Une cinquantaine de festivals artistiques unissent leurs forces

Le REFRAIN ne veut pas miser sur une démarche revendicatrice, préférant l’entraide et «des approches positives».
Photo: Jérôme Kearney Le REFRAIN ne veut pas miser sur une démarche revendicatrice, préférant l’entraide et «des approches positives».

À la fois ébranlés et stimulés par la pandémie, une cinquantaine d’événements artistiques du Québec issus d’un peu partout sur le territoire ont décidé d’unir leurs forces en créant le Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN). L’objectif de ces festivals de petite et de moyenne taille est notamment de pouvoir échanger idées et conseils en plus de veiller à se mettre en valeur pour un public qui pourrait se faire frileux.

« Au départ, le rôle du REFRAIN, c’est un rôle de partage », affirme le directeur général du festival Santa Teresa, Patrick Kearney, un des initiateurs du regroupement avec, entre autres, Clément Turgeon, du dynamique Festif ! de Baie-Saint-Paul.

Au début de la pandémie, Kearney et Turgeon ont vite compris que leur événement respectif allait écoper. Les questions se sont multipliées dans leur tête, l’angoisse s’est montré le bout du nez, aussi, alors une poignée d’organisateurs de festivals ont commencé à discuter en vidéoconférence. « Chaque semaine, quelqu’un invitait un autre responsable de festival qui, lui, invitait quelqu’un ensuite. On s’est réveillés et on était 45 ! », explique Kearney. Ils frôlent aujourd’hui la cinquantaine.

Le REFRAIN regroupe donc différents festivals issus de 15 régions du Québec, avec une tangente forte autour de la musique, mais pas que ça. Parmi eux se trouvent La Noce, à Chicoutimi, le FME, à Rouyn-Noranda, le Festival Musique du bout du monde, à Gaspé, Pop Montréal, LVL Up, à Laval, le Festival des arts de Saint-Sauveur, le Festival des clowns de Montréal et Mural.

« Il y a des gens qui disent depuis plusieurs années qu’on devrait avoir un regroupement de festivals et d’événements culturels, dit Patrick Kearney. Là, on dirait que tous les astres se sont alignés. L’avantage [de la pandémie], c’est que tout le monde avait un peu plus de temps. Normalement, tout le mode est toujours dans le jus dans l’événementiel. »

Le REFRAIN veut donc placer les festivals et les événements culturels indépendants « en tant qu’acteurs incontournables du développement économique, touristique et culturel québécois », dit le communiqué d’envoi. Les membres ont tout de même paré au plus urgent : suivre l’évolution des décisions de la Santé publique, gérer les innombrables questions, voir aux subventions et aux multiples détails administratifs et organisationnels. Mais au lieu de le faire chacun de leur côté, les festivals ont pu le faire en groupe.

Il y a des gens qui disent depuis plusieurs années qu’on devrait avoir un regroupement de festivals et d’événements culturels. Là, on dirait que tous les astres se sont alignés. L’avantage [de la pandémie], c’est que tout le monde avait un peu plus de temps.

 

« On a tous des canaux de communication différents, explique Clément Turgeon. Chaque joueur apportait des informations qui se complétaient et ça permettait de se faire un meilleur portrait de la situation. On s’inspirait tous entre nous aussi. On se demandait : on fait quoi avec les employés, avec les contrats des artistes ? Ça nous permettait tous ensemble de savoir si on était dans le champ en prenant telle ou telle décision. Ça nous aidait à valider les points de vue et les décisions qu’on était sur le point de prendre. »

Cette force du nombre sera évidemment utile dans le futur, croit Patrick Kearney, qui souligne que la plupart des événements du REFRAIN fonctionnent avec très peu d’employés qui font presque tout.

Le REFRAIN ne veut pas miser sur une démarche revendicatrice, préférant l’entraide et « des approches positives ». Mais l’association veut bien à l’occasion se faire le porte-voix de ses membres sur différentes questions. « On l’a fait déjà pour mettre en lumière le fait que les petits festivals, ceux qui sont encore en démarrage, se trouvent dans une zone grise parce qu’ils n’ont pas un historique assez long pour se qualifier à la plupart des subventions », note Kearney.

Indépendant et artistique

Il existe déjà, au Québec, certaines organisations qui chapeautent des festivals, comme Événements Attractions Québec, ou le Regroupement des événements majeurs internationaux. « Ce n’est pas parce qu’on est contre les autres regroupements, mais on avait besoin de jaser plus de culture, de ce qui se passe pour nos organisations, de nos enjeux propres, de financement », précise Patrick Kearney.

Le REFRAIN s’est imposé quelques règles pour déterminer qui peut y adhérer. Tous types de créations artistiques y sont les bienvenus. « On a établi que ce devait être des joueurs qui recevaient des subventions d’un ministère ou d’un organisme artistique, précise Patrick Kearney, Un festival de la bière, au contraire, n’aura probablement pas de subventions de la SODEC ou du Conseil des arts » et ne se qualifierait donc pas.

Quant à l’aspect indépendant des membres, le DG de Santa Teresa concède que la notion est « plus philosophique », mais que les festivals du REFRAIN partagent un « ADN ». « Prenez certains membres de gros groupes comme Gestev, Evenko, Live Nation… ils ont d’autres enjeux qu’on n’a pas. On n’est pas contre eux, au contraire, c’est juste que c’est souvent des machines avec parfois 100 employés, alors que nous, on est des festivals avec des fois un seul contractuel. »

Ce ne sera pas « coupé au couteau », mais les membres REFRAIN devraient afficher un budget de moins de trois millions de dollars. L’argent ne fera pas foi de tout, donc, mais il permet de rassembler des événements aux enjeux similaires.

Mise en commun

Le partage d’idées entre la cinquantaine de membres pourrait bien se muter en mise en commun de certaines expertises et ressources, estime Clément Turgeon. Le dossier des assurances en est un complexe à analyser à plus long terme, mais il croit que différents événements pourraient par exemple utiliser les mêmes îlots de recyclage, d’autant plus que de nombreux festivals prennent une approche davantage écoresponsable.

« Au Festif !, par exemple, on a décidé que dans nos loges d’artistes la nourriture, c’est au vrac. Alors si d’autres membres veulent embarquer, je peux agir comme conseiller et dire comment on gère ça, comment on arrive à le faire », explique Clément Turgeon.

Un des autres objectifs de l’association est de valoriser les différents festivals membres quand la reprise se fera. « La force de notre regroupement, ce sera aussi de dire que c’est important d’encourager la musique, d’aller voir des événements, des spectacles, insiste Turgeon. Il faut montrer que chez les organisateurs, on va être responsables, que ce sera sécuritaire. On va avoir une belle job à la reprise complète. »

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