Une formation en ligne contre le harcèlement dans le milieu culturel

Le directeur général de l’INIS, Michel G. Desjardins, et la responsable du projet «Il était une fois... de trop», Bianca Nolasco, mardi
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le directeur général de l’INIS, Michel G. Desjardins, et la responsable du projet «Il était une fois... de trop», Bianca Nolasco, mardi

Un peu plus d’un an après avoir reçu le mandat de la part de Québec de mettre sur pied des formations contre le harcèlement dans le milieu culturel, l’Institut national de l’image et du son (INIS) a dévoilé mardi la plateforme en ligne Il était une fois… de trop, un site gratuit, dynamique et coloré, qui va permettre aux travailleurs du domaine « de mieux s’informer et de mieux réagir aux situations », estime le patron de l’INIS Michel G. Desjardins.

Cette démarche, née des secousses de l’affaire Weinstein et de ses répercussions dans le milieu culturel québécois, notamment autour des cas de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail, a été lancée en mars dernier avec un budget de 500 000 $. La somme comprend des dépenses pour la mise à jour et la continuité de la plateforme dans le temps.

« Le mandat était de rendre quelque chose d’accessible pour l’ensemble du milieu de la culture dans l’ensemble du territoire, rappelle Michel G. Desjardins. [Le numérique] était pratiquement la seule façon de remplir le mandat d’une façon intelligente. »

Il était une fois… de trop a donc l’avantage de pouvoir être consulté de partout et à tout moment, des avantages non négligeables pour les travailleurs culturels dont les horaires sont souvent atypiques, souligne le d.g. de l’INIS.

Le milieu compte plus de 150 000 travailleurs, rappelle aussi Bianca Nolasco, responsable du projet. Et c’est sans compter les bénévoles et les étudiants dans les écoles d’art, entre autres.

Le site de formation pour prévenir le harcèlement est aéré et on y retrouve des témoignages audio, plusieurs capsules vidéo avec des experts ainsi que des animations mettant en scène des personnages à tête d’animaux.

Sans plonger dans le trop ludique, il était important aux yeux de Mme Nolasco que la formation reste « dynamique, attrayante et interactive ».

« Un moment donné, on est entré dans les sujets, dans le texte du site, avec les vidéos des experts et les témoignages, et ça nous remuait, raconte-t-elle. Et on se disait, c’est intense, il faut amener quelque chose d’un peu plus léger. Il fallait trouver un équilibre. »

Une touche qu’a appréciée Luc Fortin, président de la Guilde des musiciens et des musiciennes du Québec, présent mardi lors du dévoilement officiel du site. « La présentation, je trouve qu’elle a le bon ton, c’est léger, ce n’est pas trop dramatique, mais, en même temps, il y a beaucoup d’informations intéressantes. Ils n’essaient pas d’être trop politically correct, ils y vont avec les vrais mots, je trouve ça super. »

Sophie Prégent, la présidente de l’Union des artistes, est aussi très heureuse de la plateforme. « Ça, c’est le socle sur lequel tout va pouvoir s’appuyer, je pense. Ça va être simple à comprendre, on y est très bien capable de dissocier ce qui est du harcèlement et ce qui n’en est pas. C’est comme une bible, ou un abécédaire. »

Base volontaire

Une cinquantaine d’associations, regroupements ou syndicats ont appuyé ou participé à la démarche. Reste que le tout repose sur une base volontaire.

« Il était impossible de la rendre obligatoire, et, de toute façon, il n’y aurait pas eu de contrôle de ça, croit Bianca Nolasco, de l’INIS. Le but était de s’assurer que les gens puissent comprendre [le harcèlement], le reconnaître, et utiliser ces outils-là pour le prévenir. […] La rendre obligatoire dès le début aurait peut-être été un frein alors que nous, on veut ouvrir. Et plus les gens vont être informés, plus ça va changer. »

Sophie Prégent admet que ce genre de formation ne va pas faire changer radicalement ceux qui posent des gestes déplacés. « Mais s’il y a davantage de gens qui sont plus courageux, qui ont moins peur dans les milieux de travail et qui dénoncent [ces gestes] un peu plus, ça va avoir une incidence. » Et au-delà des victimes, les témoins ont aussi un rôle important à jouer, ajoute la présidente de l’UDA.

Le site offre par ailleurs des liens vers de multiples ressources, et offrira à terme une certification à ceux qui auront suivi la formation.

Pourquoi le milieu culturel

Le harcèlement n’est bien sûr pas l’apanage du milieu culturel, mais la nature du travail qu’on y accomplit crée une dynamique différente, croit la présidente de l’UDA, Sophie Prégent.

« C’est plus propice à ça parce qu’il n’y a pas de ligne ; on est dans l’humain, dit-elle. Des fois, on pense que parce qu’on est des artistes, on est un peu plus ouvert, qu’on devrait accepter n’importe quoi. Dans la définition du travail, on dépasse parfois les limites du convenable. »

La nouvelle plateforme de formation numérique Il était une fois… de trop mentionne d’ailleurs que le milieu culturel est différent, notamment en raison des lieux de travail changeants et des contacts physiques et de la proximité propre à plusieurs métiers.

Et il y a la précarité des nombreux contractuels, ajoute Bianca Nolasco, de l’INIS. « On a peur de dénoncer, de perdre son emploi. Admettons qu’il arrive un événement, si j’en parle, personne ne va vouloir m’engager parce que j’en ai parlé. C’est un travail qui doit se faire aussi dans le milieu. »