Quand le yoga rocke

Le studio Wanderlust combine le yoga et la musique, dans le quartier montréalais du Mile-End.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le studio Wanderlust combine le yoga et la musique, dans le quartier montréalais du Mile-End.

Aux portes du Mile-End, carrefour de la scène musicale montréalaise, le Studio de yoga Wanderlust s’abreuve à la source pour allier la pratique créative du yoga aux performances sonores. Une expérience aussi unique qu’organique.


Jamais les musiciens locaux n’ont joué devant un public aussi attentif. Le thé remplace la bière, et, chose rare dans le Mile-End, la performance commence à l’heure prévue. Dans la salle ceinturée de fenêtres à travers lesquelles filtre le bruit étouffé de la circulation du boulevard Saint-Laurent, les quatre gars de La Grande Voile, le groupe du jour, rythment la classe avec leurs compositions.


La séance a le calme berçant d’un jam autour d’un feu de camp, sauf que nos abdos brûlent sous les postures dictées par Érik Giasson. La veille, une harpiste signait la trame sonore. Le lendemain, c’était un DJ.


« Nous allons aussi recevoir un gars qui joue avec des bols de cristal, et il ne veut pas qu’on parle pendant le cours… Disons qu’on couvre très large dans nos expérimentations ! », lance Geneviève Guérard, danseuse, animatrice culturelle et cofondatrice du studio de yoga Wanderlust, en se demandant comment elle pourra présenter les asana sans placer un mot.


Il y a deux mois, elle a ouvert le studio avec Érik Giasson, ex-financier de Wall Street qui a troqué ses complets pour le short de nylon, et tous deux embrassent aujourd’hui le vinyasa. Wanderlust est sis dans un quartier déjà saturé par la concurrence, ils le savent, mais ne pouvaient trouver meilleur endroit : la scène musicale conflue en leur direction.


La graine qu’ils ont plantée combine leur passion pour le yoga et la musique dans une conjugaison des possibles ; Geneviève connaissait déjà la grisante sensation de danser, guidée par les orchestres alors qu’elle était aux Grands Ballets canadiens. Les cours de yoga sont toujours baignés d’une trame d’ambiance - souvent des trucs un peu nouvel âge - alors… pourquoi ne pas sortir les artistes des albums ?


« Nos classes sont construites comme un voyage. La musique suit l’intensité du cours et c’est une exploration autant pour les gens que pour les artistes », remarque la cofondatrice, enveloppée dans un gros lainage crème. Les airs sont tantôt mélodiques, tantôt chantés. Parfois, la voix d’Érik se noie dans les percussions ; il le réalise lorsqu’une partie du groupe n’a pas suivi la posture. C’est ça, expérimenter.


Dans les grands événements qu’ils organisent, comme celui de mars dernier avec The Bears of Legend, le professeur a un micro. Ce serait aussi le cas pour les Montréalais The Besnard Lakes s’ils acceptaient l’invitation qu’Érik s’en allait leur faire, ce vendredi-là, de jouer sur leur scène non conventionnelle.


Le sens des affaires de Giasson, l’expérience de chroniqueuse culturelle de Guérard et l’esprit du Mile-End, tout cela infusé apportera de nouvelles saveurs dans la métropole puisque Wanderlust est aussi l’étiquette de la grande fête artistique du yoga et de la musique. Ce Woodstock flyé du bien-être rassemble 25 000 personnes et passe chaque année par Hawaï, le Vermont, la Californie et la Colombie-Britannique.


Lorsqu’il a suivi sa formation au Kula Yoga Project de Brooklyn, Érik Giasson s’est en même temps associé aux cocréateurs du festival, qui ont ouvert un studio de yoga Wanderlust à Austin, au Texas, le printemps dernier. Le festival pourrait ainsi avoir une porte d’entrée en terre québécoise. « Je leur ai dit que s’ils venaient ici, ils allaient avoir besoin d’artistes francophones. » Geneviève leur a envoyé une liste de noms, et ils ont même approché des artistes. « On y a rêvé longtemps, à ce projet. Et là, la fleur commence à pousser. On dirait qu’on était prêts pour ça. »