La cuisine, lieu de tous les possibles

«Je ne sais pas comment elle faisait, mais on avait toujours à manger.»
Photo: Jonathan Pouliot Écomusée du fier monde «Je ne sais pas comment elle faisait, mais on avait toujours à manger.»

Lieu de rassemblement par excellence, la cuisine s’offre en partage ces jours-ci à l’Écomusée du fier monde, alors que le petit musée présente sa toute nouvelle exposition. Une occasion de mettre en avant cette pièce centrale du quotidien, un souvenir à la fois.

Si les murs ont des oreilles, celles des cuisines montréalaises en ont sans doute entendu de toutes les couleurs. Quartier général de bien des fratries, antre intime des couples en construction et lieu par excellence des fêtes d’appartement, à ce titre, la cuisine fait presque partie de la famille.

« Il y a quelque chose de bien particulier avec cette pièce, lance tout de go l’artiste multidisciplinaire Jean-François Lachance. Comme si on y construisait une partie de qui on est comme personne, mais aussi comme société. »

C’est à ce constat que lui et ses deux acolytes du baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal, Benoît Brousseau et Linda Côté, sont parvenus en décidant de plonger, au printemps dernier, dans un projet d’exposition centré sur la cuisine. Le résultat : l’exposition Cuisinage, présentée jusqu’au 24 février à l’Écomusée de fier monde, en plein coeur du décousu Centre-Sud, comme une fenêtre sur la vie ordinaire, presque banale des résidents de ce quartier de la métropole.

« On s’interrogeait sur ce qui définit une personne, sur la manière dont se construit l’identité, se souvient Jean-François Lachance en se remémorant les mois de conceptualisation du projet. On s’est très vite dit que ça partait du privé, du chez-soi. La cuisine s’est imposée parce qu’elle revient tout le temps dans les anecdotes et les récits de vie des gens. »

Morceaux du quotidien

L’exposition — et les oeuvres elles-mêmes — s’est donc construite au gré des discussions, le collectif ayant profité des chauds mois de l’été pour aller à la rencontre des résidents du quartier, arpentant ses rues, s’immisçant dans le quotidien des gens en quête d’histoires. En tout, des dizaines de personnes ont accepté de se prêter au jeu, confiant aux trois artistes des morceaux de leur vie. « On en a visité, des cuisines, dans les derniers mois, lance Jean-François Lachance. Des petites qui donnent sur les rires de la ruelle, des colorées qui regorgent de saveurs et de souvenirs d’ailleurs, des sombres où le frigo et le micro-ondes se présentent comme des âmes rassurantes… »

Il y a quelque chose de bien particulier avec cette pièce. Comme si on y construisait une partie de qui nous sommes comme personne, mais aussi comme société.

Et d’une à l’autre, la quête aura finalement été très riche. « On ne s’en rend pas toujours compte, mais cette pièce est un lieu d’apprentissage immense, ajoute-t-il. Les enfants y prennent leurs premières bouchées, y font leurs devoirs. On apprend à y vivre seul, à y vivre ensemble. C’est un endroit où on se rassemble, mais aussi où il peut se vivre beaucoup de solitude. Les gens, surtout dans Centre-Sud — qui reste encore aujourd’hui l’un des quartiers les plus pauvres de la ville —, n’ont pas tous un rapport heureux avec cette pièce. »

Loin d’être une étude sociologique, l’exposition se présente plutôt comme un hommage, une sorte d’ode aux petits bonheurs et aux drames ordinaires de la vie courante, transposés en une multiplicité d’oeuvres artistiques allant de la peinture à l’installation sculpturale et aux compositions sonores. « On ne prétendra pas avoir réussi à cerner ce qu’est la cuisine dans la société québécoise, concède l’artiste. Ça n’a jamais été notre but de toute façon, mais on pense pouvoir montrer des facettes de ce qu’elle est pour une belle poignée de personnes. »

La cuisine en dialogue

Si l’exposition à elle seule vaut le détour, les deux prochaines fins de semaine s’annoncent riches en rencontres et en discussions, alors que les trois artistes invitent le public à venir découvrir les détails de leurs oeuvres en leur compagnie. Au menu : visite guidée commentée et tour de table convivial. « On espère que les gens seront curieux, mais voudront aussi échanger avec nous, expose l’artiste multidisciplinaire Jean-François Lachance. L’idée est de poursuivre sur notre lancée et de continuer à découvrir ce que représente la cuisine pour d’autres personnes. »

Cuisinage

Jusqu’au 24 février à l’Écomusée du fier monde 2050, rue Amherst, Montréal