Des dimanches gratuits sans Picasso au Musée des beaux-arts de Montréal

Vue de l’exposition consacrée à Picasso et à l’art africain au MBAM
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Vue de l’exposition consacrée à Picasso et à l’art africain au MBAM

Le conseil d’administration du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a décidé de ne pas inclure son exposition D’Afrique aux Amériques : Picasso en face-à-face, d’hier à aujourd’hui dans l’accès gratuit du musée un dimanche par mois, comme demandé par le ministère de la Culture. Toutes les autres expositions restent, dans ce cadre, offertes gratuitement. Le MBAM craint qu’en incluant les grandes expositions dans le lot, ses revenus autonomes soient touchés.

Il y avait foule dimanche 1er juillet à l’entrée du MBAM. Au guichet, contrairement au premier dimanche offert en juin, on ne permettait pas d’accéder gratuitement à l’exposition vedette du moment. « C’est la décision du conseil d’administration », a expliqué en entrevue la directrice des communications du MBAM, Pascale Chassé. « Le MBAM est tout à fait d’accord pour offrir une journée par mois gratuite ; c’est génial pour attirer de nouvelles clientèles. Nos collections appartiennent à tous. Par contre, une grande exposition, c’est autre chose : le financement est plus ardu, ça coûte plus cher. » Le MBAM craint que le fait de l’offrir gratuitement nuise aux revenus autonomes et crée une baisse majeure des membres. « Le ministère nous a assuré des compensations, mais les 5 millions sur cinq ans au budget ne nous semblent pas suffisants. Pour ces raisons, on a décidé d’offrir la journée gratuite pour l’ensemble de nos collections — on a quand même cinq pavillons —, et pour toutes les expositions découvertes, mais pas pour la grande exposition. »

Le temps de réagir

Le MBAM bénéficie comme musée privé d’un statut autonome, contrairement au Musée d’art contemporain, au Musée de la civilisation et au Musée national des beaux-arts du Québec. Il a informé le ministère de sa décision. « On veut s’assurer d’abord que cette mesure ne nous fera pas finalement perdre », poursuit Mme Chassé. Le MBAM fera donc mener prochainement une étude auprès de ses membres, afin d’évaluer si la possibilité pour eux d’accéder quatre fois gratuitement à la grande exposition [qui dure quatre mois] les inciterait à ne pas renouveler leur abonnement annuel. « On reçoit des subventions du gouvernement, mais 58 % de notre budget provient de revenus autonomes. On veut les protéger. » En attendant les résultats, le MBAM ne demandera pas au ministère de lui rembourser, comme prévu et comme il le pourrait, les entrées gratuites des dimanches. « On offrait déjà le dernier dimanche du mois ; maintenant, ce sera le premier », explique la directrice des communications.

Pourquoi ne pas avoir exclu l’exposition Picasso dès juin, alors ? « Il faut savoir qu’on a reçu un courriel du ministère de la Culture le jeudi soir à 21 h 30 nous demandant d’offrir les entrées gratuites pour le dimanche. Ce délai ne nous a pas laissé de temps de réaction. »

Stéphane Chagnon, directeur de la Société des musées du Québec, n’a de son côté pas entendu parler d’autres musées qui appliqueraient partiellement ou différemment la mesure du ministère.

Le cabinet du ministère de la Culture n’avait pas répondu aux questions du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.