Pas de ballet au Grand Séminaire

La rénovation de la bibliothèque l’année dernière donne un aperçu du potentiel de l’édifice, selon la directrice adjointe des communications et relations publiques de l’ESBQ, Lili Marin.
Photo: École supérieure de ballet du Québec La rénovation de la bibliothèque l’année dernière donne un aperçu du potentiel de l’édifice, selon la directrice adjointe des communications et relations publiques de l’ESBQ, Lili Marin.

Les trots, triplets et battus des petits rats de l’opéra ne remplaceront pas les allers et venues des séminaristes sur le plancher du Grand Séminaire de Montréal. L’École supérieure de ballet du Québec (ESBQ), à la suite des résultats de l’étude de faisabilité d’un déménagement dans le bâtiment patrimonial, préfère viser la rénovation de ses locaux actuels du Plateau-Mont-Royal, rue Rivard. Et peut-être aussi une acquisition.

C’est le ministère de la Culture qui avait proposé il y a quelques années à l’École supérieure de ballet du Québec d’envisager un emménagement dans l’immense bâtisse signée John Ostell (1857), appartenant à la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, et maintenant largement vide. La solution n’a pas été retenue. « Elle serait excessivement coûteuse, notamment en raison de contraintes architecturales et patrimoniales », comme l’a indiqué au Devoir la directrice adjointe des communications et relations publiques de l’ESBQ, Lili Marin. Les coûts du projet ayant été estimés à 30 millions, un montant trop élevé pour l’école, celle-ci cherche plutôt à rénover l’édifice qu’elle habite actuellement et dont elle est propriétaire. Un projet qui reviendrait à 19 millions.

19 millions
Montant estimé pour rénover le bâtiment de l’École supérieure de ballet du Québec

C’est que le Grand Séminaire, avec ses cinq étages en maçonnerie de pierre, sa toiture à mansarde et ses lucarnes, ses nombreuses et très petites chambres de séminariste, n’offrait par sa trame structurale que très peu de flexibilité de rénovation, détaille Mme Marin. « La plupart des planchers et murs porteurs auraient été démolis de façon à libérer les hauteurs et les portées nécessaires à l’usage » de la danse. Seuls l’enveloppe en pierre, les ouvertures, la toiture et les murs massifs intérieurs auraient été conservés. Et la construction d’une nouvelle structure aurait été nécessaire.

Pôle d’enseignement des arts

L’école supérieure a donc fait volte-face et déposé au ministère de la Culture de Marie Montpetit « une analyse et un préconcept » pour rénover plutôt la Maison de la danse du Québec Ludmilla-Chiriaeff (MDQLC), cet ancien garage désaffecté et réaménagé qu’elle occupe aujourd’hui à un jet de pierre du métro Laurier, et dont elle est entièrement propriétaire depuis 1988. « L’édifice est très vieux et a besoin de rénovations majeures d’urgence, surtout du côté de l’enveloppe, des finis et des systèmes électromécaniques », poursuit Mme Marin. Le problème d’espace a été résolu avec le départ des Grands Ballets canadiens de Montréal (GBC), qui ont déménagé à l’Édifice Wilder – Espace danse en 2018. Les 110 à 130 élèves du programme professionnel ont pu se répandre dans les neuf studios de danse, comme les 800 participants aux cours de loisir. Les bureaux ont été déménagés dans ceux qu’occupaient les GBC, et la Bibliothèque de la danse Vincent-Warren, dans les locaux laissés vacants de l’administration de l’ESBQ. « Ce qui est le plus problématique, actuellement, ce sont les espaces communs, note Mme Marin. Le bâtiment est encore fonctionnel et la rénovation l’an dernier de la bibliothèque donne une idée du potentiel de l’édifice. »

« L’ensemble du bâtiment relève plus du rafistolage que d’une institution professionnelle d’enseignement digne du Québec », note le document dont Le Devoir a obtenu copie, avec, entre autres, ses systèmes d’éclairage et d’aération — essentielle pour la pratique de la danse — des années 1980, des espaces auxiliaires inexistants, des douches, vestiaires, loges, cafétéria minimaux ou l’absence de salle de classe théorique.

Comme deuxième étape, l’ESBQ rêverait d’acquérir ensuite un immeuble à proximité, afin de le transformer en résidence pour ses jeunes étudiants. Pour l’ensemble du projet, l’école demande au ministère de la Culture un appui financier de 14,3 millions, qui représente 75 % des coûts du projet. Si ce premier appui se confirme, l’ESBQ entend demander également 2,9 millions à Patrimoine canadien, soit 15 % de la facture.

L’école supérieure estime que la proximité actuelle avec l’École nationale de théâtre du Canada, presque en face de la façade rue Saint-Denis, et avec le Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal, sis quatre petites rues plus loin, permet de former un pôle de formation artistique. « Il devient très urgent de fixer le sort de l’École supérieure, comme cela a été le cas pour l’École de danse contemporaine et des Grands Ballets canadiens de Montréal, la compagnie avec laquelle elle est officiellement associée », commente Lili Marin. L’ESBQ attend que la nouvelle équipe du ministère de la Culture lui revienne sur le projet de rénovation. Brigitte Roussy, attachée de presse de la nouvelle ministre de la Culture, Nathalie Roy, a réservé ses commentaires sur le dossier à plus tard. « On arrive en place, a-t-elle expliqué, il faut comprendre que notre analyse des dossiers, sauf les urgences, est pour l’instant superficielle. Nous nous prononcerons plus tard. »

Deux écoles au Grand Séminaire

L’Académie Centennial, une école qui accueille des élèves atteints de trouble déficitaire de l’attention, de dyslexie, d’autisme et de trouble du langage, est à négocier un bail de cinquante ans pour occuper une partie de l’aile ouest du Grand Séminaire de Montréal, comme l’indique le recteur du Grand Séminaire Guy Guindon. Un autre projet d’école, primaire cette fois, est dans la mire, que la Commission scolaire de Montréal va représenter au gouvernement du Québec à la suite d’un premier refus pour cause de coûts trop élevés. « Notre objectif, explique M. Guindon, est de recréer un campus, à l’image de l’historique fort de la Montagne. Si on veut demeurer, pour garder l’intégrité de tout le terrain et les jardins, il nous faut partager. Il y a déjà le Collège de Montréal, et nous, on garde la partie centrale de l’édifice. »