En attendant la politique culturelle

Certaines institutions, comme le Musée d’art contemporain de Montréal, reçoivent une aide financière supplémentaire pour leur développement et leur rayonnement.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Certaines institutions, comme le Musée d’art contemporain de Montréal, reçoivent une aide financière supplémentaire pour leur développement et leur rayonnement.

L’étude des crédits accordés à la culture dans le budget 2018-2019 par le gouvernement Couillard a dévoilé plusieurs zones d’ombres, lundi. Si le budget culturel est important — c’est le plus gros depuis 20 ans —, et marqué par une hausse de 11 % des dépenses du programme du ministère de la Culture, ce qui le hisse à 778,3 millions de dollars, il reste qu’une portion importante des crédits n’a pu être précisée. Sur le montant de 509 millions prévu pour déployer la prochaine politique culturelle, 108,6 millions restent indéfinis, classés à la rubrique « autres mesures de la politique culturelle ». Il faudra attendre le dévoilement de ladite politique pour que l’orientation précise de ces argents sonnants soit divulguée.

La porte-parole officielle de l’opposition, en remplacement, Agnès Maltais, a souligné d’entrée de jeu sa réticence à voter des crédits « à l’aveugle », soulignant ce qui semble être une stratégie voulant « garder l’information pour puncher » à la veille des élections et du dévoilement de la politique culturelle. Claire Samson, pour la Coalition avenir Québec, a renchéri : « Force est de constater qu’on vote sans savoir ce qui va se passer, ce qui est excessivement frustrant après quatre ans de consultation et trois ministres. On se ramasse encore avec trop peu d’informations. »

778,3 millions
Le montant du budget culturel 2018-2019

Le Plan économique du Québec de mars prévoit des montants additionnels de 508,9 millions jusqu’en 2023 pour mettre, entre autres, en oeuvre la politique culturelle. On y trouve 113 millions « pour rapprocher la culture des jeunes et de la collectivité », avec entre autres 7 millions pour les sorties culturelles des élèves en service de garde en milieu scolaire, et 35 millions en soutien précis « à l’action sociale et éducative des institutions culturelles » pour « renforcer leur action auprès des jeunes et de la communauté ». En bénéficient les musées McCord et Stewart (11 millions), le Musée des beaux-arts de Montréal (10 millions), les orchestres symphoniques de Montréal et de Québec (7,5 et 3 millions), l’Orchestre Métropolitain (2,5 millions) et l’École nationale de cirque (1 million).

Certaines institutions reçoivent par ailleurs un coup de pouce supplémentaire pour leur développement et leur rayonnement, soit 32,4 millions additionnels pour Le Capitole, les musées scientifiques, le Musée d’art contemporain de Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le Musée de la civilisation, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Grand Théâtre, Télé-Québec et le Conservatoire de musique et d’art dramatique.

Aide aux créateurs

Ont aussi été annoncés 21,2 millions pour appuyer les créateurs cette année — 168,9 millions jusqu’en 2023, le plus grand facteur de dépenses allouées au déploiement de la politique culturelle —, dont 17,4 millions conjointement pour le Conseil des arts et des lettres du Québec et la SODEC. Mme Maltais remarquait que sur ce dernier montant, 12 millions n’apparaissent pas dans le budget de dépenses. La ministre de la Culture, Marie Montpetit, a expliqué que ces fonds, venant du fonds de suppléance, seraient annoncés plus tard.

Pour « appuyer la culture et le patrimoine dans toutes les régions du Québec », 110,7 millions pour les cinq prochaines années ont été prévus, dont l’orientation de 45,6 millions ne sera définie qu’avec la nouvelle politique. Cinq millions permettront d’offrir l’entrée gratuite dans les musées un dimanche par mois et 35,5 millions de bonifier le Fonds du patrimoine culturel québécois.

Québec a aussi prévu 116,3 millions afin d’aider la culture à faire son rattrapage dans les univers numériques, dont, cette année, 7 millions pour soutenir les entreprises culturelles dans l’environnement numérique et 1,5 million en divers crédits d’impôt. Parmi ceux-ci, l’instauration d’un crédit d’impôt pour appuyer la transformation numérique des entreprises de la presse écrite.

Mme Maltais a souligné, vers la fin des questions, la diminution des budgets des conservatoires d’art dramatique, qui, malgré 900 000 $ d’apport ponctuel, ne retrouvent pas les moyens qu’ils avaient en 2016-2017.