Les flâneurs

Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine.
Illustration: Le Devoir Des reporters boulimiques de culture partagent leur coup de cœur de la semaine.

Odile
Tremblay

La cérémonie des adieux

La présence incandescente d’Emmanuel Schwartz accolée au texte magnifique de Laurent Gaudé Le tigre bleu de l’Euphrate, ces jours-ci au Quat’Sous, dans une mise en scène de Denis Marleau, est du grand art. Une scène blanche en guise de sarcophage célèbre le combat ultime d’Alexandre Le Grand contre la mort. Il a 32 ans à Babylone en 323 avant notre ère. Son parcours de conquérant est fait de bruit et de fureur. Bourreau et héros, personnage shakespearien avant la lettre, sa cérémonie des adieux touche au sublime, sur un souffle, des râles, des cris, le corps bientôt en transe du comédien en traversée au bout de lui-même.


Caroline
Montpetit

Illusion parfaite

Il fait apparaître des poissons rouges pour Hélène Bourgeois Leclerc, devine les pensées de Jean-René Dufort, régurgite l’anneau de Véronique Cloutier après l’avoir fait mystérieusement disparaître à travers son cou, l’illusionniste Luc Langevin semble capable de tout. Après avoir vu ses prouesses au petit écran, on rêve de voir Luc Langevin livrer une performance en personne. Son spectacle Demain, maintenant est en tournée à travers le Québec tout l’été, après un passage à Montréal et à Québec en avril. Le bougre sera aussi en supplémentaires au théâtre Maisonneuve à la fin du mois de novembre.


Stéphane
Baillargeon

Collateral, l’atypique production

Le jeune livreur de pizza Abdullah Asif se fait assassiner et l’enquête démarre. La courte série Collateral de la BBC, coproduite et diffusée ici par Netflix, propose en quatre épisodes un instantané des rapports de la société britannique avec les migrants avec, au passage, une impressionnante galerie de personnages, dont une soldate, un député et une inspectrice enceinte jouée par Carey Mulligan (Shame). Cette série engagée à gauche du scénariste David Hare (The Hours) a été reçue à coups de bâtons pour cette exacte raison par le quotidien The Telegraph (surnommé The Torygraph). Ce n’est vraiment pas une raison pour se priver de cette très originale et très atypique production.


Catherine
Lalonde

Danse, mon moine, danse

Passé à Danse Danse en 2009, Sutra avait charmé. En scène : un gamin charmant, un chorégraphe belge chouchou — Sidi Larbi Cherkaoui — et 19 moines maîtres de kung-fu, avec leurs corps capables de tout, fuselés loin des créneaux conventionnels de force ou de beauté. Et une chorégraphie faite de codes de katas et de combat, tout en évitant la redondance par l’opposition avec le corps « de danseur » de Cherkaoui et l’utilisation d’une scénographie simple et hyperefficace. Une pièce bien écrite, disait-on en critique, « avec ce qu’il faut de spectaculaire, d’humain et de touches d’humour pour plaire à tous ». À voir (ou revoir) jusqu’au 9 mai.