Dessine-moi deux présidents américains

Barack Obama faisant la lecture à des enfants d’une école primaire
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Barack Obama faisant la lecture à des enfants d’une école primaire

Le style fait aussi le président. Barack Obama a multiplié les preuves de ses riches et profonds intérêts pour les arts et les lettres. Donald Trump arrive à la Maison-Blanche avec une réputation bling bling doublée d’une relation pour le moins tendue avec certains artistes. Portrait croisé en dix angles.

Lectures démocrates. Grand Lecteur, Barack Obama achète et dévore les livres à la tonne. Il vient d’accorder une entrevue au New York Times autour de l’unique sujet de sa relation aux livres. Il y explique que les romans, les biographies et les essais l’ont fortement inspiré pendant ses huit années à la Maison-Blanche en lui fournissant l’occasion de « ralentir pour adopter une perspective sur les événements ». Il cite l’incipit du roman A Bend in the River de V. S. Naipaul : « Le monde est ce qu’il est ; les humains qui ne sont rien, qui se laissent ne rien devenir, n’y ont point de place ». Il ajoute que cette vision cynique et résignée le taraude souvent, soit parce qu’il doit la combattre, soit parce qu’il ressent « qu’elle porte peut-être une part de vérité ».

Lecture républicaine. Le président Donald Trump a dit en entrevue pendant les primaires républicaines qu’il n’avait « pas vraiment le temps » de lire de livres, sauf « des passages, des chapitres ». Il a cité son propre ouvrage (The Art of Deal) comme son livre préféré avec À l’Ouest rien de nouveau (1929) de Remarque.

Tableaux démocrates. Les occupants de la Maison-Blanche peuvent emprunter des oeuvres aux collections nationales. Les Obama ont beaucoup utilisé ce privilège en assumant des goûts très éclectiques. Ils ont notamment choisi des oeuvres de plusieurs artistes afro-américains, dont Alma Thomas et Glenn Ligon. À ce propos, le prédécesseur de Barack Obama, George W. Bush, s’est mis à la peinture. Il prise particulièrement les portraits de leaders du monde ou de leurs chiens dans un style naïf assumé.

Tableau républicain. Depuis la seconde assermentation de Ronald Reagan (1985), une toile emblématique est symboliquement accrochée dans la salle du dîner officiel. L’équipe de Donald Trump a choisi The Verdict of the People, grand format de 1855 de George Caleb Bingham emprunté au St. Louis Art Museum. Un historien de l’art et un artiste de la ville du Missouri ont lancé une campagne pour refuser le prêt sous prétexte que « le verdict du peuple » a plutôt favorisé la candidate Hillary Clinton qui a reçu davantage de vote que le candidat républicain. Le musée du Midwest américain honorera son engagement.

Monuments démocrates. La semaine dernière, le président a désigné comme monuments historiques trois hauts lieux de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques, deux sites assez récents (un motel de l’Alabama où se réunissait Martin Luther King et une gare d’autocars attaquée par des racistes en 1961) et un autre du XIXe siècle central dans la lutte dite de la Reconstruction après la Guerre civile.

Monument républicain. Le nouveau couple présidentiel n’occupera pas ensemble la Maison-Blanche. L’épouse de Donald Trump, Melania, a l’intention de rester à New York où leur fil Barron poursuit ses études secondaires. Ce choix introduit un précédent depuis la construction de la résidence officielle en 1800.

Fêtes démocrates. Les artistes penchent très souvent du bord démocrate. Hillary Clinton croulait sous les appuis de vedettes. Pour sa dernière fête, le couple présidentiel sortant a rassemblé un aréopage de grosses pointures dont Jay Z, Usher, Stevie Wonder, Bruce Spingsteen, Oprah Winfrey, Bradley Cooper, Paul McCarthney et Eddie Vedder. Le couple Obama avait visité dix bals à Washington le soir de son intronisation.

Fête républicaine. Par contraste, l’équipe du nouveau grand chef a eu certaines difficultés à trouver des artistes pour égayer les célébrations de prise du pouvoir. La programmation inclut finalement le groupe américain 3 Doors Down, la vedette country Toby Keith, les danseuses des Rockettes et le choeur des Mormons. Dans ces derniers cas, les troupes ont permis aux performers qui le désiraient de se désister. Le couple Trump ne visitera que trois bals vendredi.

Téléfictions démocrates. Le président a publié en 2013 une liste des séries télé préférés comprenant Boardwalk Empire, Breaking Bad, Homeland, House of Cards, Mad Men, The Wire et Game of Thrones. La famille Obama a demandé et obtenu l’an dernier un visionnement privé, un jour avant sa diffusion par HBO, du premier épisode de la dernière saison de cette série classée fantasy. Le président a aussi participé à quelques émissions humoristiques dont Saturday Night Live, Comedian in Cars Getting Coffee et Between Two Ferns.

Téléréalité républicaine. La popularité de Donald Trump tient en partie à sa participation à la téléréalité The Apprentice qu’il a animée pendant quatorze saisons en rendant célèbre la formule :« You’re fired! » Il conserve son titre de producteur exécutif de l’émission du réseau NBC maintenant animé par l’acteur gouverneur Arnold Schwartzenegger. M. Trump a aussi été invité d’innombrable fois sur les plateaux de toutes sortes d’émissions comme l’a rappelé le tristement célèbre enregistrement misogyne de l’émission Access Hollywood de 2005 qui a refait surface pendant la campagne.

1 commentaire
  • Colette Pagé - Inscrite 17 janvier 2017 10 h 19

    Un très mauvais 4 ans à passer !

    Malheureusement ce Présiden narcissique et menteur pathologique laissera une marque indélibile de son passage à la Maison Blanche fait de conflits d'intérêts, de conflits familiaux sans compter la perspective d'un divorce retentissant en raison notamment du fait que sa fille adorée jouera le rôle de la First Lady.

    Un Président qui ne lit pas, qui abhorre les intellectuels et les universitaires et qui n'aime que lui-même avec un égo démesuré et qui, avant la prise de décision, n'a aucun intérêt pour la réflexion préférant s'attaquer à l'Autre, semer la Peur et ériger des murs.

    Malheureusement, un grand nombre d'électeurs sont fascinés par le bling, bling et le vedettariat en pensant que la richesse est un signe d'intelligence.

    Pourtant, le nouveau Président est né avec une cuillère d'argent dans la bouche, a fait de nombreuses faillites et a mis en faillite de nombreux entrepreneurs en refusant de les payer. Capitaliste sauvage sans aucun respect pour autrui.