La culture, le 4e pilier du développement durable

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Trois-Rivières a reçu une mention au Prix CGLU en 2016, récompensant sa stratégie culturelle.
Photo: Culture Trois-Rivières Trois-Rivières a reçu une mention au Prix CGLU en 2016, récompensant sa stratégie culturelle.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Comment la culture peut-elle s’intégrer dans les projets d’urbanisme et de développement économique ? Comment faire en sorte que les différents groupes qui composent la population participent à la culture ? Ce ne sont là que quelques-unes des questions auxquelles répondra la conférence « La composante culturelle des villes durables à travers l’expérience de l’Agenda 21 de la culture » le 5 juin prochain.

C’est dans les années 1980 que la croissance économique, l’inclusion sociale et l’équilibre environnemental ont été considérés comme étant les trois piliers du développement durable.

Ces dimensions ont chacune fait l’objet, à l’échelle mondiale, de documents offrant des orientations générales aux politiques locales. Or, dans le domaine culturel, de telles lignes directrices n’existaient pas.

C’est dans ce contexte que des gouvernements locaux se sont engagés à en rédiger. De là est né l’Agenda 21 de la culture (A21C) en 2004. « Ils devaient résumer les sujets qui étaient au coeur des activités des villes et municipalités, signaler les éléments de tension et les défis, et s’engager envers elles-mêmes à mettre en oeuvre des actions pour renforcer le rôle de la culture dans le développement local », raconte Jordi Pascual, depuis Barcelone. En tant que coordonnateur de la Commission culture de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), il a contribué à l’élaboration de l’A21C sur le plan mondial.

Parmi ses principes fondateurs, on compte les droits, le patrimoine, la diversité et le développement culturels pour ne nommer que quatre des 16 principes qu’il énonce.

Quinze ans plus tard, ce sont 800 gouvernements locaux de partout dans le monde qui travaillent avec l’A21C, dont 60 villes pilotes qui intègrent ce dernier et collaborent de plus près avec l’organisation. Parmi celles-ci : Washington aux États-Unis et Vaudreuil-Dorion au Québec.

Des villes du Québec donnent l’exemple

Le succès de l’intégration des recommandations de l’A21C passe d’abord par l’écrit, c’est-à-dire la rédaction de politiques en fonction des orientations jugées fondamentales pour les politiques locales. Il s’évalue aussi par les projets phares d’une politique culturelle d’une ville, les programmes qu’elle met en branle, ainsi que les investissements humains et financiers.

« Montréal a été membre fondateur de notre mouvement et a servi d’inspiration à l’Agenda 21, souligne Jordi Pascual. Elle a adopté plusieurs stratégies culturelles qui positionnent la culture comme un axe en relation avec d’autres politiques publiques comme l’économie et le développement territorial. » Il donne en exemple la dernière stratégie culturelle de Montréal, déployée en 2017, qui reprend très bien l’esprit de l’A21C.

C’est le cas aussi de Vaudreuil-Dorion, qui a d’ailleurs remporté la deuxième édition du Prix international CGLU avec son programme Je suis, en 2016. « Ses travaux, notamment sur la gouvernance culturelle et sur les espaces publics, sont recommandés aux autres gouvernements locaux de notre réseau », mentionne-t-il.

Au tableau s’ajoutent les efforts de l’Abitibi-Témiscamingue en ce qui concerne la relation entre la culture et le tourisme, ceux de Trois-Rivières, de même que de Lac-Mégantic, qui a également reçu une mention au Prix CGLU de 2016.

« L’impact de nos travaux est parfois difficile à mesurer, puisque certaines s’en inspirent, mais ne sont pas membres. Ça a été notament le cas pour le ministère de la Culture du Costa Rica, précise Jordi Pascual. On peut toutefois suivre les progrès de villes pilotes membres de l’Agenda 21, avec qui l’on travaille plus étroitement. »

Passer en cinquième vitesse

Que ce soit dans l’Accord de Paris sur le changement climatique, le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe ou dans les objectifs de développement durable (ODD), l’agenda mondial du développement proposé par les Nations unies aux États à la société civile et à tous les acteurs qui sont engagés dans le développement n’intègre pas la dimension culturelle au développement. « Dans les 17 ODD établis, aucun ne porte explicitement sur la culture, soutient celui qui travaille pour le bureau de l’A21C à Barcelone, son siège opérationnel. Oui, il y a quelques cibles qui la mentionnent, mais ce n’est pas suffisant. »

Une situation qu’il déplore, étant donné tous les défis culturels auxquels se heurte l’humanité — préservation, patrimoine matériel ou immatériel, capacité créative des jeunes, diversité des populations, pour ne nommer que ceux-là.

Il prône ainsi le fait d’amener la culture au centre des débats mondiaux du développement.  « Il faut absolument que, dans les prochaines années, les acteurs culturels du monde entier se coordonnent mieux pour faire voir aux ambassadeurs des Nations unies et des États dans ce système que, sans mesures explicites sur le rôle de la culture dans la mondialisation, on ne va pas résoudre ces défis. »

Jordi Pascual présentera la conférence « La composante culturelle des villes durables à travers l’expérience de l’Agenda 21 de la culture » le 5 juin prochain, à 14 h.