Miryam Bouchard, enfant de la balle

La scène tournée jeudi au cimetière de l’ETA, mettant notamment en vedette Louise Latraverse, Jasmine Lemée et Patrick Huard, s’inspirait des funérailles de l’acteur et clown Reynald Bouchard.
Photo: Karljessy Jomphe La scène tournée jeudi au cimetière de l’ETA, mettant notamment en vedette Louise Latraverse, Jasmine Lemée et Patrick Huard, s’inspirait des funérailles de l’acteur et clown Reynald Bouchard.

Aux funérailles de l’acteur et clown Reynald Bouchard, en 2009, « il y avait des conteurs, des musiciens, et des gigueux et des tapeux de pieds », se souvient sa fille Miryam, désormais en plein tournage de son premier long métrage, Mon cirque à moi. Jeudi, l’équipe tournait une scène se rapprochant de ce souvenir, au cimetière de l’ETA, à Montréal.

En fait, Mon cirque à moi est directement inspiré de l’histoire de Miryam Bouchard, en tant que fille de clown et d’acteur. C’est la jeune Jasmine Lemée, 12 ans, qui incarne Laura, le personnage principal du film, tandis que Patrick Huard incarne son père Bill. Loin d’épouser les valeurs anticonformistes de son père, Laura rêve plutôt d’avoir une vie plus stable et de fréquenter l’école privée.

« On se demande parfois comment sont les enfants des clowns. Parfois, ça donne des straightmen. Laura c’est un peu ça. La fille de Bill, elle est tannée de cette vie sans routine, de cette vie de bohème. Soyons libres, mais finalement, au nom de la liberté, il y a quand même un paquet de règlements qu’il faut respecter. Elle a envie de stabilité. Elle a envie d’aller au collège privé, ce qui est un peu l’insulte suprême pour son père, qui croit en l’école de la vie. C’est ça le combat entre le père et la fille », dit la réalisatrice en entrevue.

Antonello Cozzolino, producteur chez Attraction Images, a été séduit par cette histoire touchante, et par le potentiel cinématographique de l’oeuvre.

Il est vrai qu’on assiste rarement à des funérailles célébrées avec la fanfare Pourpour et par des clowns au nez rouge. « Moi, j’ai toujours eu l’impression que mon enfance et toute ma vie ont été normales, comme celle des autres enfants », poursuit Miryam Bouchard. C’est lorsqu’elle a raconté son récit à l’auteur Martin Forget qu’elle a réalisé que son histoire était différente.

Mon cirque à moi est bien sûr une fiction. « Cela ne se passe pas dans une ville précise ou lors d’une année précise », dit Miryam Bouchard. « Le film est beaucoup basé sur des souvenirs, mais je n’ai pas voulu le situer dans les années où ces souvenirs se sont déroulés. »

« Moi j’ai grandi avec un père clown, poète, acteur, vendeur de sapins. On était sur la route. On côtoyait les gens de la fanfare Pourpour, la gang du Bread and Puppet show », dit-elle. Mais ça n’est pas la vie dont Miryam rêvait. À l’adolescence, elle exprime le souhait d’aller à l’école privée et s’inscrit au Collège Jean-de-Brébeuf, au désespoir de son père, qui ne jure que par l’« école de la vie ».

Plusieurs acteurs du film proviennent directement de l’entourage de Reynald Bouchard, dont plusieurs membres de la fanfare Pourpour. « J’ai connu Miryam quand elle était toute petite », dit la chanteuse, accordéoniste et comédienne de la fanfare Lou Babin, qui était présente sur le plateau de tournage jeudi. Des clowns comme Chocolat, Chatouille, ou Guy Laliberté, à l’époque des Échassiers de Baie Saint-Paul, faisaient partie du quotidien de la jeune Miryam.

Mais c’est au cours d’une soirée d’improvisation théâtrale que la réalisation a pensé à Patrick Huard pour incarner le rôle de Bill. « Je l’ai vu se mettre en danger, et je me suis dit, il n’a pas besoin de faire ça », dit la réalisatrice.

Miryam Bouchard n’a pas demandé à Patrick Huard de jouer Reynald Bouchard. Bill et Laura sont des personnages de fiction. Reste que Miryam Bouchard n’hésite pas à dire que ce film fait sur elle l’effet d’une sorte de thérapie, en même temps qu’il rend hommage à son père, et au monde qu’il a animé.