinémas ne pouvaient pas, à ce jour, accueillir plus de 30 % de leur capacité.

Reste que ces cinémas continuent eux aussi de jongler avec les reports de films. « Depuis le 13 mars, les films continuent de s’empiler sur la ligne de départ », dit Mario Fortin, p.-d.g. des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée.

Le film La déesse des mouches à feu, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, par exemple, est maintenant prévu en septembre. Et on ignore encore la date de diffusion de celui de Philippe Falardeau, My Salinger Year, qui a fait l’ouverture du festival de Berlin.

Un puzzle compliqué

Du côté des salles de spectacle, le puzzle est encore plus compliqué à mettre en place. Pour l’heure, David Laferrière, directeur du théâtre Gilles-Vigneault à Saint-Jérôme, qui compte 860 places, prévoit annoncer une programmation gratuite qui se déroulera à l’intérieur et à l’extérieur, à partir du 29 août, pour une période de trois semaines. Cette programmation sera financée par un programme spécial du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ).

Dans un tel théâtre, en respectant toutes les règles de distanciation physique, on ne peut pas accueillir plus de 200 personnes, à 1,5 mètre de distance, précise-t-il.

David Laferrière, qui est aussi président de l’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles RIDEAU, entend par ailleurs prendre le temps de bâtir une programmation, vraisemblablement pour l’automne.

Même son de cloche du côté de la Place des Arts, qui accueillait lundi la nouvelle ouverture de Québec d’autoriser les publics de 250 personnes et moins.

« Nous sommes évidemment heureux de cette bonne nouvelle, qui va certainement encourager les producteurs et les organisations artistiques à présenter des spectacles et des programmations alternatives, a commenté Joanne Lamoureux, directrice des communications et du marketing de la Place des Arts.

« Nous discutons présentement avec certains producteurs pour reprendre leurs activités dès le mois de septembre dans le respect de ces nouvelles règles, notamment le Festival international de littérature, l’Orchestre Métropolitain et Duceppe. Une production prend un peu de temps à se mettre en place comme on sait, nos salles de répétition viennent tout juste de rouvrir et nous sommes certains que les producteurs trouveront les moyens de mettre sur pied des programmations adaptées et de maintenir le lien avec leur public rapidement. »

La Place des Arts a déjà proposé un concert de l’Orchestre de l’Agora le dimanche 26 juillet dernier à la Maison symphonique devant 50 personnes. « Tout s’est très bien déroulé, ce qui nous donne beaucoup d’espoir pour la suite », dit Mme Lamoureux.

Nous discutons présentement avec certains producteurs pour reprendre leurs activités dès le mois de septembre dans le respect de ces nouvelles règles, notamment le Festival international de littérature, l’Orchestre Métropolitain et Duceppe

 

La Place des Arts comprend cinq salles, qui vont de 3000 places, pour la salle Wilfrid-Pelletier, à 400 places, pour la Cinquième salle, où la compagnie de danse Sylvain Émard prévoit se produire cet automne.

Lundi, la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, annonçait une enveloppe de six millions de dollars, sous la gouverne de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour soutenir les salles de spectacles. Les détails de ce programme seront connus le 7 août.

Toutefois, selon David Laferrière, cette somme pourrait ne viser que les salles privées, qui ne reçoivent pas de subventions des conseils des arts.

Or, les subventions accordées au théâtre Gilles-Vigneault, par exemple, ne représentent que 10 % du budget total de l’organisme. « Plus de 80 %de notre budget de fonctionnement proviennent des ventes de billets », dit-il. L’Association RIDEAU regroupe 170 membres, qui chapeautent 350 salles de spectacles au Québec.

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