La culture au service d’une ville meilleure

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
<p>À Lyon, la politique culturelle a un rôle à jouer en matière de promotion de l'égalité et de la diversité. </p>
Photo: iStock

À Lyon, la politique culturelle a un rôle à jouer en matière de promotion de l'égalité et de la diversité. 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Marc Villarubias est responsable de la Mission coopération culturelle à la direction des affaires culturelles de la Ville de Lyon, en France. Selon lui, les politiques culturelles ont un rôle à jouer en matière de citoyenneté et de responsabilité ainsi que dans la promotion de l’égalité et de la diversité. Entrevue.

Comment la culture peut-elle favoriser le développement durable ?

Le développement durable consiste à anticiper un certain nombre de risques d’évolution de notre société et de nos territoires. Ces risques peuvent être sociaux, environnementaux, industriels, économiques, mais il y a aussi des risques qui peuvent exister dans la manière de vivre ensemble, dans la manière dont des communautés vont ou pas interagir ensemble, des risques aussi sur des questions interreligieuses, etc. Et ça, ça relève de domaines qui sont culturels. D’un autre côté, les politiques culturelles ont un rôle à jouer en matière de citoyenneté et de responsabilité ainsi que dans la promotion de l’égalité et de la diversité.

Vous parlez de politiques culturelles en transition… Pourquoi doivent-elles évoluer ?

 

Pendant longtemps, les grands opérateurs culturels publics, à savoir les musées, les archives municipales, les théâtres, les événements, ont développé une offre culturelle et artistique basée sur l’excellence, la relation avec le public, l’image, le rayonnement, qui sont des éléments très importants. Mais ils se souciaient moins de la manière dont ils pouvaient agir sur les questions de société. À Lyon, on a listé un certain nombre de points qui nous paraissent fondamentaux pour favoriser le vivre ensemble sur des territoires harmonieux.

Quels sont ces points ?

 

Il y a des questions de lien avec les quartiers qui sont les plus en difficulté et qui concentrent les handicaps. On demande à nos établissements culturels d’avoir des politiques, des actions, de développer des services adaptés à ces territoires. Il y a aussi la question de la prise en compte des publics les plus en difficulté sociale et économique, celles de la promotion de la diversité et de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la culture, de la préservation de l’environnement ou encore de la participation citoyenne. Tous ces sujets auxquels on ne faisait pas attention de manière forte il y a encore dix ans.

Ça se traduit comment sur le terrain ?

 

En 2017, Lyon a signé avec l’État et ses 28 plus grands établissements culturels et événements une Charte de coopération culturelle. Ces derniers s’engagent à s’améliorer sur toutes les questions que je viens d’évoquer et à mobiliser des moyens humains, financiers, de l’expertise, des savoir-faire, des compétences pour développer des actions et des services qui vont contribuer à cette amélioration.

Avez-vous des exemples d’actions ou de services ?

 

Prenons l’exemple d’un de nos quartiers, celui de la Duchère, dans lequel se situent à la fois le Musée d’art contemporain et un club de football [soccer, NDLR] disposant d’un club de formation. Il y a donc là des jeunes, et les coaches ont souhaité les sensibiliser à l’art. Des artistes en résidence au musée donnent ainsi des ateliers à ces jeunes footballeurs. Le Musée d’art contemporain toujours, en collaboration avec le Musée des beaux-arts, accompagne les habitants dans un projet d’implantation d’une oeuvre d’art dans l’espace public. Un théâtre travaille également avec la population afin de l’aider à élaborer la programmation d’un festival de théâtre pour enfants dans le quartier. Il forme les gens à avoir un regard critique.

Vous évoquiez également les questions interculturelles et interreligieuses. Comment les politiques culturelles intègrent-elles ces enjeux ?

 

Nous avons des projets ayant pour objectif la meilleure compréhension, la meilleure cohabitation des religions. La culture permet de renouer le dialogue, et le dialogue entre les identités est déjà une forme de culture. Si on travaille dans les quartiers qui sont les plus en difficulté, si on a une politique culturelle qui va dans le sens de l’égalité et de la diversité, si on va en direction des personnes les plus en difficulté, si on s’améliore sur les enjeux environnementaux, tout cela contribue à fabriquer une ville meilleure, susceptible de favoriser la rencontre, le vivre ensemble, la reconnaissance des identités de chacun. Et ça, ce sont des éléments importants pour que notre territoire ne soit pas en crise et pour éviter les conflits.