Le sort du Château Beauce en suspens

Le Château Beauce, dessiné par l’architecte Jean-Omer Marchand, a été construit en 1903-1904.
Photo: Kathleen Simard Le Château Beauce, dessiné par l’architecte Jean-Omer Marchand, a été construit en 1903-1904.

L’incertitude plane sur le Château Beauce, à Sainte-Marie. La protection temporaire accordée par Québec il y a un an vient tout juste d’être prolongée par le ministère de la Culture, ce qui n’éloigne pas complètement le bâtiment du pic des démolisseurs.

En septembre 2018, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, avait publié in extremis un avis d’intention de classement pour ce bâtiment plus que centenaire qui était voué à la démolition par un entrepreneur. Cette période devait permettre d’étudier la valeur du bâtiment afin de le classer pour en assurer la pérennité. Plutôt que d’aller de l’avant en ce sens, la ministre Roy a choisi de prolonger la période d’étude d’une autre année.

« La Loi permet de proroger un avis d’intention de classement d’une année supplémentaire », indique le ministère. Plusieurs maisons de Sainte-Marie sont démolies et il n’est pas dit que ce bâtiment historique ne connaisse pas, finalement, le même sort.

Partiellement abîmé

Au printemps dernier, le bâtiment a été endommagé par la crue des eaux de la rivière Chaudière. « Les dommages se limitent au sous-sol du bâtiment, mais nécessitent d’importants travaux de nettoyage et d’assainissement », précise le ministère, en répétant mot pour mot ce qu’il avait indiqué au Devoir en juin dernier. Les travaux en question n’ont toujours pas été entrepris.

La loi québécoise prévoit pourtant que le ministère peut ordonner la réalisation de travaux d’urgence. Comme l’indiquent les fonctionnaires eux-mêmes, tout propriétaire d’un bien patrimonial en instance de classement « doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la valeur patrimoniale de son bien ».

Voué à la démolition par un entrepreneur qui souhaitait utiliser le terrain pour construire des résidences pour personnes âgées, cette réalisation de l’architecte Jean-Omer Marchand a été sauvée in extremis par un avis de classement de l’État. Ce rare bâtiment a été construit en 1903-1904. Jean-Omer Marchand, premier diplômé canadien des Beaux-Arts de Paris, est connu pour avoir dessiné une partie du parlement d’Ottawa, l’immense chapelle du grand séminaire de Montréal, la maison mère des soeurs de la Congrégation de Notre-Dame, devenue le collège Dawson, ainsi que plusieurs autres édifices majeurs.

En 1900, c’est à Marchand, lauréat de 14 médailles d’architecture, que le gouvernement du Dominion du Canada avait confié la réalisation de son pavillon à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris. En 1926, la République française lui a attribué, en 1926, le rang de chevalier de la Légion d’honneur. Marchand a laissé très peu de traces de son savoir-faire hors des grands centres.