Décès du linguiste pour tous Jacques Laurin

Jacques Laurin en 2013
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Jacques Laurin en 2013

Jacques Laurin, professeur de français de Monsieur-Madame-Tout-le-Monde comme de grands communicateurs du Québec, auteur, linguiste, éditeur, est décédé, à l’âge de 87 ans, en Thaïlande.

Jacques Laurin aura été toute sa vie professeur de français. À la petite école d’abord, pendant quelque 30 ans ; en Asie à la fin de sa vie, que ce soit à Taipei, en Corée, ou en Thaïlande, où il demeurait désormais et où ses cendres seront dispersées. Mais c’est par le truchement des ondes que le grand public l’a connu.

Ce docteur en linguistique de l’Université de Strasbourg aura traqué les fautes de français au petit écran, auprès de Suzanne Lapointe et Serge Laprade, comme à la radio. « Il n’était pas vraiment vieille France », se souvient le collègue au Devoir Jean-François Nadeau, « car il était plus décoincé que ça, mais il faisait très “noblesse locale”, avec ses capsules linguistiques pour grand public ». Jacques Laurin se voyait comme un technicien de la langue et de la communication orale — il a été conseiller à Radio-Canada, à Télé-Québec et à Météomédia —, sans se contenter de rester dans l’ombre, se faisant tour à tour conférencier et chroniqueur à ses heures.

Codirecteur des Éditions de l’Homme de 1974 à 1978 et éditeur à la même enseigne de 1996 à 2000, il est resté lié à la maison. Pascale Mongeon, éditrice qui a travaillé sur ses mémoires (Chroniques d’un homme heureux, 2013), et sur son dernier opus (Vaincre la peur de parler en public, 2014), se souvient de sa présence régulière aux Éditions de l’Homme, des idées qu’il y portait, de son plaisir qui faisait que le travail ne semblait pas du travail. L’homme était réputé chaleureux, plein de sève, plein de vie.

« C’était quelqu’un de très humain, de très pédagogue, se remémore Mme Mongeau. Pour lui, tout pouvait passer, y compris la critique constructive, si c’était fait et dit avec amour et honnêteté. » Sur le plan de l’écriture, se rappelle en souriant Mme Mongeau, « c’était un auteur qui avait beaucoup d’idées, mais pas beaucoup d’ordre… », indique celle qui a quelques fois dû remettre de la structure dans des manuscrits fourre-tout.

Chevalier de l’Ordre national du Québec et reçu à l’Ordre du Canada, Jacques Laurin a signé plus d’une douzaine de titres pour démocratiser le bon usage de la langue française, et une Grammaire érotique parue d’abord sous pseudonyme avant d’être rééditée à nom découvert en 2014 (La musardine).