Un premier projet de 1% accordé à une performance

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	La performance de Thierry Marceau (ci-dessus) s’intitule <em>1/100 de 2-22, J'aime Montréal et Montréal m'aime</em>.</div>
Photo: Thierry Marceau
La performance de Thierry Marceau (ci-dessus) s’intitule 1/100 de 2-22, J'aime Montréal et Montréal m'aime.

Une oeuvre de performance, intitulée 1/100 de 2-22, J'aime Montréal et Montréal m'aime, voilà ce dont s’est doté le 2-22 en guise d’art public. Il s’agit du premier projet de 1 %,  rattaché à la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement, dont la spécificité sera d’être temporaire, voire événementiel.

Depuis mercredi soir, l’artiste Thierry Marceau est en action dans les vitrines de l’immeuble sis à l’intersection de la rue Sainte-Catherine et du boulevard Saint-Laurent à Montréal. Pour cette première phase de la performance, qui en comptera cinq, l’artiste habitera les lieux jusqu’au 15 décembre, de manière continue, 24 heures sur 24.


Épreuve d’endurance physique à plus grand déploiement, cette performance, même dans ses balbutiements, va plus loin que le jeu cabotin habituellement pratiqué par l’artiste. Il faut dire que les personnages de Michael Jackson, de Marilyn Manson ou du Grand Antonio, déjà incarnés par Thierry Marceau, imposaient d’autres styles. Cette fois, c’est le mythique Joseph Beuys, figure marquante de l’art allemand, qui sert de modèle à l’artiste.


« Je voulais avoir un personnage qui venait de l’histoire de l’art. En plein milieu du Quartier des spectacles, je ne voulais pas faire une animation de rue en plus de celles qu’il y a déjà », expliquait l’artiste, rencontré quelques jours avant de donner le coup d’envoi de son action. Le portrait qu’il nous a montré de lui en Beuys est d’ailleurs très ressemblant et comporte les distinctifs accessoires de l’artiste allemand décédé en 1986 : le chapeau de feutre et la veste d’aventurier.


Exit, par contre, le caractère tragique des performances de Beuys, lui qui, au demeurant, se voyait en shaman. Le point de départ de Marceau est la performance pendant laquelle Beuys a passé trois jours enfermé dans une galerie new-yorkaise à apprivoiser un coyote, oeuvre notoire de l’art contemporain. Si Marceau a fait, comme Beuys, le trajet jusqu’à son lieu de réclusion en ambulance, drapé d’un tissu de feutre, il désamorce ensuite le sérieux de l’intervention par certaines adaptations. L’animal velu avec qui Marceau partage actuellement les vitrines du 2-22 est un figurant affublé d’un costume.


Thierry Marceau compte rejoindre le public initié pour qui la figure de Beuys est reconnaissable, mais aussi les autres publics en intégrant des éléments et des codes tirés de la culture populaire, dont le Quartier des spectacles se veut après tout le giron, et avec lesquels même il devra disputer l’attention. Des références aussi éclatées que le conte du Petit chaperon rouge et le monde du jeu vidéo pourraient apparaître au fil de la performance, qui, par fragments, se déroulera sur cinq ans. Elle se composera de différents tableaux avec une trame à caractère évolutif, faisant intervenir une variété de dispositifs. Après quoi elle prendra fin, comme elle a commencé, en ambulance.


L’artiste entend ainsi exploiter les particularités de l’architecture du 2-22, imposante en soi, en évoluant sur les passerelles se trouvant entre les parois de bois et de verre qui constituent son enveloppe. C’est là que l’artiste se fera voir, tant par les usagers des lieux que par les passants dehors. Cette voie mitoyenne pourra favoriser, estime-t-il, « une approche du grand public vers la performance », une exigence inscrite dans le concours national qu’il a remporté pour réaliser cette oeuvre.


L’idée de faire appel à une forme d’art aussi pointue - mais adaptée pour le contexte - que la performance provient d’Art actuel 2-22, qui regroupe les organismes Vox, Artexte et RCAAQ, dédiés à l’art contemporain. La vocation particulière de ces organismes explique l’audace d’un tel projet, lequel a bien des chances de rester une exception. Pour Thierry Marceau, c’est l’occasion de laisser sa marque sur un bâtiment en vue, tout en contribuant à le démarquer parmi les autres.


Toutefois, il n’est pas question de laisser de traces physiques sur les lieux, ni de faire des interventions qui vont altérer son apparence de manière définitive. Habitué à ce type de contrainte, Thierry Marceau voit autrement sa capacité à inscrire sa performance dans le bâtiment de manière durable dans l’imaginaire collectif. « Si je me fie aux autres projets que j’ai faits, en général, il y a des échos dans plusieurs plateformes différentes, que ça soit les journaux, le Web, ou la télé. Tout ça va faire que le projet va continuer, que les images vont dépasser le live. »


La performance survivra à tout le moins à travers la documentation que l’artiste s’est engagé à produire au fil des cinq ans. Le centre de documentation Artexte en sera le dépositaire.


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Collaboratrice

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Ce texte a été modifié après publication
 

2 commentaires
  • Serge St-Hilaire - Abonné 13 décembre 2012 18 h 55

    C'est une mauvaise nouvelle!

    Le 1% pour les arts se doit d'être pour quelque chose de durable.
    Une sculpture, une toile, une tapisserie, etc.
    Je veux voir l'oeuvre aujourd'hui.
    Je veux la voir dans 5 ans.
    Je veux la voir dans 20 ans.
    Il manque au Québec de pièces d'art publique.
    Le 1% doit servir essentiellement à ce but de création pour remédier à ce manque.
    Je ne sais qui a ouvert la porte à cette façon de faire, soit d'accepter l'art événementiel: c'est une erreur.
    Espérons que cette erreur, pour ne pas dire ce fiasco décisionnel, ne se répétera plus dans le futur.


    Serge St-Hilaire
    Val-Morin

  • Hugo Nadeau - Inscrit 13 décembre 2012 21 h 40

    FRANCHEMENT

    Franchement M. Saint-Hilaire, si vous souhaitez voir de l'art aujourd'hui, dans 5 ans, dans 20 ans, il vous suffit de passer la porte du 2-22, et vous en trouverez - - en permanence - -. Le bâtiment entier est dédié à l'art actuel, avec entre autres 2 salles d'exposition! Qui plus est, le projet proposé (qui s'étend sur 5 ans quand même) sera documenté, donc oui, il en restera une trace visible dans 5, 20 ans... Enfin, il ne manque pas plus de pièces d'art publique au Québec que d'art tout court à mon avis, pourquoi ne pas faire de la place à la performance? Nous devrions prendre exemple sur le 2-22, une belle façon d'éviter qu'un autre architecte non-inspiré confine un autre 1% dans un racoin invisible, dans une cage d'escalier...

    ENFIN un projet d'art public qui développe l'espace peu touché entre la performance, l'exposition (1 mois et on remballe tout) et l'œuvre permanente. Je suis convaincu que le milieu des arts actuels se réjouit de cette première initiative, et moi j'applaudis cette rafraîchissante idée.