Stéphanie Lavigne-Charette, recherchiste à la télévision

Le poste de Stéphanie Lavigne-Charette est assez unique dans le paysage télévisuel — et musical. À «Belle et Bum», Stéphanie se trouve précisément à l’intersection des univers de la musique et de la télévision. Et elle affiche depuis longtemps une nette préférence pour le premier.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le poste de Stéphanie Lavigne-Charette est assez unique dans le paysage télévisuel — et musical. À «Belle et Bum», Stéphanie se trouve précisément à l’intersection des univers de la musique et de la télévision. Et elle affiche depuis longtemps une nette préférence pour le premier.

Parler de culture en tant que secteur industriel peut faire grincer des dents ceux qui craignent que l’on réduise l’art à des colonnes de chiffres. Ceux-ci révèlent toutefois une réalité économique d’importance : l’industrie culturelle emploie environ 178 000 travailleurs au Québec, générant des retombées annuelles de près de 9,4 milliards de dollars. Or, derrière chaque oeuvre s’active une armée de travailleurs de l’ombre dont le métier est aujourd’hui menacé par la crise sanitaire, travailleurs auxquels Le Devoir consacre une série.

« Ma job, c’est de tout écouter », tous les disques que les artistes québécois et du reste de la francophonie lancent ou s’apprêtent à dévoiler, résume Stéphanie Lavigne-Charette, recherchiste à l’émission Belle et Bum, présentée à Télé-Québec, l’une des rares émissions de variétés au service de la musique, de ceux qui la font et de ceux qui l’apprécient dans le confort de leur foyer. « On essaie de célébrer la musique d’ici. Je vois l’équipe de l’émission comme une grosse famille : on invite les artistes chez nous, pour les faire découvrir » aux téléspectateurs.

Le métier de recherchiste est aussi varié que les projets d’émission, à la télévision comme à la radio, qui comptent sur le travail de ces artisans de l’ombre — les bulletins de nouvelles, par exemple, ou encore les magazines d’affaires publiques, ne sauraient exister sans le travail des journalistes à la recherche. « Dans mon cas, celui d’une recherchiste pour une émission de variétés, le travail diffère, mais je fais aussi du booking [d’entrevues], des pré-entrevues, de la recherche au contenu » et toutes ces autres tâches communes dans le métier.

Le poste de Stéphanie Lavigne-Charette est cependant assez unique dans le paysage télévisuel — et musical. À Belle et Bum, Stéphanie se trouve précisément à l’intersection des univers de la musique et de la télévision. Et elle affiche depuis longtemps une nette préférence pour le premier. La recherchiste ne se destinait d’ailleurs pas à travailler sur un plateau de télévision, ayant fait ses études universitaires en animation culturelle : « Ce que je retiens de mon baccalauréat, c’est quelque chose dont on avait parlé dès la première année : agir en tant qu’agent culturel. Être un lien entre l’art, la culture au sens large, et un public. C’est ce qui collait le plus à ce que je voulais faire ; quand j’étais aux études, je travaillais comme disquaire. C’est quand même aussi une sorte d’agent culturel —, en tout cas, à l’époque où, pour beaucoup de gens, parler à un disquaire était encore une manière de découvrir la musique. »

Après ses études, elle a intégré la petite équipe du concours de la relève musicale Les Francouvertes en tant qu’adjointe à la direction et à la programmation. « Oui, Les Francouvertes est un concours, mais c’est beaucoup plus que ça. C’est accompagner des musiciens au tout début de leur carrière et permettre au public de les découvrir. » En 2016, Datsit Sphère, qui produit Belle et Bum, l’a invitée à joindre l’équipe, précisément pour renforcer la pertinence des choix musicaux proposés à son auditoire. « J’ai, depuis toujours, un intérêt pour la musique du Québec — évidemment, pour le travail de la relève, mais je pense que je me suis bien intégrée à l’équipe justement parce que j’ai aussi beaucoup de respect pour les Richard Desjardins et Richard Séguin. En fait, toute notre équipe [de recherche au contenu] est très branchée sur la relève. »

Tâches variées

Planifier un épisode de Belle et Bum commence un bon mois avant l’enregistrement en direct devant public. Presque deux douzaines d’émissions sont produites par année, et chacune comprend en moyenne cinq musiciens invités qui interpréteront une dizaine de chansons. « Il y a une partie du travail qui concerne la recherche, les conversations avec les attachés de presse des artistes, qui m’informent d’une sortie prochaine d’album, le choix des chansons avec les artistes ; mais, en plus, j’assiste à la direction artistique de l’émission. C’est-à-dire que je fais le suivi avec notre directrice musicale, Julie Lamontagne, pour m’assurer qu’elle a tout le nécessaire, comme les partitions des chansons au programme. Tout ça en faisant le lien avec les artistes invités, avec le souci que le résultat colle le plus possible à leur propre univers musical. »

Ce qui implique nécessairement de longues réunions d’équipe dans les quartiers généraux du producteur, où elle passe normalement trois jours par semaine ; les deux autres jours se déroulent au théâtre National pour les répétitions avant le spectacle télévisé. « C’est un travail de collaboration durant lequel on fait des brainstorms ; on se lance des idées et on partage nos coups de cœur. »

Et on gère ensemble les imprévus, comme un artiste atteint d’une extinction de voix la veille de l’enregistrement de l’émission. Ou encore une pandémie : le dernier épisode de la saison de Belle et Bum fut enregistré le 12 mars dernier. « On a dû annoncer au public qu’il ne pourrait être dans la salle à quelques heures d’avis ». Basia Bulat devait être de l’enregistrement, mais elle rentrait d’Europe et a dû se placer en isolement volontaire. « Ça nous a fait vivre une répétition de ce qui s’en vient probablement à l’automne… »

« Un rendez-vous »

Après son contrat à Belle et Bum, Stéphanie Lavigne-Charette devait travailler comme recherchiste pour un autre projet de Datsit Sphère, annulé en raison de la crise. Les producteurs de l’émission musicale sont déjà en train d’imaginer la rentrée, qui devrait se faire à la fin septembre. Des émissions tournées sans public, une scénographie réinventée pour respecter les normes de sécurité inscrites dans le Guide de normes sanitaires en milieu de travail pour la production audiovisuelle, publié par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). « L’équipe de réalisation et de direction photo est présentement en train de réfléchir à la manière de rendre le spectacle chaleureux, malgré tout. »

« Je pense que notre show est plus important que jamais aujourd’hui, puisqu’il n’y a plus de concerts en salle, estime Stéphanie Lavigne-Charette. J’espère que ça deviendra un rendez-vous pour encore plus de gens, pour ceux qui aiment la musique. »