Soirée d’orthodoxie nashvillienne

La foule massée devant la scène pour Lady Antebellum était plus amusée qu’intéressée, écrit notre critique.
Photo: Francis Vachon Le Devoir La foule massée devant la scène pour Lady Antebellum était plus amusée qu’intéressée, écrit notre critique.

De mémoire, ça s’est passé comme suit. À peu près une heure avant le spectacle de Lady Antebellum. Jasette avec une dame sur la rue, pas très loin du chemin qui mène à l’arrière de la grande scène des plaines d’Abraham. La carte au cou fait l’homme. Vous allez voir qui, monsieur le journaliste ? Lady Antebellum. Lady qui ? Antebellum. C’est son nom de famille, Antebellum ? Eh bien, pas exactement. Mais c’est une vraie lady d’Angleterre ? Non, pas vraiment, pas comme dans la série Downton Abbey.

Alors j’ai expliqué vite fait : Lady Antebellum, c’est un groupe. Un trio qui vient du sud des États-Unis. Un groupe « modern country ». Une chanteuse, un chanteur, un chanteur-guitariste, et leurs accompagnateurs. Ils ont gagné plein de trophées, des Country Music Awards, des Grammy Awards, et ils vendent des camions dix-roues d’albums aux États-Unis. Mais alors, d’ajouter la dame non sans pertinence, Lady Antebellum, c’est pourquoi ? J’avais regardé dans la bio avant, ça tombait bien : Lady, c’est parce qu’il y a la chanteuse Hillary Scott au centre. Antebellum, c’est lié à l’architecture des grandes maisons des patrons dans les plantations. Un type de bâtisse, avec des colonnades et tout le tremblement. Comme dans Gone With the Wind (Autant en emporte le vent). Vous savez, Tara, la grande plantation du Sud qui est dévastée dans le roman de Margaret Mitchell ? Regard interloqué. Le fameux film ? Scarlett O’Hara ? Rhett Butler ? Atlanta en flammes ?

Nous en sommes restés là. Une heure plus tard, je constatais : la très affable dame n’était pas seule à ne pas connaître Lady Antebellum. Outre les premiers cinquante mètres devant la scène, où les admirateurs du trio n’en revenaient pas de leur chance, cette foule était plus amusée qu’intéressée. Prête au sing-along, très volontaire pour lever les bras quand le chanteur beau gosse — Charles Kelley — le demande, mais sans grand laisser-aller : on n’était pas aux Backstreet Boys de la veille. On n’était même pas à Brad Paisley l’an dernier. Brad Paisley, on le connaît même au Québec.

Le country qui lave plus blanc

Permettez cette déduction : près de la scène sur les Plaines ce soir, il y avait l’Ontario, le Vermont, et tout Upstate New York. Peut-être le Massachusetts. Eh ! C’était l’aubaine ! À Albany, à Boston, ce serait pas mal plus cher. Lady Antebellum est un groupe superstar du country. Ce qui ne veut pas dire que c’est autre chose que bigrement efficace. Harmonies parfaitement au point, refrains interchangeables, mais invariablement gagnants, guitares génériques, mais pile poil sur la note : le troisième du trio, Dave Haywood, est un fortiche du manche, un as du solo nashvillien by the book.

Tout était impeccable, tout lavait plus blanc que blanc. C’était uniformément beau et droit comme les colonnades de Graceland. Les succès des autres albums (Downtown, Our Kind of Love, American Honey, Hello World, Just a Kiss) se mêlaient tout naturellement aux nouveautés de Heart Break, tout frais paru début juin (This City, Good Time to Be Alive, You Look Good). En fait, il était un peu difficile de les départager. C’est un format, cette sorte de « modern country » : ça rentre dans le moule. Honnêtement, il a fallu une reprise des Eagles — la Take it Easy que créa Jackson Browne au début des années 1970 — pour que ça fasse un peu changement. Et puis, c’est la reprise de You’re Still the One de Shania Twain qui a cartonné (tout le monde l’a chantée, jusqu’au fin fond des Plaines). « Thank you for loving country in Quebec », a dit Dave Heywood, parce qu’il le fallait bien.

Il y avait bien les cuivres qui enrichissaient la proposition, et du mouvement sur scène, et le micro et pied de micro de la chanteuse ornés de pierreries brillantes, mais à part ça ? Que retenir vraiment de cette soirée d’orthodoxie nashvillienne ? Mesurons : que les moments mémorables aient été liés aux Eagles et Shania Twain (et même du Phil Collins au rappel : In the Air Tonight), ça en disait aussi long que mon interlocutrice d’avant le spectacle. Lady qui ? Lady n’importe quoi, madame. Comme dit Rhett (Clark Gable) à Scarlett (Vivien Leigh) à la fin du film : « Frankly, my dear, I don’t give a damn… ».

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