CALQ: retour des 5 millions dus aux sorties scolaires

Tout le milieu des arts pour la jeunesse sait qu’il faut que les projets à effets durables, structurants, soient privilégiés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tout le milieu des arts pour la jeunesse sait qu’il faut que les projets à effets durables, structurants, soient privilégiés.

L’enveloppe annuelle de 5 millions de dollars octroyée au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) pour les projets jeune public, et donc aussi pour les sorties scolaires, a retrouvé son rebondi. Alors que le ministère de la Culture et des Communications (MCC) avait annoncé en 2016-2017 ce montant récurrent pour les cinq prochaines années, ce n’est finalement que 1,6 million qui aura été consacré aux jeunes publics en 2017-2018. Or, pour 2018-2019, le CALQ assure que l’enveloppe est reconstituée. Une nouvelle que les diffuseurs de spectacles jeunesse, minés par un faible taux de sorties scolaires, accueillent avec joie.

Le CALQ bénéficie d’une « enveloppe globale annuelle de 5 millions de dollars pour des projets jeune public, à laquelle [est retranché] un montant de 250 000 $ pour les frais de gestion », précise sa directrice des communications Honorine Youmbissi. « C’est donc 4,75 millions par année. L’année dernière, le MCC nous a autorisés à transférer 3,2 millions pour le soutien à la mission [d’organismes subventionnés], ce qui laissait environ 1,6 million pour des projets en 2017-2018. Mais pour 2018-2019, l’enveloppe est reconstituée. »

Il faut espérer que ce nouvel incitatif encouragera la venue des écoles dans les lieux de diffusion

 

Elle sera donc entièrement consacrée à soutenir l’offre de création accessible aux jeunes publics, comme il avait été annoncé en 2016. Le CALQ interviendra ainsi de trois manières différentes, comme l’explique la présidente-directrice-générale, Anne-Marie Jean. D’abord en maintenant la mesure de soutien aux sorties scolaires en milieux culturels, qui permet aux diffuseurs de se faire rembourser jusqu’à 40 % du transport des élèves — les fameux autobus scolaires. « Alors qu’habituellement, cette enveloppe était limitée à 350 000 $, cette année, le CALQ garantit un remboursement du 40 % de la facture, et élargit la mesure aux diffuseurs en arts visuels et en littérature, ce qui ferait une dépense totale de plus ou moins 500 000 $», assure Mme Jean. Environ 1,6 million de dollars sera disponible pour permettre aux diffuseurs de bonifier l’accueil des élèves, soit en absorbant une partie du coût du billet, donne Mme Jean en exemple, ou en organisant une activité de médiation autour de la représentation. Certains diffuseurs auraient déjà été informés du montant de cette aide, calculé à partir de la fréquentation des trois dernières années.

Structurer le milieu

Théâtres Unis Enfance Jeunesse considère cette aide ponctuelle aux diffuseurs comme une excellente initiative. « Dans le contexte du contrecoup du recours collectif des parents et des incertitudes soulevées par les directives de l’ex-ministre de l’Éducation sur la gratuité scolaire, ainsi que des impacts occasionnés sur les réservations pour les sorties scolaires en milieu culturel, cette aide ponctuelle est plus que bienvenue », précise le directeur général Pierre Tremblay. « Il faut espérer que ce nouvel incitatif encouragera la venue des écoles dans les lieux de diffusion. Nous craignons tout de même encore une diminution de fréquentation du milieu scolaire et des élèves cette saison, tout particulièrement en début de saison, à cause de complexités administratives. Ce seront en bout de piste de nombreux enfants et jeunes qui auront été privés d’accès à des oeuvres artistiques professionnelles, d’artistes et de compagnies productrices qui auront connu une perte parfois importante de leurs revenus. »

Finalement, une aide spéciale du CALQ, comme il y a deux ans, pour la somme restante — 2,6 millions —, sera accordée pour financer des projets spéciaux. Les modalités entourant ce dernier investissement seront annoncées d’ici la fin de l’année. Le premier appel à projets, il y a deux ans, avait permis de produire, par exemple, des « cartes à danser » pour accompagner le spectacle de danse 26 lettres à danser, de la compagnie Bouge de là : un jeu interactif, complété par 26 courtes capsules vidéo numériques. Le Musée ambulant, de Jeanne Couture et de Catherine-Ève Gadoury, avait aussi pu être réalisé dans ce cadre. Ce grand dôme gonflable itinérant pouvait être installé dans les gymnases d’école. Il recelait huit oeuvres d’artistes québécois, permettant aux élèves de voir des sculptures, peinture, de l’art textile et des oeuvres interactives.

« C’est sûr que la période des réservations scolaires est en pratique terminée », commente pour le Regroupement de scènes en musées le porte-parole Jean-Phillipe Joubert. « Les écoles ont déjà pris leurs décisions. Ça va être difficile avec cet argent d’avoir un effet à court terme. Tout le milieu des arts pour la jeunesse sait qu’il faut que les projets à effets durables, structurants, soient privilégiés. Un tas de petits projets ponctuels, qui n’entraînent pas une relation à long terme avec un diffuseur, ça n’aide pas. On a entendu que ce serait ce qui serait privilégié par le CALQ. Il est évident par ailleurs que les diffuseurs ont besoin de voir un peu plus loin en avant, de travailler avec des moyens durables pour les prochaines saisons. Commençons à mettre ça en place. Et pour ça, ça peut nous aider. »