Louis Hamelin et Anne Dorval entrent dans «Le Robert»

Anne Dorval fait son entrée dans «Le Robert», comme «actrice canadienne [québécoise]».
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Anne Dorval fait son entrée dans «Le Robert», comme «actrice canadienne [québécoise]».

Le Petit Robert et Le Petit Larousse dévoilaient lundi en France leurs éditions 2019. Et avec elles, le lot de mots fraîchement débarqués dans leurs pages, ainsi officialisés. Cette année, quels mots de chez nous font leur marque?

Il y a les québécismes. Et il y a les Québécois. Dans Le Petit Robert nouveau, le chroniqueur au Devoir Louis Hamelin s’inscrit désormais dans la liste des noms propres, comme très sobre «écrivain canadien [québécois]», parmi ses collègues en littérature Jo Nesbo, Sylvain Tesson et le Prix Nobel Kazuo Ishiguro, aussi intronisés cette année.

Anne Dorval entre également au Robert, comme «actrice canadienne [québécoise]». Dans Le Petit Larousse emménagent le réalisateur Denis Villeneuve et l’auteure de polar Louise Penny, parmi les 50 nouveaux noms propres — sur un total de 28 000.

Les québécismes? Il a fallu ramer pour en trouver quelques-uns lundi, les deux dictionnaires n’ayant pas cru bon faire circuler les informations nécessaires à leurs diffuseurs québécois avant l’annonce. Mais s’intègrent désormais «écocentre» pour «centre de tri», «circulaire» dans le sens de «prospectus», et les expressions «prendre une brosse» et «en prendre pour son rhume». «Attrape-rêve» fait également son entrée, ainsi que l’étonnant «accorderie: réseau d’échange de services entre habitants d’un même quartier». Et on accepte désormais, comme féminin de «maire», «mairesse». Devinez qui a porté ce changement?

Dans le Larousse arrivent les «gougounes» et les «pets-de-sœur» parmi les 150 nouveaux mots et expressions.

Plus largement, les mots nouveaux du Petit Robert témoignent des discussions sociales et des à-pics et poches d’air de l’actualité récente. De nombreux vocables tournent autour des thèmes du féminisme et des questions de genre. Les expressions «violences faites aux femmes», «queer», «trans», «charge mentale», «congé paternité», «écriture inclusive», «intersexes», et même «nom de naissance», à utiliser plutôt que son expression aïeule «nom de jeune fille», sont de celles qu’on a vues amplement circuler de ce côté-ci de l’Atlantique.

«Frotteur» fait polémique

La définition de «frotteur: personne, souvent un homme, qui recherche les contacts érotiques à la faveur de la promiscuité des transports en commun» s’est attiré quelques critiques féministes sur Twitter, soulignait Le Monde, en nommant comme «érotique» ce qui est une agression pour d’autres. Le Robert, dans le même média, a reconnu rapidement que la définition «de ce nouveau sens est trop implicite»» et a promis de la revoir prochainement.

Les termes politiques proviennent beaucoup des États-Unis — comment échapper aux «faits alternatifs», au «mur de la honte» et à «l’antisystème»? — et de la France. La onzième élection présidentielle dans l’Hexagone laisse des traces dans les pages du Robert, qui intègrent «dégagisme: rejet de la classe politique en place, notamment lors d'une élection» et l’expression «enjeux sociétaux». Le terrorisme laisse aussi sa marque à l’encre noire, et l’expression «camion fou» s’officialise, ainsi que «apologie du terrorisme».

Du côté des nouveaux médias, un surprenant «rançongiciel: qui réclame de l’argent contre de la restitution de données» se glisse auprès des «rageux», de «l’hacktivisme», de «l’e-sport», du «chatbot» et de «l’open source». Et de l’«autocomplétion», cette «fonctionnalité qui propose des mots à l’utilisateur à partir des premiers caractères qu’il a saisis», et qui vous fait parfois dire ce que vous n’entendiez absolument pas dire.

Air du temps? Les questions environnementales entraînent avec elles «l’animalisme», les «écomatériaux», le «bioplastique» et l’étrange «écolabelliser: attribuer un écolabel à un produit». Only in France, dirions-nous. Vrai que le «globish», cet «anglais au vocabulaire limité et à la syntaxe élémentaire, employé comme langue véhiculaire», s’intègre aussi au Robert.

Se retrouvent aussi désormais dans Le Robert «fashionista», comme synonyme de «modeux», «taïkonaute», «gentrifier», «grossophobie», «teriyaki» et «superaliment».